Pour notre 100è article, un peu de théâtre japonais

Voilà maintenant sept mois que nous sommes partis et avons commencé ce blog. N’ayant au départ d’autre ambition que de maintenir le contact avec famille et amis, nous nous sommes pris au jeu et, sept mois et 100 articles plus loin, nous sommes devenus accros !

Pour ce centième article, partons à la découverte du Kabuki, déclinaison épique du théâtre japonais, que nous avons découvert lors d’une représentation au théâtre Kabuki-za de Tokyo.  Un peu d’histoire, et quelques DESSINS en fin d’article !

Le mot kabuki (歌舞伎) est composé de 3 idéogrammes signifiant respectivement chant (), danse () et habileté technique () et peut être traduit comme « l’art de chanter et danser ». Né en 1603 à Kyoto, le kabuki a connu de nombreuses mutations durant son premier siècle d’existence. Il fut officiellement créé lorsqu’une danseuse, Okuni, assembla une troupe d’acteurs spécialisés dans des pièces mêlant chants et danses sans intrigue particulière, mais dans un style flamboyant et coloré rapidement dénoncé comme cacophonique et scandaleux. Repris ensuite par des prostituées qui donnèrent aux danses un caractère nettement suggestif, le kabuki « féminin » fut rapidement interdit, laissant progressivement la place aux troupes exclusivement constituées d’hommes (yarō kabuki).

A partir de 1650, la préférence affichée du shogunat alors au pouvoir pour les formes de théâtre plus traditionnelles du kyogen et du entraîne un repositionnement radical du yarō kabuki vers une mise en scène sophistiquée et un jeu très stylisé. Deux styles se détachent rapidement, le style « souple » (wagoto au jeu réaliste et aux intrigues romantiques, très prisé à Kyoto) et le style « rude » (aragoto au jeu outré sur les thèmes de la guerre et de l’héroïsme, en vogue dans la plus remuante Edo). 

Le kabuki se formalise ensuite sous l’ère Genroku (1673-1735), durant laquelle il se développe parallèlement au bunraku (théâtre de marionnettes). C’est alors que sont formalisés deux éléments désormais emblématiques du théâtre de kabuki : le mie (suspension du mouvement de l’acteur marquant un moment clé de l’intrigue) et le keshō (maquillage à base de poudre de riz qui indique sans ambiguïté le type de personnage représenté). Le visage très pâle des acteurs leur donne naturellement une expression dramatique amplifiée par les lignes de couleur qui servent également à indiquer la nature du personnage (rouge pour les héros, bleu pour les caractères négatifs, vert pour les êtres surnaturels et violet pour les personnages nobles par exemple).

Tout comme ses « cousins » nô, kyogen et bunraku, le théâtre de kabuki a connu des fortunes diverses au cours des deux derniers siècles. Ayant élargi son répertoire vers une gamme plus large de sujets et adopté des mises en scènes spectaculaires, il bénéficie aujourd’hui d’un vif regain d’intérêt auprès du public. Comme dans le même temps les structures se sont réduites (nombreux théâtres détruits, moins d’une centaine d’acteurs professionnels), il est parfois difficile d’obtenir des billets, notamment pour les pièces les plus longues qui peuvent durer jusqu’à quatre heures.

Nous nous sommes donc contentés d’une pièce courte (1h30 environ), qui nous a largement permis d’observer un monde bien à part. Les costumes traditionnels japonais sont absolument magnifiques. Les jeux de scène surprennent par leur lenteur, ils se développent à la fois dans la durée et dans l’espace. Les acteurs aux maquillage fascinant, mi-homme, mi-femme, miment à l’aide de gestes extrêmement appliqués et mesurés aussi bien des scènes de combat que des échanges amoureux. Le tout assorti de chants et musiques aux sonorités étranges, qui peuvent sembler plutôt dissonants pour une oreille occidentale !

Enfin, le public est réellement passionné et on sent l’émotion qui saisit les habitués, souvent des femmes d’ailleurs. Il n’est pas rare de voir les plus passionnés rester du matin au soir (soit 6 à 7 heures de représentation) et les amateurs les plus avertis font, de leur siège au dernier rang, le lien entre le public et la scène grâce au kakegoe : au moment du mie (cf. ci-dessus), les spécialistes crient le nom de l’école à laquelle appartient l’acteur (yagō) pour exprimer leur satisfaction et attirer l’attention des néophytes sur une scène particulièrement réussie. Cette pratique, qui obéit à des codes très stricts, est réservés à un petit groupe d’amateurs -essentiellement des hommes âgés- qui hante régulièrement les coulisses du Kabuki-za ; honte à qui crierait le yagō au mauvais moment !

Si les jeux de scène et les changements de costume en pleine action (avec l’aide d’assistants vêtus de noir) sont particulièrement impressionnants, c’est aussi l’esthétisme du kabuki qui m’a marquée et inspiré une série de dessins à l’encre de Chine et collages. J’ai notamment tenté de capturer le thème de l’androgynie personnifié par les onnagata, acteurs masculins spécialisés dans les rôles féminins. J’ai ajouté également deux portraits inspirés cette fois-ci du théâtre nô dans lequel les acteurs revêtent de superbes masques très expressifs.

 

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