L’économie du Mekong : en progrès, mais peut mieux faire ?

Si nous avions adoré notre promenade sur le Mekong près de Can Tho, c’est finalement parce que celui-ci ressemble si peu à l’image qu’on se fait d’un noeud de transport ou de communication majeur : les embarcations sont petites et relativement peu nombreuses, et les entrepôts et usines sur ses rives restent largement artisanaux. Nous avions eu l’impression d’une économie particulièrement active mais aussi très « locale », qui n’exploite pas pleinement ses formidables atouts. Nous avons donc poursuivi notre incursion dans le delta, posé quelques questions et visité des exploitations maraîchères et artisanales riveraines afin d’en savoir un peu plus. Ces « investigations » complémentaires ont confirmé nos premières impressions : le delta regorge de richesses naturelles abondantes, qu’il n’exploite que partiellement, même si des efforts croissants sont faits en ce sens.

Des atouts naturels exceptionnels et une exploitation astucieuse…

  • Des richesses naturelles fantastiques : surnommée le « grenier à riz » du Vietnam, le delta du Mekong fournit plus de la moitié de la production nationale et la majorité des exportations. La hausse de la production régionale a permis au Vietnam, importateur net de riz jusqu’en 1990, de devenir le second exportateur mondial après la Thaïlande, avec près de 5 millions de tonnes exportées en 2008. Les cultures maraîchères, et notamment d’agrumes, ont également explosé en raison d’un revenu par hectare cinq à six fois supérieur aux rizières, et la région représente désormais 50% des surfaces agrumicoles nationales. Et effectivement, lorsqu’on visite canaux et vergers, la diversité des cultures est impressionnante : un ananas ?A votre droite ! Tendez le bras gauche ? Des bananes ! Devant vous ?Un peu de riz… Tout pousse !

  • Une exploitation astucieuse de la géographie et des ressources locales : la population a parfaitement su s’adapter à la configuration particulière de la région et au rôle central de l’eau. Les marchés flottants en sont un exemple, ainsi que la disposition des exploitations (briqueteries sur les rives argileuses, exploitations agricoles dans les zones alluviales). Le recyclage systématique est également impressionnant, de l’écorce de riz systématiquement utilisée comme combustibles dans les briqueteries et productions artisanales locales aux coquilles de noix de coco recyclées en source de chauffage domestique. Rien n’est perdu !

  • Une production de plus en plus tournée vers l’export : après le riz, la région commence à exporter une proportion croissante de sa production fruitière, notamment les mangues et autres agrumes vers les Etats-Unis et les longans vers la Chine (apparemment, seuls les palais chinois sont capables d’apprécier leur goût si particulier !), ainsi que des poissons chats dont les élevages bordent le fleuve sur toute sa longueur

  • Un conduit de transport très pratique : le fleuve est également bien exploité comme moyen de communication et lien commercial, au niveau local -avec les marchés flottants- et vers Ho Chi Minh City : on voit ainsi de nombreuses barges remonter vers HCMC pour y apporter fruits et sable, et en revenir chargées de ciment, d’engrais ou de pesticides

… Mais un potentiel largement sous-exploité

  • Une économie très « domestique » et peu intégrée : si la production et la variété des cultures du delta ont explosé, les exploitations demeurent essentiellement familiales et de taille modeste. Cette structure permet de faire vivre une très grande partie de la population de la région (parfois plutôt bien, si l’on en croit les propriétés cossues que nous avons observées sur les bords des canaux) mais elle bride également son développement. Faute de structures et de savoir-faire, les producteurs locaux se contentent en effet d’expédier vers Ho Chi Minh City des produits « bruts ». Ce sont ainsi les entrepreneurs saïgonnais qui, en se chargeant de la transformation et/ou de l’exportation de ces produits, mettent la main sur la plus grosse part du gâteau ! En parlant de gâteaux, une petite VIDEO de la production artisanale du mélange caramel et riz soufflé – le rythme des « batteurs » est impressionnant, et le résultat (on a goûté) bien croustillant !

  • Une infrastructure (routière notamment) défaillante : lorsque nous avons attendu plus de deux heures à bord d’un bus surchauffé avant de traverser en ferry une rivière large de 500 mètres, nous avons compris pourquoi la rivière reste à ce point le noeud de communication central de la région. Les routes sont notamment très en retard, et le manque de dessertes routières et aériennes freine le développement économique du delta. Le gouvernement a apparemment entrepris d’y remédier et, s’il on en croit les nombreux ponts en construction sous lesquels nous sommes passés et le large groupe d’ingénieurs australiens et américains qu’on retrouvait tous les soirs en train de prendre l’apéro dans notre cantine, les progrès pourraient être rapides !

  • Des produits insuffisamment mis en valeur : autre conséquence du morcellement des exploitations, les producteurs de la région n’ont pas mis en place de « label » ou d’appellation commune (type AOC) leur permettant de pleinement valoriser leurs produits. Le riz de la région souffre notamment d’un positionnement plus « bas de gamme » et d’un prix souvent plus faible que son concurrent thaïlandais. Le delta concentre donc ses exportations vers des pays en développement, qui sont particulièrement peu enclins à accepter des hausses de prix lorsque les coûts de production augmentent, comme en 2007-08 (engrais notamment)

  • Des choix parfois difficiles : la richesse des ressources agricoles, en encourageant des cultures rizicoles et agrumicoles de plus en plus intensives, a aussi mis en danger la vie dans la rivière : de nombreuses espèces de poissons ont ainsi disparu, victimes des engrais et pesticides de plus en plus présents dans l’eau du Mekong. Cette surexploitation n’est certes pas (hélas) l’apanage de la région, mais il est étonnant de constater que, si le delta est largement exportateur de poissons, il s’agit de poissons chats élevés dans des fermes le long de la rivière !

Apparemment, des travaux sont en cours !

  • Une production en forte hausse : la production de riz et d’agrumes a augmenté rapidement ces dernières années malgré des surfaces de production globalement stables. Grâce à l’introduction de nouvelles espèces, les producteurs de riz sont ainsi passés de une à deux récoltes annuelles, voire trois pour certaines variétés !

  • Un plan d’action en cours : le gouvernement vietnamien a récemment annoncé la création d’une « zone économique prioritaire » destinée à améliorer les infrastructures de la région et à accroître son rôle dans la chaîne économique agro-alimentaire. L’objectif de ce plan est de doter la région des savoir-faire et des équipements lui permettant d’être moins dépendante d’Ho Chi Minh City, en accroissant la production d’engrais locale et en développant ses capacités de transformation et d’exportation

  • Une volonté d’attirer des capitaux étrangers : en plus de son propre programme d’investissement, l’Etat et la région cherchent également à attirer capitaux et savoir-faire étrangers, au moyen notamment d’exemptions de loyer et d’incitations fiscales

Bref, le paysage du delta pourrait rapidement changer, et perdre un peu de son coté pittoresque et bucolique… Si la région vous intéresse, dépêchez-vous d’aller la visiter !

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