Buenos Aires, 25 octobre 2009 : « superclásico » River – Boca

Après le tango croqué par Anne, nouveau volet de la culture argentine, dans un style très différent : j’ai eu hier la chance de me rendre au stade El Monumental dans la banlieue ouest de Buenos Aires pour assister au superclásico entre les équipes de River Plate et Boca Juniors.

River et Boca, c’est le derby entre deux équipes voisines, qui sont -et de loin- les plus connues et titrées du foot argentin et surtout se détestent intensément depuis un siècle. Une sorte de PSG-OM argentin, à l’intensité multipliée par 10 pour prendre en compte l’engouement bien plus fort des supporters locaux… Deux équipes donc qui se haïssent, essentiellement pour des raisons « sociales » : alors que les deux clubs sont originaires du quartier populaire de La Boca au sud de Buenos Aires, River a déménagé vers les quartiers plus huppés de l’ouest en 1925, y gagnant le surnom de « Millionnaires » (los Millionarios) alors que les fans de Boca sont connus sous le nom de Xeneizes (« Gênois ») en référence à l’origine italienne de bon nombre d’entre eux. Cette distinction est sans doute assez simplificatrice à l’heure actuelle, mais rien de tel qu’un bon ennemi pour agrémenter le quotidien ; les supporters de Boca appellent d’ailleurs ceux de River les poulets (gallinas) car ils les trouvent mous et peureux, ces derniers leur rendant la pareille en les qualifiant de porcs (los puercos) par référence aux odeurs d’abattoir et d’égouts qui entourent selon eux le stade de la Bombonera… Si on ajoute les couleurs complémentaires des maillots des deux équipes (bleu et or pour Boca, rouge et blanc pour River), on a tous les éléments d’un match bouillant et coloré !

 

Plus de photos sur ce lien :

http://www.flickr.com/photos/42183121@N02/sets/72157622541749591/detail/

Arrivé en avance à l’heure où débutait un match d’ouverture entre les équipes juniors des deux clubs, j’ai pu me promener un peu dans le stade pour prendre quelques photos et voir l’ambiance monter tranquillement. Une demi-heure avant le début du « vrai » match, tout le monde est en place -y compris les supporters de Boca, parqués dans deux sections à l’autre bout du stade-, tout le monde commence à chanter et des banderoles rouge et blanc lancées des gradins supérieurs enveloppent la tribune dans laquelle je suis maintenant debout, comme tout le monde. Très graphique, on dirait un emballage cadeau… Plus de chants et quelques films plus loin, les deux équipes arrivent enfin… Cris, applaudissements, confettis et fumigènes, tout y est ! Je n’en dis pas plus, les films et photos sont plutôt évocateurs.

 

Le match débute ensuite rapidement, très intense tout d’abord. Mais le spectacle est surtout dans les tribunes où, entre deux cigarettes, les fans se lèvent, crient et s’en donnent à coeur joie. Je ne comprends pas tous les chants, mais les insultes sont plus faciles à suivre : les deux mots les plus fréquents (un par minute environ) sont « puta » et « muerte », ce qui, même pour quelqu’un comme moi dont l’espagnol est très limité, est suffisamment évocateur. Non, décidément, ils ne s’aiment pas…

 

Le jeu développé sur le terrain est plutôt de bonne qualité, avec toutefois quelques variations dans les contacts. Les joueurs se servent énormément des épaules, avec une technique qui me rappelle plus les matches de hockey sur glace de mon enfance que le foot tel qu’il est pratiqué en Europe. Il faut dire que les arbitres (qu’on n’envie vraiment pas de devoir officier pour ce match !) ont pris le parti de ne rien siffler, même si les tacles visent plus les oreilles que les chevilles. A la 35è minute, l’arbitre doit tout de même intervenir et siffle un penalty pour River. Le stade exulte deux minutes, le temps que le gardien de Boca ne le sauve brillamment… Pas grave, trois minutes plus tard, un coup-franc magnifiquement tiré permet aux locaux de prendre l’avantage : GOOOOOOOLLL!!!

Le match se poursuit sur un bon rythme jusqu’à la mi-temps, où les fans ont décidé de se reposer et reprendre leurs esprits. Quart d’heure plutôt calme, chants et insultes reprennent rapidement, et les deux équipes se retrouvent bientôt à 10 contre 10 après qu’un joueur de chaque camp est expulsé à trois minutes d’intervalle. Ce qui semble bénéficier à Boca, qui prend le jeu à son compte et égalise rapidement sur un joli but, le tout dans un silence total… La fin du match sera plus hachée, l’ambiance et les bruits se sont déplacés chez les bleu et or dans la tribune opposée, et il ne reste plus que la fumée de cigarette pour me coller mal à la tête. Le score en restera là, tout le monde semble raisonnablement satisfait et commente le match calmement… On attend tranquillement -tout de même- que les supporters de Boca aient quitté le stade, et on peut prendre le chemin du retour, épuisé mais les yeux et les oreilles pleins de souvenirs !

© Anne and David Placet and https://anneetdavid.wordpress.com, 2009. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

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