Deuxième séjour à Buenos Aires et nouvelle excursion pour assister à une épreuve sportive, cette fois-ci dans une ambiance radicalement différente : finis les cris, les chants et les insultes des stades de foot, place au glamour et à l’ambiance policée du polo. Par chance, notre retour dans la capitale argentine coïncidait en effet avec la phase finale du championnat de polo. A peine arrivés et avant que le temps ne se gâte, nous avons bondi sur l’occasion, sauté dans le métro et nous sommes rendus au stade de Palermo, dans les quartiers huppés du nord-ouest de la ville.
Au fait, d’où vient le polo ? S’il a souvent une image très britannique, le polo est en fait apparu pour la première fois en Perse, quelques siècles avant notre ère. D’abord jeu d’entraînement pour unités de cavalerie et bataille miniature pour tribus guerrières, il est devenu le sport préféré de la noblesse iranienne des deux sexes avant de s’étendre au Moyen Age à l’ensemble du continent asiatique. Le nom polo serait d’ailleurs dérivé du tibétain pulu, qui signifie « balle ». A la fin du 19è siècle, des soldats anglais qui pratiquaient le polo à Calcutta l’ont exporté vers l’Angleterre, qui s’est hâtée de codifier les règles sur la base desquelles elle a contribué à lui donner un rayonnement mondial. Sport olympique entre 1900 et 1939, le polo a ensuite vu sa popularité décliner (sport élitiste, mal adapté à la diffusion TV) au point de n’être plus pratiqué professionnellement que dans une quinzaine de pays. Il connaît toutefois un net regain de popularité depuis quelques années, notamment en Asie du sud-est.
Aucun souci d’assiduité en Argentine, le pays domine le polo au niveau mondial, organise les trois principaux tournois et continue à former les meilleurs joueurs ! Le 116è Argentine Open s’annonce donc très relevé, les huit équipes participantes ont un classement d’au moins 31 et jusqu’à 40 (le maximum possible) pour les meilleures. Et dès le premier match, nous sommes impressionnés par la qualité du spectacle : les joueurs n’hésitent pas à écarter le jeu et à imposer à leurs chevaux courses folles et changements de direction brutaux, et les contacts ne sont pas rares. Le jeu est très construit, chaque joueur à son rôle (organisateur, attaquant, défenseur) et des buts très rapides succèdent à des phases de jeu beaucoup plus longues où aucune équipe ne parvient à faire la différence. Les chevaux sont constamment sollicités et les joueurs changent fréquemment de monture, parfois en cours de jeu.
Nous avons d’ailleurs passé de longs moments à l’écart du terrain à observer l’équipe qui prépare les chevaux, les harnache et les soigne ou réajuste leurs fers lorsqu’ils reviennent se reposer, ruisselants, après de longues courses échevelées. Moments pleins de calme et de sérénité où les jeunes assistants comme le maréchal-ferrant arrivent à créer une relation de confiance avec des chevaux parfois nerveux afin que ceux-ci, une fois en piste, obéissent parfaitement aux commandes des joueurs. Une gamme de montures performantes est d’ailleurs essentielle à la compétitivité d’une équipe, et nous avons été surpris de voir que chaque joueur participant au tournoi utilisait plus d’une dizaine de chevaux, dont les caractéristiques et l’ascendance sont soigneusement détaillées dans la brochure de présentation des équipes. Une industrie significative et certainement lucrative de la reproduction et de l’élevage s’est d’ailleurs développée autour du polo et certaines des équipes se financent en partie de cette façon.
Un petit bémol pour terminer sur l’ambiance : à notre première visite notamment, l’atmosphère était plus proche d’une garden party que d’une épreuve sportive et on en aurait presque oublié d’aller voir le jeu tant le spectacle était cocasse sur l’allée centrale et dans les stands des sponsors. Le stade ressemblait alors à une concession Mercedes et le public, digne du festival de Cannes, semblait plus soucieux de networker ou de s’afficher (bizarrement, beaucoup de femmes très jeunes et tentant d’être jolies et de monsieurs plus âgés et très fiers) que de profiter du spectacle sur le terrain. On se serait cru en deuxième semaine de Roland-Garros – bof bof. Même si une bonne dose de « réseautage » est indissociable de ce type d’événements, on était assez contents à notre second passage, un jour de semaine, de retrouver un public plus passionné et des gradins enfin animés. On reste loin de l’ambiance footeuse du superclasico, mais on s’éloigne un peu de Gala et Paris Match !
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