Des méfaits du tourisme…

Sans nous étendre davantage tant le sujet a déjà été débattu, nous avons malheureusement constaté à de nombreuses reprises depuis notre départ combien le tourisme biaise (pourrit ?) les relations entre individus et déséquilibre les environnements économiques et sociaux. Heureusement, ce triste phénomène prend parfois un coté (tragi)-comique, comme lors de notre visite à Luang Prabang, ville du nord du Laos réputée pour ses temples.

Comme Anne l’a évoqué dans un précédent article, les moines ont pour habitude de recueillir, très tôt dans la journée, les offrandes de nourriture des habitants qui leur procurent ainsi le premier de leurs deux repas quotidiens. Cette coutume, très répandue dans les pays bouddhistes d’Asie du Sud-Est, est remarquable à Luang Prabang en raison de la très forte concentration de temples dans une ville par ailleurs assez petite (en termes mathématiques, on pourrait dire que le ratio moine par habitant est nettement au-dessus de la moyenne). Résultat – la procession matinale des moines, qui viennent avec leur urne recevoir les offrandes des habitants installés le long des rues, est devenu un événement touristique essentiel de la ville. Il est même possible d’acheter (pour la modique somme de $3 !) des petits paniers de riz que l’on pourra offrir aux moines (pas de problème si vous n’avez aucune idée de la signification de tout celà, l’important n’est-il pas de participer !).

Dilemme donc, à l’heure d’aller me coucher pour ma première nuit à Luang Prabang : l’événement semble clownesque, mais le photographe en moi se dit qu’il y a peut-être quelques beaux moments à saisir, et qu’à 6 heures du matin, les touristes ne seront peut être pas si nombreux, aidant à préserver un peu d’authenticité à la scène. Allons-y, réveil…

Lendemain matin, réveil difficile à 5 heures 45, toilette rapide, j’attrape quelques pellicules, et nous nous mettons en route ! A peine dans la rue, de vieilles dames tentent de nous vendre les fameux panier de riz. « No, thanks ». Puis un premier cortège de moines arrive – la lumière est mauvaise, mais je fais quelques réglages avant de regarder autour de moi : raté, il y a bien des touristes. Beaucoup, beaucoup de touristes d’ailleurs, et les appareils photo ne manquent pas. Le genre de situation qui ne m’inspire pas franchement. Pas grave, on s’est levés, on va tenter de capter quelques instants sympas. D’ailleurs, une nouvelle colonne de moines arrive. Je trouve un point de vue intéressant, observe les différents cadrages possibles, et m’apprête à me fondre dans la scène quand j’entends derrière moi un dialogue entre deux femmes d’un certain âge (en français dans le texte) :

-« Pff, ce truc est vraiment trop touristique… Quand je pense que je ne sais même pas prendre de belles photos…

– Ben, pourquoi tu t’es levée alors ?

– C’est Jean-Pierre qui m’a envoyée – d’habitude, c’est lui qui prend les photos, mais là, il a mal aux intestins, alors il a dû rester couché !

– Oh la la, c’est embêtant ça !

– Oui, mais que veux-tu, il a les intestins fragiles, et comme il fait pas du tout attention à ce qu’il mange, forcément… »

Moment de réelle authenticité que j’ai choisi, dans un bref mais intense accès de découragement, pour poser mon appareil, m’éloigner un peu et observer de plus loin cette scène effectivement surréaliste… Décidément, le tourisme, c’est dur !

PS: pour les photos, voir l’article précédent !

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