La photographie est un sport de combat

La photographie jouant un rôle non négligeable dans notre voyage, tant par le temps que je lui consacre que par les rencontres et situations inattendues qu’elle occasionne, ne pas en parler dans ce blog serait passer sous silence un aspect essentiel de notre quotidien. J’essaierai donc dorénavant de partager avec vous dans une « chronique photo » quelques-uns de ces instants, rencontres et réflexions, en commençant aujourd’hui par une visite matinale du marché aux poissons de Hoi An, sur la côte vietnamienne.

Quand on fait comme moi beaucoup de photo « de rue », deux stratégies sont possibles. On peut tout d’abord « intégrer » la photographie à une balade ou un déplacement prévus par ailleurs – en gros, avoir toujours son appareil au poignet, ce qui est en général mon cas. Avantage : c’est un excellent moyen d’avoir en permanence le regard curieux et aiguisé, attentif à tout se qui se passe autour, et ainsi de capturer des scènes et instants qui nous échapperaient sinon. Inconvénient : comme on est attentif mais pas pleinement concentré, on est régulièrement en retard du dixième de seconde qui transforme une scène saisissante et bien composée en un instantané banal. La seconde solution consiste à consacrer des « séances » spécifiques à la photo. Avantage : on est pleinement concentré, l’appareil pré-réglé en permanence, et donc beaucoup plus rapide et réactif. En plus, on peut choisir de rester dix minutes dans un endroit stratégique sans risquer d’exaspérer la personne qui nous accompagne. Inconvénient : si l’on veut capter la vie des locaux, il faut se mettre à leur rythme – ce qui, dans le cas des Vietnamiens, implique de se lever TRES tôt (6 heures au plus tard).

Qu’à cela ne tienne, j’ai donc réglé dimanche matin le réveil sur cinq heures et pris par un temps magnifique le chemin du marché aux poissons, où l’action bat son plein entre 6 et 7 heures (lorsque le poisson est débarqué) avant de se calmer légèrement lorsque la vente sur le quai prend le relais. Grande satisfaction à mon arrivée aux abords du quai, magnifique dans la lumière naissante : pas un touriste photographe à l’horizon, de quoi se sentir « spécial » quelques instants.

Satisfaction de courte durée lorsque j’arrive en plein coeur de l’action : je me heurte soudainement à une véritable marée humaine, ou plutôt à un océan de chapeaux côniques et de casques de moto du plus bel effet. Ma première photo s’impose naturellement, tant ces couvre-chef sont esthétiques et leur répétition saisissante. Une fois passé ce premier succès facile, les choses se compliquent : pas un centimètre pour se faufiler, et encore moins s’arrêter. Par où entrer ? Je me glisse finalement entre un casque et une panière et me laisse porter parle flot, au point de m’approcher dangereusement du bord du quai. Tentant de m’arrêter, je suis rapidement rappelé à l’ordre par quelques coups de coude dans les côtes et réussis à bifurquer vers un recoin plus tranquille. J’en profite pour exploiter un contre-jour intéressant, comprendre le fonctionnement des lieux et repérer quelques points de vue intéressants.

En gros, la seule façon de procéder est d’oublier les regards curieux qui me rappellent que je n’ai rien à faire là, d’y aller franchement et de me faire un peu de place pour être à même de saisir les scènes qui m’intéressent. Seule contrainte : pré-régler et travailler vite. Armé de ce credo, je redescends pour une demi-heure de bousculades, de sourires, de grognements, de gros plans et de scènes d’ambiance, de poissons rutilants et de visages aux dents rougies par le bétel. Une demi-heure aussi à patauger en tongs dans l’eau sale et les écailles de poisson, avant de tituber finalement vers un coin plus tranquille où je pourrai changer de pellicule et me ressourcer un peu avant de repartir au « combat » !

Je m’effondre donc dans une rue avoisinante où, assis sur le trottoir, je profite de ce point de vue inhabituel pour saisir le désarroi d’un enfant que sa soeur refuse de faire monter sur la moto familiale. Ressourcé par ces quelques prises de vue « confortables », je repars dans une arène désormais un peu plus calme et dominée par les cris des marchandes assises en tailleur ou sur des tabourets en plastique. Il m’est plus facile de me déplacer, de composer des portraits moins « noyés dans la masse » et de saisir des scènes différentes, notamment la pause casse-croûte des pêcheurs qui ont fini de décharger. Quelques trognes mémorables sous un soleil superbe – amusant. Les flaques se font par contre de plus en plus profondes, le sol plus gras et la fatigue pointe à nouveau son nez ; après une dernière bonne séquence, je décide de regagner l’hôtel pour un petit déjeuner bien mérité.

Un quart d’heure de marche plus tard, j’arrive fourbu à l’hôtel accompagné d’une tenace odeur de poisson qui m’envoie directement sous la douche. Dix minutes plus tard, appareil et pellicules rangées, je suis prêt pour un bon café. Il est huit heures passées, une nouvelle journée commence.

Une seule photo (http://www.flickr.com/photos/10301605@N04/3523716669/) prise un autre jour avec un compact digital pour illustrer ce bon moment – toutes les autres sont sur pellicule en attente de développement, probablement à Hong Kong !

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