Archives de Bariloche

Carnet de route patagonien, deuxième partie : eaux turquoise, chocolats et chalets suisses à Bariloche

Posted in Voyage - Argentine with tags , , , , , , , , on 20 novembre 2009 by Placet
Pampa au départ de Buenos Aires
Bariloche, première étape de notre périple patagonien. Ou plutôt deuxième en fait, tant l’incroyable trajet en bus depuis Buenos Aires (22 heures de pur confort, de détente et de paysages superbes) est déjà une étape à lui tout seul ! Après avoir testé toutes sortes de moyens de locomotion au cours de notre voyage, nous étions curieux, en embarquant vers 15 heures du terminal de Retiro, de voir si les bus argentins allaient être à la hauteur de leur excellente réputation.
Environs de Bariloche
Mission pleinement accomplie entre fauteuils confortables et entièrement inclinables, plats chauds, whisky et champagne pour le dîner, service sympa à bord et surtout une grande impression de sécurité avec des chauffeurs se relayant régulièrement et roulant tranquillement. Les bus australiens, avec leurs sièges préhistoriques et leurs chauffeurs surmenés devant s’arrêter trois quarts d’heure en plein milieu de la nuit pour se shooter au café (douze heures de trajet sans être relayé, ça use), sont bien loin !
On retrouve en fait le meilleur du voyage : aucune sollicitation extérieure hormis le paysage et suffisamment de confort pour être agréablement installé – le contexte idéal pour se détendre et réfléchir aux choses auxquelles on ne se donne habituellement pas le temps de penser. Après une excellente nuit et des paysages de plus en plus exceptionnels à l’approche de Bariloche, on arrive plus reposés que jamais, juste à temps pour le déjeuner !

Lac des environs de Bariloche

Environs de Bariloche

Vallée de Bariloche du Cerro Campanario

Retour au sujet après ce bref intermède : Bariloche, paisible station de sports (essentiellement) d’hiver située à 1 700 km au sud de Buenos Aires et au pied des Andes, est surnommée « la Suisse argentine » par les Argentins. Fondée en 1902 à l’initiative d’un Chilien d’origine suisse, « San Carlos de Bariloche » de son nom complet s’est réellement développée à partir des années 1930 avec l’arrivée du chemin de fer et le début d’un programme architectural ambitieux visant à donner à la ville un style alpin avec des bâtiments en pierre et en bois.

Beaucoup de vent...

Aujourd’hui, la ville vit essentiellement du tourisme, principalement des sports d’hiver (Cerro Catedral est une des principales stations de ski d’Argentine) mais aussi de la pêche à la truite et au saumon et de la randonnée autour des sept principaux lacs de la région. Pour une raison inconnue, c’est également l’endroit choisi par les étudiants argentins pour célébrer leurs examens ; ce qui met régulièrement un peu d’ambiance dans les boîtes de nuit de la ville (apparemment, ils se lèvent trop tard pour aller skier)… Difficile d’imaginer des hordes d’étudiants avinés déferler dans ce gros bonbon paisible qui dissout incongrûment l’originalité argentine dans une netteté et un conservatisme tout helvétiques, mais bon…

Lac Nahuel Huapi

Et notre séjour ? Pour la première fois en huit mois, nous n’avons vraiment pas été gâtés par le temps et il a plus tous les jours sauf un ! La bonne nouvelle est que quand il fait beau, les paysages, que nous avons pu observer du haut d’un des cerros (collines) environnants, sont réellement majestueux. Lacs d’un bleu turquoise somptueux contrastant avec le vert des forêts environnantes, air pur et chemins très préservés du parc national Nahuel Huapi : promenade superbe. Quand il fait moins beau par contre, ressortent les côtés les plus artificiels des stations de sports d’hiver : locaux invisibles dans le centre-ville, commerces et attractions entièrement dédiés aux touristes et ambiance étrange de restaurants à fondue et de magasins de vêtements de montagne.

Après-midi pluvieuse

Pas grave, on a pris les choses du bon côté et on s’est amusés à vivre au rythme de la ville en empruntant ses bus fous et surchargés, en testant les offres des chocolatiers (l’autre spécialité de la ville avec le ski et la truite) et en allant prendre un café à l’hôtel Llao Llao (prononcez chao chao), hôtel de luxe pompeux commis dans les années 1930 par l’architecte Alejandro Bustillo, qui a donné à la ville son architecture de « chalets suisses ». L’emplacement est aussi exceptionnel que l’intérieur est grand-guignolesque, avec des couloirs sombres qui rappellent le film Shining, agrémentés de bois de cerf sans doute destinés à impressionner les touristes américains :-)

Lac Nahuel Huapi

Rencontre étonnante sur un télésiège

Voilà, on a finalement beaucoup marché sous la pluie pour éliminer les 5 000 calories quotidiennes du petit déjeuner, version culinaire de la fusion argentino-germanique (apfelstrudel, alfajeros et croque-monsieur dans le même repas, ça laisse des traces !), et échapper aux vicieux conducteurs de bus locaux. Et si l’aspect faussement alpin de la ville peut paraître légèrement frelaté, les environs semblent vraiment exceptionnels lorsque le temps est correct – à voir donc si vous êtes dans les environs !

