Un peu d’art vietnamien : bonnes et mauvaises surprises, seconde partie

Excellente matinée donc au musée des beaux-arts d’Ho Chi Minh Ville (cf. article précédent). Le même soir, changement de décor avec la visite de quelques galeries réputées du centre ville. Ambiance et mise en scène soignées, vendeuses en costume traditionnel mais aux techniques de vente rudimentaires et pas si éloignées du marché aux poissons – un cocktail détonnant pour une visite instructive, qui nous a toutefois laissé une impression mitigée !

Point positif, certaines des oeuvres présentées font preuve d’une vraie originalité et d’une « identité » vietnamienne forte. Alors qu’en Thaïlande la plupart des artistes s’inspirent largement de styles occidentaux, plusieurs des artistes que nous avons découverts au Vietnam ont su créer leur propre style, qui ne ressemble à rien de ce que nous connaissions jusqu’ici ; la technique très fastidieuse de la peinture sur bois laqué et l’usage de couleurs très vives (notamment dans les tons rouge, vert et jaune) confère à ces oeuvres un style bien à part. La large dominante figurative témoigne aussi d’une démarche originale, avec seulement quelques toiles abstraites -plutôt réussies d’ailleurs.

Tout ceci serait donc très réjouissant, si l’on n’avait l’impression que les artistes les plus demandés, soucieux de développer une « image de marque » distinctive, se sont réparti genres et techniques qu’ils répètent ou réutilisent ensuite ad nauseam. Comme le spécialiste des scènes villageoises, qui pour tout renouvellement décline les quatre saisons et change les arbres de place… Ou ce peintre de superbes portraits féminins -traitement réaliste sur le visage et abstrait autour-, qui décline le fond en toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et alterne formats carré et portrait pour tromper l’amateur inattentif. Une démarche marketing de « création de marque » digne des meilleurs lessiviers, qui laisse peu de place à la prise de risque et à la créativité ! Et du point de vue de l’acheteur potentiel, pourquoi payer pour une oeuvre « originale » qui sera bientôt valorisée comme une sérigraphie tant elle aura été déclinée en oeuvres similaires ? Les Tournesols auraient-ils atteint un tel prix si Van Gogh en avait peint quinze versions de couleurs différentes (ceci dit, Rothko est un excellent contre-exemple…) ?

Enfin, cet art sympathique mériterait peut-être d’être mieux valorisé et « marketé » autrement que comme un cadeau sympa (à 3 ou 4 000$ tout de même…) que vous achetez sans connaître l’artiste et qu’on vous expédie par DHL… La stratégie sans lendemain du touriste à qui on refile n’importe quoi parce qu’il ne reviendra plus est parfaitement adaptée à plein de choses, mais pas à l’art ! La matière première est de qualité, c’est le moment ou jamais d’adopter une stratégie de long terme, de faire connaître artistes et courants artistiques, et d’encourager de vrais amateurs… A suivre !

Une Réponse to “Un peu d’art vietnamien : bonnes et mauvaises surprises, seconde partie”

  1. Maurice Quentin Says:

    C’est tout le problème avec ce genre d’oeuvres, on sait pas si c’est de l’art ou du cochon.

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