Tout d’abord, il nous faut prendre de la hauteur et nous élever de 1,200 m aujourd’hui. La route tourne follement mais, au fur et à mesure de notre ascension, les canyons rouge et ocre s’offrent à la vue et les cactus deviennent de plus en plus nombreux. Si on regarde bien, on a parfois la chance de découvrir une fleur rouge ou jaune à leur sommet : plaisir rare, puisque celle-ci fanera dès le lendemain de sa floraison. Ces cactus géants, si souvent représentés dans les dessins animés, sont réellement impressionnants. Ils peuvent atteindre plus de 5 mètres de haut – après toutefois de longues années, puisqu’ils ne poussent que de un à deux centimètres par an… Je vous laisse faire le calcul.
Progressivement les canyons cèdent la place à de grandes étendues plates et poussiéreuses. Un ciel immense les surplombe, dans lequel les nuages semblent prendre vie. Puis viendra le tour de prairies peuplées de lamas en troupeaux. Nous roulerons douze heures au total ce premier jour et ne croiserons que deux hameaux. Inévitablement naît le sentiment troublant mais reposant d’être soi-même un grain de sable au milieu de cette infinitude…
Quelle est donc cette terre étrange et changeante, à peine l’ai-je mentalement qualifiée de désert qu’elle se change en pâturage, de plaine qu’elle offre des flancs de montagne à gravir ? Quelle est donc cette contrée qui nous gâte de tous ces contrastes ? Nous sommes dans le Sur Lipez, province située au sud-ouest de la Bolivie et où la densité de population n’est que de 0,3 habitant au km2, où 99% de la population n’a pas accès à l’électricité, 90% ne dispose pas de sanitaire et tous ne parlent pas l’espagnol. Ses habitants vivent exclusivement de l’agriculture et de l’élevage et les lamas forment une grande partie du cheptel.
Un des deux hameaux traversés est en fait la capitale de cette province. Il se nomme San Pablo de Lipez, et nous en visiterons malheureusement l’infirmerie car l’un d’entre nous souffre cruellement de l’altitude. Le lieu est intéressant, on y entre par la rue principale (l’unique rue pour être exact) et on aperçoit, avant même ses premières maisons, son terrain de foot sur lequel quelques joueurs s’entraînent à la course. Mais où trouvent-ils donc tant d’énergie ? A 4,200m d’altitude, pour nos organismes fatigués chaque effort est une bataille, et chaque bouffée d’air aspirée se fait prier à rentrer dans nos poumons. Leur tonus leur vient de la mastication des feuilles de coca qui dilatent les alvéoles pulmonaires et rendent (bien agréablement) euphorique.
L’infirmerie est, avec l’église, un des pôles centraux du village et le vieux bâtiment recèle d’affiches incitant à la prévention (planning familial, tuberculose, cancers féminins, etc.).
Rappelons que l’espérance de vie moyenne en Bolivie est d’environ 66 ans, ce qui la place au 154ème rang mondial (sur 221 pays répertoriés). Comme nous sommes ici dans une des provinces les plus pauvres du pays, on imagine que les chiffres sont encore plus déplorables, vraisemblablement parmi les plus bas au monde.
Nous reprenons la route et parcourons de nouveaux espaces immenses avec en toile de fond d’impressionnants sommets enneigés se dressant au-dessus de l’altiplano. Notre premier jour est couronné par un soleil couchant aux teintes rougeoyantes.
Finalement nous arrivons fourbus par les secousses au deuxième hameau San Antonio de Lipez, où nous nous apprêtons à passer la nuit et faire la rencontre de la petite Anna.
© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.




















