De l’avantage (parfois) d’être français(e)…

Lors de nos précédents séjours et installations à l’étranger, notre nationalité a influencé de façon assez systématique nos rapports avec les locaux : un premier regard envieux sur notre pays –Paris, la tour Eiffel, Zidane, le luxe, la cuisine, le vin…- suivi d’un jugement nettement moins positif sur les Français eux-mêmes : arrogants, râleurs, éternels insatisfaits… Des préjugés modérément favorables, donc, qui auront toutefois eu le mérite de nous rendre (relativement) plus sympathiques en limitant les attentes de nos interlocuteurs !

Changement de décor depuis le début de notre périple en Asie du sud-est, qui nous a fait découvrir un avantage inattendu mais considérable de notre nationalité : elle nous fait économiser de l’argent ! En effet, tout ou presque se négocie ici (tout du moins dans l’économie informelle), et les attentes des vendeurs sont davantage liées à la richesse perçue des acheteurs qu’au coût effectif des biens ou prestations. En gros, plus vous semblez fortuné, plus vous allez devoir payer (et ces attentes sont réelles, nous avons vu de nombreux vendeurs refuser de faire affaire à des prix pourtant élevés sous prétexte que nous devions avoir les moyens de payer davantage encore !). Votre pouvoir d’achat perçu est donc la clé de la négociation, et les vendeurs de rue, marchands de fruits et légumes, conducteurs de tuk tuk et autres agences de voyage rivalisent d’ingéniosité pour évaluer celui-ci : votre apparence générale bien sûr (en gros, mieux vaut faire pitié qu’envie), l’adresse de votre hôtel, mais aussi votre nationalité.

Après que nous avions négocié -longuement mais dans la bonne humeur- et avions convenu du prix d’une excursion vers les marchés flottants de Can Tho, le guide a semblé très déçu voire vexé lorsque nous lui avons « avoué » le nom de notre hôtel (effectivement plus confortable que nos standards habituels) -« si j’avais su où vous logez, vous auriez payé bien plus cher ! ». Avant de se justifier – « mais comme vous êtes français, j’ai commencé plus bas que d’habitude ! ». Et de nous expliquer en détail sa « grille tarifaire » en fonction des nationalités, avec les Américains en haut de l’échelle (« ils n’ont pas conscience des prix et ne négocient pas »), pas loin devant les Russes, les Allemands, puis les Anglais et les Australiens.

En gros, comme nous l’ont confirmé de nombreuses discussions avec des locaux -à Angkor notamment-, cette stratégie « sur-mesure » relève à la fois d’une logique économique (les Français sont perçus comme étant réellement moins fortunés que d’autres nationalités, il y a donc moins à en tirer !) que d’une volonté de raccourcir une négociation longue et difficile, les Français ayant une réputation d’abominables radins qui négocient longuement, trouvent tout trop cher et jamais assez bien ou suffisant…

Bref, que vous correspondiez ou non à cette image, rangez votre montre et votre appareil photo, et négociez ferme, vous êtes en (relative) position de force !

2 Réponses to “De l’avantage (parfois) d’être français(e)…”

  1. Marie-José Says:

    Merci pour ces conseils qui peuvent aider les prochains globe-trotters.

    Une petite anecdote : il est amusant de voir comment Chateaubriand dans les Mémoires d’Outre-tombe (année 1800- vue de la France – j’arrive à Paris) percevait ses compatriotes, à son retour en France après huit années de résidence en Grande-Bretagne et un voyage en Amérique. « Je nourrissais toujours au fond du cœur les regrets et les souvenirs de l’Angleterre; j’avais vécu si longtemps dans ce pays que j’en avais pris ses habitudes : je ne pouvais me faire à …notre malpropreté, à notre bruit, à notre familiarité, à l’indiscrétion de notre bavardage : j’étais anglais de manières, de goût et, jusqu’à un certain point, de pensées…
    Mais peu à peu je goûtai la sociabilité qui nous distingue, ce commerce charmant, facile et rapide des intelligences, cette absence de toute morgue et de tout préjugé, cette inattention à la fortune et aux noms, ce nivellement naturel de tous les rangs, cette égalité des esprits qui rend la société française incomparable et qui rachète nos défauts : après quelques mois d’établissement au milieu de nous, on sent qu’on ne peut vivre qu’à Paris.
    Attendons votre retour pour savoir si cette deuxième partie est encore d’actualité ?

  2. Joachim Dubellatre Says:

    Eh oui, comme je dis souvent à ma femme: heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage … etc.

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