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Dr Jekyll et Mr Hyde : l’étonnant Opéra de Sydney

Posted in Voyage - Australie with tags , , , , , , , , on 2 novembre 2009 by Placet

A peine arrivés à Sydney, une de nos premières visites a été pour son bâtiment le plus célèbre, le Sydney Opera House. Situé dans le port de Sydney et voisin du célèbre pont (Harbour Bidge), l’Opéra héberge en fait cinq salles dont les deux principales sont l’Opera Theatre et le Concert Hall. Conçu par l’architecte danois Jørn Utzon, il est mondialement connu pour son architecture originale qui en a fait une icône de la ville. En Australie, il est également fameux pour sa construction longue et tumultueuse et son acoustique problématique (pour rester poli). Intéressons-nous tour à tour à ces trois caractéristiques…

Le côté Mr. Hyde tout d’abord, c’est l’extérieur : le bâtiment est véritablement différent et superbe, notamment en fin d’après-midi, lorsque le soleil couchant produit avec ses parois vitrées des jeux de lumière étonnants. Sa situation contribue également largement à le mettre en valeur ; situé à la pointe du port de Sydney, l’Opéra bénéficie ainsi d’une vue dégagée de l’esplanade comme de la baie, où la vue à partir des ferries qui partent où arrivent de Manly Beach est somptueuse. La toiture enfin, structurée en deux séries de trois « coques » de béton recouvertes de plus d’un million de tuiles de céramique blanche, donne au bâtiment son aspect unique. L’oeil ne trouve pas de point d’ancrage devant cette structure à la fois très ordonnée et complexe, mélange de rondeurs et de pointes, si bien qu’on a l’impression d’observer une structure différente à chaque fois que l’on se déplace de quelques mètres. C’est assez grisant, une douzaine d’Opéras en un ! Pas facile à expliquer comme sentiment, mais nous l’avons redécouvert avec un égal plaisir à chacune de nos visites. Allez, c’est plus simple en photos :

Le côté Dr Jekyll du bâtiment, c’est tout d’abord l’interminable saga de sa construction. Débutée en 1957 avec un budget de 7 millions de dollars australiens et une livraison prévue pour 1963, celle-ci s’est finalement achevée en 1973 avec un coût total de 102 millions d’AU$ ! Marquée par des difficultés techniques liées au caractère sans précédent du projet mais surtout des changements politiques, elle a vu Utzon démissionner en 1966 en raison du manque de support du nouveau gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud. Si les fondations et la toiture étaient alors largement terminés et reflètent largement les plans de l’architecte danois, l’intérieur a été complètement revu suite à sa démission. Son projet de grande salle unique a ainsi été abandonné pour faire place à deux salles de taille moyenne (une pour l’opéra et l’autre pour les concerts), tout comme ses plans en matière d’acoustique.

Cet abandon est d’ailleurs la source du second aspect « jekyllien » de l’Opéra – l’acoustique très critiquée de ses deux salles principales. L’Opera Theatre souffre apparemment de nombreux maux dont une scène trop étroite, une machinerie vétuste et un niveau sonore excessif dans l’orchestre, qui menace l’audition des musiciens et oblige à adapter la programmation pour ne pas dépasser les quotas légaux de décibels auxquels ils sont exposés chaque semaine ! Quant au Concert Hall dans dans lequel nous avons eu la chance d’assister à une performance (Dvorak et Haendel), nous pouvons effectivement témoigner que l’acoustique n’est pas au top (la preuve, même des novices comme nous avons pu nous en rendre compte !). La complexité architecturale de la salle, combinée au changement d’architecte en cours de projet, ont manifestement eu raison de son acoustique. Des différents remèdes administrés au cours des années, la suspension de « nuages » en plexiglas au-dessus de la scène est certainement la plus spectaculaire, sinon la plus efficace : des tests étaient en cours au moment où nous assistions au concert, où l’intérieur des « nuages » avait été comblé pour accroître leur efficacité. Tests que la presse australienne, dans son vocabulaire aussi imagé que poétique, comparait à un « fourrage de beignets » (filling the doughnuts)… Ironiquement, les projets de rénovation en cours -notamment pour l’Opera Theatre- s’inspireraient directement des plans initiaux de Jørn Utzon -son fils est d’ailleurs associé au projet-, alors que l’architecte danois n’a jamais refoulé le sol australien suite à sa démission…

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2009. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

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