Dimanche matin, rayon de soleil sur La Paz

La Paz en fête

Pentes abruptes, épaisse fumée, engagement politique et circulation intenses, mais surtout un centre-ville animé et rafraîchissant : telles étaient nos premières impressions de La Paz. Après quelques jours, deux inconvénients majeurs de la ville nous sont toutefois apparus. L’impression tout d’abord de n’être pas vraiment en Bolivie, tant le joyeux chaos du centre-ville contraste avec l’ambiance plus réservée, austère -et parfois hostile aux gringos– des quartiers populaires plus en hauteur. La disposition de la ville ensuite dont l’avenue principale, non contente d’être assez pentue, creuse un sillon entre deux collines également abruptes. A chaque tentative pour prendre un peu de hauteur, une sorte de ressort invisible -mélange de gravité et d’air trop rare- nous ramène irrémédiablement vers le Prado et son incessant trafic.

La Paz - parade de rue

La Paz - scène de rue

Après quelques jours, l’impression frustrante domine donc d’arpenter toujours les mêmes blocs autour de la calle Sagarnaga – inévitablement les plus touristiques- et de longer des échoppes de souvenirs, restant ainsi à la surface d’une ville tentaculaire et si manifestement complexe. Etrange sentiment que d’observer les constructions s’entassant jusqu’au sommet des pentes vertigineuses qui entourent la ville et de tenter d’imaginer la vie de leurs habitants, dont certains ne mettent probablement jamais les pieds dans le minuscule périmètre dont nous ne parvenons pas à nous extirper… Rarement une ville nous est apparue aussi imperméable, d’autant que nous ne nous savons pas les bienvenus si l’idée nous prenait d’aller faire un tour dans les hauteurs d’El Alto pour mieux comprendre la vie locale🙂 Si l’on y ajoute la grisaille permanente qui donne à la ville un aspect plutôt morose, nos tentatives pour capturer un peu son ambiance -ou au moins quelques effets de lumière intéressants !- sont après quelques jours largement vaines.

La Paz - costumes traditionnels de cholas

La Paz - parade de rue

Alors, lorsque le soleil nous réveille le dimanche matin, c’est notre quête photographique qui va nous donner le courage de nous mettre en route aux aurores vers les marchés du haut de la ville pour nous offrir bientôt notre plus beau moment paceño et l’impression de s’approcher un peu de la population locale. Notre itinéraire nous mène rapidement vers les parties les plus animées de ce grand bazar à ciel ouvert – là encore, peu de sourires mais une ville différente, une lumière exceptionnelle qui donne aux murs craquelés une texture particulière et surtout un semblant d’énergie que nous n’avions pas perçue les jours précédents. Nous prenons quelques photos, montons très haut sur les pentes pour profiter d’une impressionnante vue d’ensemble sur la vallée et nous apprêtons à redescendre lorsque nous apercevons en contrebas les préparatifs d’un défilé. Une dame âgée nous explique avec un air réprobateur que les riches commerçants du quartier s’apprêtent à « faire une nouvelle fois la fête »…

La Paz - parade de rue

La Paz - parade

Nous nous hâtons (plus facile dans le sens de la descente !) et lorsque nous rejoignons la procession, la fête bat déjà son plein. Des cholas (femmes amérindiennes) aux costumes particulièrement élaborés -jupons froufroutants, châles aux couleurs éclatantes, boucles d’oreilles massives et chapeau melon- dansent en rythme, la foule enthousiaste se presse autour d’elles et la musique bat son plein. A ce stade, les danseuses comme les musiciens semblent très appliqués et leur expression presque sévère. Je m’éclipse donc, attiré par des cors de chasse rutilants qui feraient un excellent avant-plan à un groupe de musiciens plus jeunes et nettement moins traditionnels qui s’excitent sur des grosses caisses dans un concert de pétards et de confettis. Prometteur.

La Paz - parade de rue

Effectivement, l’ambiance est nettement plus chaude, quelques bouteilles de l’insipide bière locale -nommée dans un moment d’exubérance Paceña– commencent à circuler et la foule est nettement plus compacte. Je me croirais revenu quelques mois en arrière, lorsque j’étouffais littéralement en tentant de photographier le marché aux poissons de Hoi An, au Vietnam. Pas grave, enfin des sourires autour de moi, et lorsque je rejoins Anne qui était restée pour filmer la procession, je m’aperçois que l’ambiance s’est échauffée également de son côté : danseurs et musiciens défilent désormais une canette à la main, des vendeurs se mêlent à la procession pour profiter de l’aubaine et le rythme est de plus en plus erratique. Plus personne ne semble se soucier des costumes ou de la danse, les tenues sont de plus en plus débraillées et les canettes circulent de main en main. A dose modérée bien sûr, l’alcool n’aurait donc pas que des effets néfastes…🙂

La Paz - parade de rue

La Paz - parade

De retour dans le secteur le plus acharné, la bière commence également à couler à flots, les hommes en costume et chapeau de mafiosi forment des cercles, s’embrassent et font circuler des verres qu’ils descendent à une vitesse terrifiante – il n’est qu’onze heures du matin… Les femmes en font progressivement de même, il est de plus en plus difficile de bouger, on discute avec un peu tout le monde (apparemment, l’alcool rend notre espagnol presque intelligible) et mes photos me semblent de plus en plus réussies au fur et à mesure que je suis le rythme de la foule. D’abord en retard d’une fraction de seconde, je crois bientôt capturer des expressions, des mouvements et des interactions qui seront ce qu’elles seront une fois développées mais me font vivre l’instant de façon particulièrement intense. Miracle de la photo, cet instant aussi joyeux que spontané survient au moment où nous ne nous y attendions plus, alors que plusieurs jours à arpenter les rues de La Paz ne nous avaient offert aucun moment photographique ni interaction privilégiés avec des locaux. Epuisés, nous quittons un peu plus tard la fête alors que -faute de munitions- les participants commencent à s’éparpiller vers les bars environnants où ils passeront sans doute encore un bon moment (la fête est apparemment programmée pour toute la journée). Nous ne repasserons pas pour faire le point, mais la fin d’après-midi ne devrait pas être triste s’ils continuent à ce rythme… Les Paceňos sont bien taciturnes au quotidien, mais ils savent incontestablement faire la fête !

PS : merci à Anne pour toutes les photos et vidéos puisqu’une fois encore, c’est grâce à son petit appareil digital qu’on peut partager avec vous quelques images sur le blog… Décidément, le numérique n’a pas que des inconvénients🙂

La Paz - parade de rue

© Anne and David Placet and https://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

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