Asie du Sud-Est, lexique du voyageur

Hong Kong, son ambiance lisse, ordonnée et cosmopolite… Un répit, tout d’abord, et le retour à un univers plus familier après trois mois passionnants mais parfois épuisants en Asie du Sud-Est ; puis, après quelques jours, la réalisation a posteriori du « choc culturel » auquel la première partie de notre voyage nous a exposés. Pour notre premier séjour en Asie, nous avons pris soin de nous plonger autant que possible dans l’environnement local avec le seul souhait de le vivre et de l’observer, laissant -pour une fois- l’analyse pour plus tard. Quelques semaines plus tard, nous aurons beaucoup négocié (nous y reviendrons), rencontré des personnages passionnants et découvert des paysages fantastiques mais aussi pataugé dans des stations de bus sordides et combattu quelques blattes, et enfin beaucoup appris sur nous-mêmes et les pays que nous avons parcourus, non sans avoir traversé de longs moments de perplexité… De façon intéressante,c’est en nous déplaçant constamment par nos propres moyens et en compagnie des locaux que nous commencé à les comprendre un petit peu, en tout cas à développer un « vécu » et un ressenti qui se précisent seulement maintenant. Pour le pire et le meilleur, chaque trajet a été passionnant et instructif, parfois réjouissant (en Thaïlande notamment), souvent troublant (Cambodge) et presque toujours long et épuisant. Plus prosaïquement, voyager au contact des locaux et d’autres globe trotters nous a également permis de nous familiariser avec un nouveau langage où les mots n’ont pas toujours la signification qu’on leur connaît habituellement. Nous avons regroupé ci-dessous les expressions que nous avons entendues ou utilisées le plus souvent dans le cadre de nos déplacements ou de nos transactions commerciales avec les locaux – situations où le statut de touriste se fait le plus cruellement sentir. Certaines sont très claires, mais il nous a fallu des semaines pour en déchiffrer d’autres. En avant pour le « lexique du voyageur », du plus simple au plus compliqué ! « Marijuana? » : pas besoin de traduction. On m’en a proposé à peu près cent cinquante fois à Ho Chi Minh City, sans que je sache si j’avais l’air soudainement très cool ou simplement plus naïf que la moyenne ? Affaire non élucidée, nous n’avons pas poussé plus avant les négociations… « Special price for you! » : une proposition parfaitement honnête, puisque le prix qu’on nous propose est effectivement très « spécial » – à la hausse malheureusement. Ca nous a beaucoup fait sourire, et quelques commerçants ont même convenu avec nous de l’aspect amusant de cette offre. « Where you go (today/tomorrow)? » : où vas-tu (aujourd’hui / demain) ? En Thaïlande, premier pays que nous avons visité, c’est apparemment la façon préférée des locaux d’engager la conversation, et pas seulement avec les touristes – une sorte de salutation assez proche du « comment ça va? » des Occidentaux, question un peu convenue mais sans malice particulière. Au Vietnam par contre (alors que nous avions relâché notre garde !), l’idée est « dis-moi où tu vas et je t’y emmène », ! voire « je t’y emmène de toute façon, même si tu ne veux pas y aller ! ». Entame assez visible, facilement esquivée d’un standard : « on se promène ! ». « Where you from? » : plus subtil, le « d’où viens-tu ? » a une triple fonction. Dans son rôle le plus simple, il sert à celui qui pose la question à vous sortir quelques mots dans votre langue ou des allusions à la culture nationale (pour les Français, ça commence immanquablement par « Paris » puis « Zidane »…). Une version un peu plus élaborée des chauffeurs de rickshaw (pousse-pousse) vietnamiens consiste à vous sortir un carnet avec une litanie de « recommandations » de touristes de même langue vantant les mérites de votre nouvel ami et de ses fantastiques tours de la ville – sympa, mais pas très utile quand vous préférez marcher ! Enfin, l’usage le plus subtil de la question consiste à déterminer un tarif de départ lors d’une négociation ; très pratique quand vous êtes français (cf. un précédent article), nettement moins si vous êtes allemand ou américain (pour les Canadiens, nous n’avons pas testé, mais le « Français » est une valeur sûre, vraiment tout en bas de l’échelle !). « Which hotel you stay? » : même fonction que la question précédente dans sa dernière version – évaluer votre pouvoir d’achat. Si vous logez dans un hôtel miteux, dites-le ! Sinon, repérez sur un guide l’adresse d’un hôtel à cinq dollars ou bien répondez évasivement, vous ferez de grosses économies… « No, thanks » : très mauvais et à éviter absolument, surtout avec lorsqu’on le dit avec le sourire ! Au Vietnam, nous nous sommes longuement agacés de voir les chauffeurs de moto et autres rabatteurs refuser de prendre nos « non, merci » pour une réponse et continuer à nous harceler. Si des versions moins courtoises permettent à coup sûr de se défaire des importuns, c’est régulièrement au prix de longs efforts. Ce n’est qu’après trois semaines que nous avons compris, en fréquentant de plus près des locaux, qu’ignorer (de préférence hautainement) est la seule façon efficace d’exprimer un refus ou une absence d’intérêt, et qu’elle semble parfaitement acceptée (ou en tout cas subie) ! Nous nous sommes donc empressés d’appliquer cette nouvelle méthode et notre vie a radicalement changé : notre TPSDDE (« temps pour se débarrasser des emmerdeurs ») à la sortie des bus est passé de cinq minutes à moins de vingt secondes, sans que les « victimes » de cette nouvelle stratégie n’en semblent blessées. Changement de contexte culturel sans doute, où il est plus gênant de faire « perdre la face » à son interlocuteur en acceptant de lui parler puis de repousser son offre que de simplement l’ignorer ? A voir, mais en tout cas, n’hésitez pas, vous vous économiserez bien des efforts ! « Maybe later » : avec le silence, c’est l’arme fatale au Vietnam. Ca ne veut rien dire et ça n’engage à rien, mais c’est une façon parfaitement acceptée de repousser une sollicitation. Puisque l’important (cf. ci-dessus) est de ne pas opposer un refus définitif, « peut-être plus tard » est une façon formidable et sans appel de décliner une offre, à laquelle nos interlocuteurs n’ont pas (encore) trouvé de parade. A consommer sans modération ! « How long you been married? » ou « Are you on honeymoon? » : question très répandue au Vietnam, qui précède souvent « déjà des enfants ? ». Comme « sept ans de mariage, pas d’enfants » ne manque jamais de provoquer un grand silence, Anne a décidé de changer de stratégie et de nous déclarer en honeymoon. Inspiration de génie – la « lune de miel » est, dans une société encore très « familiale » où les jeunes mariés, installés souvent avec les parents de monsieur, ont une intimité limitée, une opportunité unique de, bref… Chaque personne nous croyant en honeymoon semblait faire son devoir de nous choyer, nous faire des réductions et nous mettre ainsi dans les meilleures conditions pour… Personnellement, je persiste à penser qu’il est très vilain de mentir ainsi, mais ça marche !

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