Japon – Avis aux amateurs de musées…

Un des nombreux avantages d’une visite au Japon est que chaque jour, en plus de savourer une vie quotidienne toujours déroutante pour des occidentaux, on peut visiter un musée extraordinaire. Histoire, arts, sciences naturelles, il y en a pour tous les goûts ! 

Si le pays a en effet massacré son environnement naturel à grand renfort de béton, de reforestation sans âme et de lignes électriques, la densité de musées est absolument fantastique. Plus encore, alors qu’ils sont souvent concentrés en Occident dans les plus grandes métropoles, on en trouve ici dans les endroits les plus reculés. Même lorsqu’on sillonne rapidement le pays, on n’est jamais très loin d’un musée passionnant, grâce notamment aux nombreuses initiatives privées qui sont, depuis près d’un siècle, venues compléter des collections publiques de qualité. De Nasu au nord de Tokyo à Kurashiki près d’Okayama, petite visite guidée de ces initiatives personnelles qui ont pour nous embelli un séjour déjà merveilleux (quelques photos seulement ci-dessous pour cause de copyright – désolés)…

Premier arrêt à Nasu, trois heures en bus au nord de Tokyo, dans une région plus connue pour ses sources d’eau chaude et ses onsen (les bains si prisés des Japonais). Perdu au milieu d’une forêt, le Musée Niki (http://www.niki-museum.jp/english/index.htm) est entièrement consacré à l’oeuvre de l’artiste française Niki de Saint-Phalle. Né à l’initiative d’une collectionneuse japonaise, Madame Yoko Shizue Masuda qui,fascinée par l’oeuvre d’une artiste qu’elle avait rencontré dans les années 1980, a très vite décidé de créer une fondation et un espace d’exposition pour faire connaître à ses compatriotes l’oeuvre d’une artiste effectivement à part, essentiellement connue pour ses « Nanas » rondes et colorées, ses séances de tir et son association au groupe des Nouveaux Réalistes. Le contraste est étonnant entre les dessins et sculptures hyper-expressives et autobiographiques de Niki de Saint-Phalle et l’isolement et l’architecture dépouillée du petit musée. Une expérience fascinante, pour l’occasion de savourer l’oeuvre d’une artiste que nous apprécions comme pour la chance de passer une première journée au calme dans la campagne japonaise. Le musée ferme malheureusement ses portes temporairement (manque de fonds ? localisation décidément trop peu accessible ?) ; nous avons eu la chance de compter parmi ses derniers visiteurs et lui souhaitons de ré-ouvrir très vite !

Second arrêt, à nouveau sur une journée, à Hakone (http://www.hakone-oam.or.jp/english/index.html). Localisation tout aussi improbable, puisque le musée de sculptures en plein air (« Hakone Open Air Museum ») est situé dans les collines et l’air pur de Hakone, au milieu d’un massif semi-montagneux plus connu comme lieu de randonnée et de vacances familiales autour de son lac et de ses excellents points de vue sur le mont Fuji que pour ses attraits culturels. Mais nous sommes au Japon… Après un trajet amusant en train à crémaillère entourés de touristes japonais équipés comme pour gravir l’Everest, nous sommes les seuls à descendre à l’arrêt Chokoku-no-Mori. Quelques minutes de marche et nous arrivons au musée ; la vue sur la vallée est somptueuse, l’air délicatement frais et l’atmosphère extraordinaire. C’est la première fois que nous avons la chance d’observer une aussi vaste collection sculptures dans un environnement exclusivement naturel. Le temps est superbe, la promenade bien conçue et les oeuvres choisies avec éclectisme : d’Henry Moore à Fernand Léger en passant par Rodin et des artistes japonais moins connus mais également intéressants, la collection est extraordinaire et il y en a pour tous les goûts ! Et surtout, le temps dégagé -qui offre des jeux de lumière fascinants sur les sculptures- et la paysage varié et vallonné permettent d’exploiter au mieux l’environnement pour mettre les oeuvres en valeur. C’est rarement le cas en intérieur, et cela nous rappelle combien la sculpture se vit en relation à l’espace qui l’entoure. Une nouvelle journée passionnante – si vous passez entre Tokyo et Kyoto, faites un détour par Hakone !

Enfin, c’est l’improbable bourgade de Kurashiki, au bord de Setonaikai -la mer intérieure japonaise-, qui nous a offert une troisième rencontre de ce type. Après avoir prospéré grâce à la production et au commerce du textile, Kurashiki est désormais réputée essentiellement pour son centre historique où un canal serpente entre des entrepôts en pierre blanche joliment préservés (ou restaurés). Si l’ensemble a un effet sympathique, c’est le bien Ohara Museum qui a (si l’on excepte un détour initial aussi involontaire qu’instructif par le cimetière et les quartiers périphériques) englouti l’essentiel de notre journée (http://www.ohara.or.jp/index_eng.html).

Ce musée a été créé vers 1930 par un mécène local, M. Ohara, pour héberger la collection d’art occidental (essentiellement impressionniste) qu’il avait constituée avec l’aide d’un peintre local qui achetait pour lui en Europe. La collection a ensuite été élargie pour intégrer des oeuvres de peintres japonais et des arts traditionnels (céramiques et gravures sur bois), puis poursuivie par ses enfants après la seconde guerre mondiale.

Petite déception avec la collection originelle, plutôt conservatrice et qui semble témoigner d’une démarche plus encyclopédique qu’osée (oeuvres matures d’artistes connus, on semble parfois avoir acheté des noms plus que des tableaux). La suite de la visite est par contre fascinante : une collection de gravures et de céramiques magnifiques hébergées dans un bâtiment somptueux au plancher en carreaux vernis dont nous nous souvenons encore, puis une collection d’artistes japonais du 20ème siècle très intéressante pour nous. Enfin, une collection magnifique d’artistes internationaux de la seconde moitié du 20è, avec un éclectisme similaire à la collection initiale mais un choix d’oeuvres beaucoup plus osé. Pêle-mêle nous ont marqués quelques dessins de Matisse, une série de Jasper Johns, un portrait magnifique de Bernard Buffet ou encore le plaisir de retrouver les pâtes épaisses et texturées de Riopelle et de découvrir des artistes japonais à la forte personnalité.

Un régal pour nos yeux, mais surtout un réel émerveillement devant une telle curiosité et une poursuite sans faille de l’excellence et la représentativité dans des domaines aussi variés que les gravures sur bois ou les céramiques japonaises traditionnelles et les peintres occidentaux contemporains. Certes, les moyens financiers aident, mais loin de l’acquisition opportuniste et à des prix record d’oeuvres très connues par des collectionneurs japonais à la fin des années 80, la constitution progressive d’une telle collection dans un marché de plus en plus concurrentiel mérite vraiment l’attention. La preuve de ce qu’une vision forte peut accomplir avec des moyens, du temps et de la persévérance ? Bravo en tout cas, et merci !

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