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Dimanche matin, rayon de soleil sur La Paz

Posted in Voyage - Bolivie with tags , , , , , , , , , on 15 janvier 2010 by Placet

La Paz en fête

Pentes abruptes, épaisse fumée, engagement politique et circulation intenses, mais surtout un centre-ville animé et rafraîchissant : telles étaient nos premières impressions de La Paz. Après quelques jours, deux inconvénients majeurs de la ville nous sont toutefois apparus. L’impression tout d’abord de n’être pas vraiment en Bolivie, tant le joyeux chaos du centre-ville contraste avec l’ambiance plus réservée, austère -et parfois hostile aux gringos- des quartiers populaires plus en hauteur. La disposition de la ville ensuite dont l’avenue principale, non contente d’être assez pentue, creuse un sillon entre deux collines également abruptes. A chaque tentative pour prendre un peu de hauteur, une sorte de ressort invisible -mélange de gravité et d’air trop rare- nous ramène irrémédiablement vers le Prado et son incessant trafic.

La Paz - parade de rue

La Paz - scène de rue

Après quelques jours, l’impression frustrante domine donc d’arpenter toujours les mêmes blocs autour de la calle Sagarnaga – inévitablement les plus touristiques- et de longer des échoppes de souvenirs, restant ainsi à la surface d’une ville tentaculaire et si manifestement complexe. Etrange sentiment que d’observer les constructions s’entassant jusqu’au sommet des pentes vertigineuses qui entourent la ville et de tenter d’imaginer la vie de leurs habitants, dont certains ne mettent probablement jamais les pieds dans le minuscule périmètre dont nous ne parvenons pas à nous extirper… Rarement une ville nous est apparue aussi imperméable, d’autant que nous ne nous savons pas les bienvenus si l’idée nous prenait d’aller faire un tour dans les hauteurs d’El Alto pour mieux comprendre la vie locale :-) Si l’on y ajoute la grisaille permanente qui donne à la ville un aspect plutôt morose, nos tentatives pour capturer un peu son ambiance -ou au moins quelques effets de lumière intéressants !- sont après quelques jours largement vaines.

La Paz - costumes traditionnels de cholas

La Paz - parade de rue

Alors, lorsque le soleil nous réveille le dimanche matin, c’est notre quête photographique qui va nous donner le courage de nous mettre en route aux aurores vers les marchés du haut de la ville pour nous offrir bientôt notre plus beau moment paceño et l’impression de s’approcher un peu de la population locale. Notre itinéraire nous mène rapidement vers les parties les plus animées de ce grand bazar à ciel ouvert – là encore, peu de sourires mais une ville différente, une lumière exceptionnelle qui donne aux murs craquelés une texture particulière et surtout un semblant d’énergie que nous n’avions pas perçue les jours précédents. Nous prenons quelques photos, montons très haut sur les pentes pour profiter d’une impressionnante vue d’ensemble sur la vallée et nous apprêtons à redescendre lorsque nous apercevons en contrebas les préparatifs d’un défilé. Une dame âgée nous explique avec un air réprobateur que les riches commerçants du quartier s’apprêtent à « faire une nouvelle fois la fête »…

La Paz - parade de rue

La Paz - parade

Nous nous hâtons (plus facile dans le sens de la descente !) et lorsque nous rejoignons la procession, la fête bat déjà son plein. Des cholas (femmes amérindiennes) aux costumes particulièrement élaborés -jupons froufroutants, châles aux couleurs éclatantes, boucles d’oreilles massives et chapeau melon- dansent en rythme, la foule enthousiaste se presse autour d’elles et la musique bat son plein. A ce stade, les danseuses comme les musiciens semblent très appliqués et leur expression presque sévère. Je m’éclipse donc, attiré par des cors de chasse rutilants qui feraient un excellent avant-plan à un groupe de musiciens plus jeunes et nettement moins traditionnels qui s’excitent sur des grosses caisses dans un concert de pétards et de confettis. Prometteur.

