Huang Shan – un grand bol d’air frais

La Chine nous ayant inspiré des réactions aussi complexes qu’ambiguës, nous allons commencer notre série par un thème tranquille, plaisant et sans controverse : notre excursion à Huang Shan, la « montagne jaune ». Peu connue à l’étranger, Huang Shan est une chaîne de formations granitiques située à environ cinq cents kilomètres à l’ouest de Shanghai et extrêmement prisée des touristes chinois, qu’attirent son air frais et ses paysages naturels ainsi que sa longe histoire.

Peintres et poètes de renom ont en effet choisi d’y séjourner il y a plusieurs siècles pour jouir de son isolement et chercher l’inspiration dans ses paysages surnaturels. Huang Shan est en effet célèbre pour le brouillard qui enveloppe régulièrement ses principaux sommets au lever du soleil, n’en laissant dépasser que le pic et nourrissant une prospère industrie de la carte postale et du livre de photos .

Plus près de nous, c’est ensuite Mao qui a choisi d’y faire tirer un de ses portraits les plus célèbres, assis seul sur un banc et pétant de santé au sommet du plus haut pic de Huang Shan ; rétrospectivement, son isolement et les nuages qui s’amoncellent derrière lui semblent annoncer ne fin de règne peu glorieuse et une rupture croissante avec son peuple… L’année dernière enfin, c’est Huang Shan que le réalisateur de la video « Sept intellectuels dans une forêt de bambous », superbement filmée mais plutôt « cérébrale », a choisi comme toile de fond pour symboliser le retour à la nature de jeunes intellectuels citadins en quête de valeurs et sentiments plus authentiques. Video que nos avons eu la chance de voir à Hong Kong, dans une exposition fort « bourgeoise » sponsorisée par LVMH. Bref, une montagne accommodée à toutes les sauces !

Intrigués par un endroit capable de susciter des engouements aussi divers et impatients d’oxygéner nos poumons encrassés par nos séjours à Canton puis Hangzhou, nous avons décidé d’aller nous rendre compte par nous-mêmes. Et nous ne l’avons pas regretté : les paysages au sommet sont extraordinaires, l’air effectivement très pur et les vues vers la vallée à couper le souffle – voir quelques photos ici :

http://www.flickr.com/photos/36264623@N08/sets/72157621957964830/detail/

Arrivés rapidement au sommet le premier jour, nous avons pu marcher longuement l’après-midi dans le calme et sous un ciel magnifique, admirer des vues vertigineuses sur la vallée et les pics environnants et profiter du coucher de soleil en discutant tant bien que mal avec un touriste chinois s’étonnant qu’on n’ait pas appris le mandarin avant de venir pour dix jours (lui avions-nous dit) en Chine.

Après une nuit paisible dans un silence admirable, lever à cinq heures dans un environnement bien différent : nous sommes samedi, les touristes sont arrivés la veille au soir et les groupes sont nombreux à tenter avec nous de voir le soleil se lever. Atmosphère amusante, nous avons enfilé les anoraks rouge et jaune prêtés par l’hôtel (géré par l’Etat, comme tous les établissements de Huang Shan) et pourrions presque nous fondre dans le décor… Le brouillard est bien au rendez-vous et nous gratifie d’un de ces paysages de carte postale si typiques d’Huang Shan et pour lesquels il vaut définitivement de passer la nuit au sommet ; le soleil par contre ne fera son apparition que quelques minutes avant de disparaître pour la journée.

Le temps de petit déjeuner et de faire une bonne sieste, et il est temps de redescendre vers la vallée. Six heures environ de marche, ponctuées de rencontres avec des groupes entiers de touristes beaucoup plus nombreux que la veille, et toujours plus imposants : ayant à un moment donné hésité à nous engager dans un passage très étroit et escarpé, nos attendrons plus de dix minutes qu’un groupe (un seul !) ait fini de passer… L’atmosphère détendue et paisible de la veille tourne cette fois au cirque, animé par les mégaphones des guides et les casquettes aux couleurs fluorescentes des groupes qui les suivent consciencieusement. Pas grave, ça met de l’ambiance et offre quelques photos amusantes… Moins drôle, les nombreux porteurs qui sillonnent les chemins avec des charges énormes sur leurs épaules (voire des chaises à porteur) ; dans la logique chinoise habituelle de profiter au maximum de coûts de main d’oeuvre très faibles, tout est acheminé à dos d’homme malgré la présence de trois téléphériques…

Descente superbe malgré tout, que nous terminons épuisés sous une pluie torrentielle : dans sa volonté de structurer l’accès au site, le gouvernement a en effet bétonné et équipé de marches l’ensemble de ses chemins ; comme les portions de plat sont peu nombreuses, on vous laisse imaginer l’état de nos genoux à l’arrivée (imaginez-vous descendant ou montant des escaliers pendant six heures)…

Une balade magnifique en tout cas, qui nous a rappelé combien la nature pouvait nous faire le plus grand bien ; c’est décidé, on se met à la randonnée en rentrant !

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