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Vie dans les hauteurs boliviennes et rencontre avec la petite Anna

Posted in Voyage - Bolivie with tags , , , , , , , , , , , , , on 25 janvier 2010 by Placet

Nous sommes à la fin de ce premier jour de voyage sur la route entre Tupiza et Uyuni. Nous nous apprêtons à passer la nuit chez l’habitant dans le minuscule village de San Antonio de Lipez. Une rare occasion de partager le quotidien de ces familles isolées dans l’altiplano bolivien en plein coeur de la Cordillères des Andes. 

Une autre jeep de touristes nous rejoint, nous serons donc huit au total partagés entre deux dortoirs. En à peine quelques minutes nous faisons la visite des chambres et des sanitaires, comprenant 2 WC et un évier d’eau froide, construits exclusivement pour les touristes, la famille n’en ayant pas à sa disposition. Le confort est précaire…  

Les sanitaires exclusivement pour les touristes

Les dortoirs pour les hôtes

La maison est construite en terre, recouverte d’un toit de tôle ondulée : l’isolation générale est bien maigre, puisque les rares fenêtres sont au mieux fêlées, voire franchement cassées et réparées avec des matériaux de fortune (carton, papier, etc.). L’aile réservée à la famille est composée de deux petites pièces et équipée d’un poêle. Fort utile dans un tel climat, puisque les nuits d’été affichent des températures proches de -10°C et le thermomètre passe largement sous les -20°C pendant les nuits d’hiver. Quand la nuit tombe, nous sommes bercés pour trois heures par le ronron mécanique du générateur d’électricité qui place cette famille au-dessus de bien d’autres de la région : 99% de la population de la province du Sur Lipez n’a pas l’électricité. 

Maison en pisé et au toit en tôle ondulée... Piètre isolation contre le grand froid

Ici encore, comme à beaucoup d’étapes de notre voyage, ce sont les enfants qui vont nous permettre d’aller un peu plus loin que les simples observations matérielles. En effet, David, sportif invétéré, se lance dans une partie de basket éprouvante à 4,200m d’altitude avec trois fillettes du village. Elles ne sont pas aussi curieuses des étrangers que d’autres enfants rencontrés en Asie par exemple. Seule la plus jeune est gaie et spontanée, les deux plus grandes, âgées d’une dizaine d’années, affichent une grande réserve mêlée de réprobation. Finalement elles se laisseront tenter par une partie sur ce terrain de sport au panorama exceptionnel. 

Terrain de basket à 4200m d'altitude. Imprenable vue sur les Andes !

 Lors du dîner, la plus enhardie viendra nous rendre visite sous le prétexte de nous vendre des bracelets artisanaux. Ses vêtements élimés et son petit visage espiègle teinté de poussière en disent long sur les conditions de vie. Grâce aux quelques mots d’espagnol appris ces dernières semaines, nous arrivons à communiquer. Vite, elle laisse les bracelets de côté et se lance dans une série de questions. Elle est curieuse de nos pays, de notre façon de vivre.

On apprend qu’elle s’appelle Anna, a neuf ans et huit frères et soeurs qui se partagent les deux petits pièces voisines. Elle nous demande s’il pleut beaucoup dans nos pays. Un couple d’Anglais, gêné, répond par l’affirmative. Puis veut savoir si on peut boire l’eau de pluie, car ici elle rend malade dit-elle en nous montrant son ventre, il faut la faire chauffer avant de s’en servir. Elle nous apprend que dans l’altiplano la pluie peut se faire rare. On éprouve un certain malaise à lui expliquer que nous avons l’eau potable à domicile…

Elle nous explique ensuite que les pompons colorés que l’on a vus aux oreilles des lamas signalent l’appartenance à un éleveur. Ceux de sa famille -100 lamas au total- ont les pompons vert et jaune. Est-ce un gros cheptel pour une famille de 11 ? Difficile à évaluer. Elle nous apprend que son oncle en possède 1 000 et ajoute « qu’en plus il n’a ni femme, ni enfant ». Nous rions tous de bon coeur. Puis elle veut savoir d’où nous venons, nos âges, nos métiers…