La Paz - parade de rue

Effectivement, l’ambiance est nettement plus chaude, quelques bouteilles de l’insipide bière locale -nommée dans un moment d’exubérance Paceña- commencent à circuler et la foule est nettement plus compacte. Je me croirais revenu quelques mois en arrière, lorsque j’étouffais littéralement en tentant de photographier le marché aux poissons de Hoi An, au Vietnam. Pas grave, enfin des sourires autour de moi, et lorsque je rejoins Anne qui était restée pour filmer la procession, je m’aperçois que l’ambiance s’est échauffée également de son côté : danseurs et musiciens défilent désormais une canette à la main, des vendeurs se mêlent à la procession pour profiter de l’aubaine et le rythme est de plus en plus erratique. Plus personne ne semble se soucier des costumes ou de la danse, les tenues sont de plus en plus débraillées et les canettes circulent de main en main. A dose modérée bien sûr, l’alcool n’aurait donc pas que des effets néfastes… :-)

La Paz - parade de rue

La Paz - parade

De retour dans le secteur le plus acharné, la bière commence également à couler à flots, les hommes en costume et chapeau de mafiosi forment des cercles, s’embrassent et font circuler des verres qu’ils descendent à une vitesse terrifiante – il n’est qu’onze heures du matin… Les femmes en font progressivement de même, il est de plus en plus difficile de bouger, on discute avec un peu tout le monde (apparemment, l’alcool rend notre espagnol presque intelligible) et mes photos me semblent de plus en plus réussies au fur et à mesure que je suis le rythme de la foule. D’abord en retard d’une fraction de seconde, je crois bientôt capturer des expressions, des mouvements et des interactions qui seront ce qu’elles seront une fois développées mais me font vivre l’instant de façon particulièrement intense. Miracle de la photo, cet instant aussi joyeux que spontané survient au moment où nous ne nous y attendions plus, alors que plusieurs jours à arpenter les rues de La Paz ne nous avaient offert aucun moment photographique ni interaction privilégiés avec des locaux. Epuisés, nous quittons un peu plus tard la fête alors que -faute de munitions- les participants commencent à s’éparpiller vers les bars environnants où ils passeront sans doute encore un bon moment (la fête est apparemment programmée pour toute la journée). Nous ne repasserons pas pour faire le point, mais la fin d’après-midi ne devrait pas être triste s’ils continuent à ce rythme… Les Paceňos sont bien taciturnes au quotidien, mais ils savent incontestablement faire la fête !

PS : merci à Anne pour toutes les photos et vidéos puisqu’une fois encore, c’est grâce à son petit appareil digital qu’on peut partager avec vous quelques images sur le blog… Décidément, le numérique n’a pas que des inconvénients :-)

La Paz - parade de rue

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

La Paz, la mal nommée – ses pentes, ses manifestations, son brouhaha, sa fumée et… ses zèbres

Posted in Voyage - Bolivie with tags , , , , , , , , , , , , , , on 8 janvier 2010 by Placet

La Paz - centre-ville

Deux semaines déjà que nous sommes en Bolivie – dans l’extraordinaire altiplano tout d’abord (Sud Lipez et salar d’Uyuni), qu’Anne vous contera dès qu’elle aura mis un peu d’ordre dans nos photos, puis la très décevante Sucre, dont le centre-ville propret et atrocement touristique met une barrière difficile à franchir entre les visiteurs et la population locale. Et depuis quelques jours à La Paz, au bouillonnement et à l’aspect débraillé si rafraîchissants après l’architecture coloniale trop bien conservée de Sucre. Recueil de nos premières impressions après deux jours dans la ville.

