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Carnet de route patagonien, troisième partie : El Calafate, immensité battue par le vent, chiens errants et glaciers bleutés

Posted in Voyage - Argentine with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 novembre 2009 by Placet

Vol Bariloche - El Calafate : Cordillère des Andes

Après un incroyable trajet en bus entre Buenos Aires et Bariloche, nous aurions volontiers renouvelé l’aventure pour nous rendre à El Calafate, située à 1 500km au sud, en direction de la Terre de Feu. Ceci nous aurait en plus permis de suivre la Ruta 40, réputée à la fois pour son aspect particulièrement sauvage et pour avoir été dans les années 50 l’épine dorsale de la traversée de l’Amérique Latine du jeune Ernesto Guevara, qui a relaté la naissance des son idéal révolutionnaire dans les Diarios de Motocicleta (« journal à moto »). Las, les liaisons en bus étant extrêmement longues et malaisées, nous nous sommes résolus à voler. Bien nous en a pris, nous avons eu la chance de survoler la Cordillère des Andes pendant plus d’une heure et demi sous un soleil superbe. Sympa !

Vol Bariloche - El Calafate : Cordillere des Andes

El Calafate

L’histoire et le développement d’El Calafate, étrange petite ville perdue au milieu d’une immense étendue (plus de 300 km la séparent de la localité la plus proche), sont étroitement liés à ceux de la Patagonie dans son ensemble. El Calafate fut officiellement fondée en 1927 pour servir de plate-forme à l’élevage et au commerce ovins, alors activités principales de la région. L’âge d’or de ceux-ci (1890-1920) étant derrière eux, la ville s’est développée lentement jusqu’au dernier quart du vingtième siècle, lorsque la Patagonie a décidé d’axer son développement sur le tourisme au détriment de l’élevage ovin, pénalisé par l’effondrement des prix de la laine.

El Calafate

Paradoxalement, c’est la crise financière de 2001 qui a donné son véritable essor à la population de la ville, qui a triplé en huit ans. De nombreux habitants de Buenos Aires, sans perspectives dans la capitale, sont venus dans le sud pour tenter de profiter de la manne touristique engendrée par la dévaluation du peso en ouvrant des bed and breakfasts et des restaurants. La ville qui compte désormais 20 000 habitants et est desservie par un (minuscule) aéroport, est devenue un point de passage quasi-obligé pour les randonnées vers le glacier Perito Moreno et le massif montagneux d’El Chalten et offre même des excursions vers le parc chilien de Torres del Paine. Pas mal pour une ville affublée du nom d’une baie sauvage (le « calafate », sorte de grosse myrtille) et qui a mis vingt ans à compter plus de cent habitants permanents !

Lac d'El Calafate

Jeu de cerf-volant à El Calafate

Miracle de ce développement effréné, la ville a conservé un aspect désordonné et sauvage qui prend tout son sens dès qu’on sort du minuscule centre-ville. Les maisons sont petites, clairsemées et souvent construites à la va-vite -mélange de tôle et de bois-, et moins de cinq minutes de marche suffisent pour se retrouver en pleine nature. Pour la première fois, nous avons eu l’impression de découvrir un espace réellement sauvage, une immensité battue par le vent et où seuls les chiens semi-errants et néanmoins sympathiques venaient accompagner notre promenade. Un sentiment de liberté difficile à décrire, mais qui nous a saisis et donné l’impression d’être de vrais aventuriers alors que nous avions marché à peine un ou deux kilomètres, le temps de nous égarer du côté du cimetière et de la décharge municipale !

El Calafate

El Calafate

Un paysage magnifique donc, immense et libérateur, mais aussi brutal et sans merci. Presque autant que de nous promener chaque jour dans la plaine environnante, nous avons apprécié de regagner le petit hôtel en rondins tranquille et bien isolé dans lequel nous logions. Le calme et la chaleur ont une tout autre saveur lorsqu’on revient d’une longue promenade dans un vent glacial :-) Un séjour magique et apaisant, rendu plus spécial encore par les journées très longues (pas de coucher de soleil avant 22h00) qui permettaient de sortir et profiter d’un éclairage différent à de nombreuses reprises – on serait bien restés plus longtemps !

 

Glacier Perito Moreno

Glacier Perito Moreno

Enfin, nous nous sommes arrachés au confort d’El Calafate pour rendre visite au superbe glacier Perito Moreno, célèbre pour ses énormes blocs de glace bleutés. Un des plus vastes glaciers de Patagonie, Perito Moreno présente effectivement un front immense (près de 5 km) pour une hauteur émergée de plus de 60 mètres, qu’on peut au choix observer d’une plate-forme terrestre ou d’un bateau ou y randonner en crampons. Nous avons choisi l’option la plus simple, étant avant tout curieux d’observer les étonnantes couleurs du glacier. Difficile à transcrire en images, le bleu n’étant traditionnellement pas la couleur la mieux captée par les appareils photo, mais nous avons fait de notre mieux avec une lumière changeante…

Glacier Perito Moreno

Glacier Perito Moreno

Point notable en ces temps de réchauffement climatique, Perito Moreno est également un des rares glaciers de Patagonie à croître régulièrement, nourri par la fonte des neiges des Andes. D’un point de vue touristique toutefois, l’attrait principal du glacier réside dans les énormes blocs de glace qui se détachent régulièrement de sa façade dans un bruit de tonnerre ; si les ruptures totales du front du glacier sont rares (tous les quatre ans environ), les détachements de blocs sont en effet réguliers et font la joie des touristes présents ; nous aurions volontiers enregistré un film pour en partager les bruits avec vous, mais ceux-ci, souvent lointains, sont systématiquement couverts par les « Ooohh », « Aaahh » et « C’est beau » (les Français étant apparemment les plus nombreux ou les plus vocaux) des touristes présents, ce qui n’est pas particulièrement dépaysant…

Enfin, pour ceux et celles que ce cet article a alléchés, les chaînes montagneuses proches d’El Chalten (côté argentin) et Torres del Paine (au Chili) offrent des randonnées exceptionnelles. Le mauvais temps nous a empêché d’en profiter cette fois, mais nous avons depuis appris que quiconque goûte au calafate durant son séjour reviendra en Patagonie. A en croire la quantité de confiture de calafate que nous avons ingurgitée à Ushuaia, ce n’est pour nous que partie remise !

Et pour Ushuaia et la Terre de Feu, rendez-vous dans quelques jours…

Glacier Perito Moreno

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