Lamas en troupeau

C’est la seule discussion animée que nous ayons réussi à avoir en Bolivie en près d’un mois de voyage. Les gens ici sont extrêmement distants, quand ils ne sont pas, en de rares occasions, franchement hostiles. Par conséquent, ils n’engagent pas la conversation avec des étrangers facilement. Ce ne fut pas le cas dans les autres pays d’Amérique du Sud où nous avons toujours réussi à lancer quelques joyeuses conversations avec les locaux. Le passé colonial aurait-il en Bolivie laissé davantage de séquelles qu’en Argentine, au Chili ou au Pérou ? Incontestablement : la Bolivie est hors norme dans son repli sur soi. Il nous a semblé que la curiosité et l’envie de s’ouvrir aux autres cultures n’étaient malheureusement que peu présentes au sein des populations amérindiennes, celles que nous rêvions tant de mieux connaître.

Quelles en sont les raisons ?

  • Faut-il l’imputer aux rapports sociaux qui apparemment font que les amitiés se nouent difficilement hors du contexte familial ?
  • Au ressentiment très présent d’avoir été exploités par les grands groupes occidentaux à qui l’Etat bolivien a vendu une partie des ressources naturelles (gaz, minerais…) ?
  • A un très long passé politique où des présidents « blancs », avocats ou militaires, se sont partagé le pouvoir et où les Amérindiens n’ont été finalement représentés qu’en décembre 2005 par un des leurs, Evo Moralés, cultivateur de coca ?
  • A un pays coupé en deux, où les riches de descendance occidentale vivent en bas et les pauvres d’origine amérindienne peuplent les hauteurs de la Cordillère des Andes ?

La liste de griefs est incontestablement assez longue. Mais elle n’est que la conséquence d’un mal qui a des origines bien plus lointaines : l’invasion et la colonisation espagnoles. 500 ans après l’arrivée des premiers Européens, les effets d’une politique coloniale aussi brutale qu’irrespectueuse des traditions et de la spiritualité locales se font toujours ressentir dans un pays où la majorité de la population demeure d’origine amérindienne, contrairement à certains pays voisins (où elle a malheureusement été décimée…). Les cyniques diront que les Français n’ont aucune leçon à donner, et je ne peux qu’acquiescer…

Alors, laissons là ces considérations et remontons sur nos hauteurs « altiplaniennes ». Demain nous partons à la découverte de lagunes d’une beauté rare. Elles resteront pour nous les paysages les plus grandioses croisés en un an.  

Laguna Colorada

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La Paz, la mal nommée – ses pentes, ses manifestations, son brouhaha, sa fumée et… ses zèbres

Posted in Voyage - Bolivie with tags , , , , , , , , , , , , , , on 8 janvier 2010 by Placet

La Paz - centre-ville

Deux semaines déjà que nous sommes en Bolivie – dans l’extraordinaire altiplano tout d’abord (Sud Lipez et salar d’Uyuni), qu’Anne vous contera dès qu’elle aura mis un peu d’ordre dans nos photos, puis la très décevante Sucre, dont le centre-ville propret et atrocement touristique met une barrière difficile à franchir entre les visiteurs et la population locale. Et depuis quelques jours à La Paz, au bouillonnement et à l’aspect débraillé si rafraîchissants après l’architecture coloniale trop bien conservée de Sucre. Recueil de nos premières impressions après deux jours dans la ville.