La Paz - marché de rue, calle Sagarnaga

La Paz, capitale administrative du pays, est tout d’abord la capitale la plus haute du monde. Une distinction qui pourrait n’être qu’honorifique mais se rappelle en fait à chaque instant à nos organismes fatigués lorsque nous arpentons ses rues férocement pentues. Non contente de s’élever à une altitude moyenne proche de 3 700 mètres, la ville s’étend sur plus de mille mètres de dénivelée entre le quartier résidentiel de Zona Sur et les abords d’El Alto, une des communes les plus pauvres de Bolivie. Comme dans le reste du pays, les riches sont en bas et les pauvres en haut, sauf qu’ici la topographie de la ville la rend particulièrement vulnérable aux blocages régulièrement initiés par les populations du « haut » ou les paysans des environs. Entre blocages et manifestations, la ville porte d’ailleurs bien mal son nom : les altercations entre police et manifestants sont apparemment fréquentes et plutôt violentes, et les slogans politiques qui tapissent les murets longeant la descente de l’aéroport vers la ville confirment le fort engagement politique des Paceños. Engagement qui semble s’être mué en un plébiscite d’Evo Morales, élu en 2005 et dont le nom et celui de sont parti -M.A.S.- monopolisent l’espace sur les murs et ont du faire exploser les ventes de peinture bleue…

La Paz - zèbre réglant la circulation

Malgré ces fortes inégalités, toutes les classes sociales convergent chaque matin vers le centre historique de la ville, où elles cohabitent sans problème apparent et donnent au centre-ville un aspect joyeux et bariolé. Cadres pressés en costume, adolescents aux tenues occidentalisées, cireurs de chaussures cagoulés mâcheurs de coca et innombrables policiers en tenue jouent des coudes avec les cholas, femmes d’origine amérindienne au visage buriné qui règnent sans partage sur les restaurants de rue, les boutiques d’artisanat et les stands de marché noir. Ces femmes d’affaires avisées se distinguent par leur allure fière et leurs tenues soignées, couronnées du caractéristique chapeau melon apparemment introduit au début du siècle par des marchands italiens non moins avisés. Noirs ou marron, magnifiquement feutrés et portés si haut qu’on se demande comment ils tiennent, ces couvre-chef font partie intégrante du paysage paceño, notamment lors des marchés du week-end qui prennent apparemment l’apparence d’un océan de chapeaux melons. Retrouverons nous le charme et le graphisme des nón bài thơ (chapeaux coniques) vietnamiens ? On vous en dira plus lundi, mais même en semaine les pentes pavées du centre de la ville s’apparentent à un marché géant où ponchos et pulls en alpaga disputent la vedette aux bijoux en argent et -plus morbide mais prisé des locaux- aux foetus de lama…

La Paz - vieux bus brinquebalant

Energie, mouvement constant et plaisir visuel donc, mais on ne peut en dire autant pour l’ouïe et l’odorat : la foule piétonne de la ville partage à ses risques et périls les rues avec une quantité impressionnante de taxis, de bus aussi bariolés qu’antédiluviens et de minibus qui font la liaison entre les différents quartiers de la ville. Les vieux bus américains (Dodge, GMC) reconvertis ont en effet bien de la peine à gérer les pentes terrifiantes de la ville, notamment dans le sens de la montée, et vomissent régulièrement d’épouvantables gerbes d’une fumée épaisse et grisâtre qui prend les passants à la gorge et provoque des quintes de toux terribles… Quant à l’animation sonore, ce sont les adolescents penchés à la portière des minibus qui s’en chargent, en beuglant sans interruption les destinations du véhicule à bord duquel ils se trouvent lorsqu’ils ne prélèvent pas auprès des passagers le boliviano (dix centimes d’euro !) dont on doit s’acquitter pour voyager en centre-ville. Stops et passages piétons ont un rôle purement décoratif et tout le monde traverse entre les véhicules sur l’avenue principale, le Prado, ajoutant à l’intense confusion du centre-ville.

La Paz - zèbre réglant la circulation

Heureusement, et pour finir sur une note franchement réjouissante, il y a les zèbres ! Phénomène typiquement paceño, ces jeunes femmes en costume de zèbre (il y a aussi quelques ânes, mais on n’a pas trop saisi la distinction) régentent la circulation aux carrefours les plus animés dans un mélange de fantaisie (danse devant les voitures au feu rouge) et de fermeté (pour faire circuler les minibus qui persistent à racoler aux intersections). Avec une pêche incroyable, ces zèbres infatigables et très sympas avec les enfants qui semblent les adorer sont un vrai rayon de soleil dans un centre tout de même harassant. C’est décidé, demain, on retourne les voir !

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

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