La Paz - marché de rue, calle Sagarnaga

La Paz, capitale administrative du pays, est tout d’abord la capitale la plus haute du monde. Une distinction qui pourrait n’être qu’honorifique mais se rappelle en fait à chaque instant à nos organismes fatigués lorsque nous arpentons ses rues férocement pentues. Non contente de s’élever à une altitude moyenne proche de 3 700 mètres, la ville s’étend sur plus de mille mètres de dénivelée entre le quartier résidentiel de Zona Sur et les abords d’El Alto, une des communes les plus pauvres de Bolivie. Comme dans le reste du pays, les riches sont en bas et les pauvres en haut, sauf qu’ici la topographie de la ville la rend particulièrement vulnérable aux blocages régulièrement initiés par les populations du « haut » ou les paysans des environs. Entre blocages et manifestations, la ville porte d’ailleurs bien mal son nom : les altercations entre police et manifestants sont apparemment fréquentes et plutôt violentes, et les slogans politiques qui tapissent les murets longeant la descente de l’aéroport vers la ville confirment le fort engagement politique des Paceños. Engagement qui semble s’être mué en un plébiscite d’Evo Morales, élu en 2005 et dont le nom et celui de sont parti -M.A.S.- monopolisent l’espace sur les murs et ont du faire exploser les ventes de peinture bleue…

La Paz - zèbre réglant la circulation

Malgré ces fortes inégalités, toutes les classes sociales convergent chaque matin vers le centre historique de la ville, où elles cohabitent sans problème apparent et donnent au centre-ville un aspect joyeux et bariolé. Cadres pressés en costume, adolescents aux tenues occidentalisées, cireurs de chaussures cagoulés mâcheurs de coca et innombrables policiers en tenue jouent des coudes avec les cholas, femmes d’origine amérindienne au visage buriné qui règnent sans partage sur les restaurants de rue, les boutiques d’artisanat et les stands de marché noir. Ces femmes d’affaires avisées se distinguent par leur allure fière et leurs tenues soignées, couronnées du caractéristique chapeau melon apparemment introduit au début du siècle par des marchands italiens non moins avisés. Noirs ou marron, magnifiquement feutrés et portés si haut qu’on se demande comment ils tiennent, ces couvre-chef font partie intégrante du paysage paceño, notamment lors des marchés du week-end qui prennent apparemment l’apparence d’un océan de chapeaux melons. Retrouverons nous le charme et le graphisme des nón bài thơ (chapeaux coniques) vietnamiens ? On vous en dira plus lundi, mais même en semaine les pentes pavées du centre de la ville s’apparentent à un marché géant où ponchos et pulls en alpaga disputent la vedette aux bijoux en argent et -plus morbide mais prisé des locaux- aux foetus de lama…

La Paz - vieux bus brinquebalant

Energie, mouvement constant et plaisir visuel donc, mais on ne peut en dire autant pour l’ouïe et l’odorat : la foule piétonne de la ville partage à ses risques et périls les rues avec une quantité impressionnante de taxis, de bus aussi bariolés qu’antédiluviens et de minibus qui font la liaison entre les différents quartiers de la ville. Les vieux bus américains (Dodge, GMC) reconvertis ont en effet bien de la peine à gérer les pentes terrifiantes de la ville, notamment dans le sens de la montée, et vomissent régulièrement d’épouvantables gerbes d’une fumée épaisse et grisâtre qui prend les passants à la gorge et provoque des quintes de toux terribles… Quant à l’animation sonore, ce sont les adolescents penchés à la portière des minibus qui s’en chargent, en beuglant sans interruption les destinations du véhicule à bord duquel ils se trouvent lorsqu’ils ne prélèvent pas auprès des passagers le boliviano (dix centimes d’euro !) dont on doit s’acquitter pour voyager en centre-ville. Stops et passages piétons ont un rôle purement décoratif et tout le monde traverse entre les véhicules sur l’avenue principale, le Prado, ajoutant à l’intense confusion du centre-ville.

La Paz - zèbre réglant la circulation

Heureusement, et pour finir sur une note franchement réjouissante, il y a les zèbres ! Phénomène typiquement paceño, ces jeunes femmes en costume de zèbre (il y a aussi quelques ânes, mais on n’a pas trop saisi la distinction) régentent la circulation aux carrefours les plus animés dans un mélange de fantaisie (danse devant les voitures au feu rouge) et de fermeté (pour faire circuler les minibus qui persistent à racoler aux intersections). Avec une pêche incroyable, ces zèbres infatigables et très sympas avec les enfants qui semblent les adorer sont un vrai rayon de soleil dans un centre tout de même harassant. C’est décidé, demain, on retourne les voir !

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