Suite de ce carnet de route dans quelques jours avec El Calafate et le glacier Perito Moreno…

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2009. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

Carnet de route patagonien, première partie : portrait robot

Posted in Voyage - Argentine with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 novembre 2009 by Placet

Santiago, plein soleil, température idéale et vent à peine suffisant pour soulever les pollens qui me donnent une allergie terrible : nous avons du mal à croire que nous venons de passer deux semaines dans le froid, le vent et parfois la neige de Patagonie. Le calme, l’immensité et les chiens errants nous semblent également loin (l’air pur aussi !). Retour sur cette étonnante région et les quinze jours que nous y avons passés.

Quelques rappels d’histoire-géographie pour commencer – si vous en savez autant que nous au moment où nous quittions Buenos Aires pour Bariloche, ça ne peut pas faire de mal ! Vaste région de plus d’un million de km2 partagée entre deux pays (Argentine pour trois quarts de sa surface et Chili pour un quart) dont elle couvre la partie méridionale, la Patagonie a longtemps été habitée par les seuls peuples amérindiens, qui s’y étaient installés plus de 10 000 ans avant notre ère. Suite au passage de Ferdinand de Magallanes (le Magellan de nos livres d’histoire) en 1520, les Indiens réussiront tant bien que mal à mater les Espagnols jusqu’au 19ème siècle, la présence européenne prenant essentiellement la forme d’expéditions scientifiques et de missions d’évangélisation au succès modeste. Une fois leur indépendance acquise, le Chili (dès 1840) puis l’Argentine (vers 1880) vont rapidement réussir là où l’Espagne avait échoué et coloniser la Patagonie, de façon souvent brutale. Des migrants de différentes nationalités peupleront alors un territoire qui ne s’est véritablement développé que récemment autour du tourisme, du pétrole et du gaz et garde une densité de population parmi les plus faibles au monde (moins de 4 habitants au km2, à peine plus qu’en Sibérie).

Données factuelles arides dans lesquelles la région puise pourtant l’atmosphère unique que nous avons observée pendant notre séjour : terre de « bout du monde » au climat rude et aux espaces immenses, terre d’exil qui a attiré des colons européens en quête d’un nouveau départ mais aussi des personnages excentriques en rupture de ban. Portrait robot en quatre points de cette région de plus en plus étrange à mesure que l’on va vers le sud :

  • Des paysages extraordinairement variés : des lacs de Bariloche au nord à l’archipel de la Terre de Feu au sud en passant par les plaines, glaciers et haute montagne du centre, la Patagonie offre une palette de paysages étonnante. La région de Bariloche, notre première étape, est célèbre pour les superbes lacs de moyenne montagne et les pistes de ski alpin qui l’entourent. Les couleurs sont exceptionnelles mais l’architecture de chalets suisses et l’ambiance très touristique nuisent un peu au côté dépaysant de l’endroit. Pas grave, on se rattrape un peu plus bas, à El Calafate, point d’accès aux glaciers et à la haute montagne du milieu de la Patagonie. Cette ville plantée au milieu de nulle part est notre première impression d’une Patagonie réellement sauvage : la plaine environnante est battue par le vent et on peut marcher des heures avec quelques chiens errants pour seule compagnie. Un vrai sentiment de liberté ! Enfin, plus au sud encore, la Terre de Feu réalise la synthèse de tous les décors patagoniens en réunissant plaine, forêt, mer et montagne. La demi-lumière qui règne en quasi-permanence sur Ushuaia est étonnante, ainsi que son architecture anarchique. Les conteneurs empilés dans le port n’iront pas plus loin, on est vraiment au bout du monde :-)
  • Un climat plutôt rude : avec la steppe et les arbustes qui la recouvrent, le vent, le froid et l’immensité sont les principaux traits qui unissent les différentes régions de la Patagonie. Partout où nous sommes allés, il faisait vraiment froid et les immenses espaces ne nous laissaient aucun espoir de nous protéger du vent fort et incessant. Si on ajoute une forte humidité, notamment à Ushuaia (où les pharmacies sont d’ailleurs le commerce le plus répandu), on obtient un cocktail climatique détonnant et caractéristique de la région. Tolérable pour les locaux qui se plaignaient toutefois de ce printemps particulièrement rude, nettement moins pour des gringos ramollis par huit mois à plus de trente degrés !
  • Une population très variée… quoique : bétail au nord de la Patagonie, manchots et cétacés sur la côte de la Terre de Feu, moutons et guanacos (lamas) partout : un cocktail d’espèces étonnant et typique de la Patagonie, notamment les moutons qui profitent de l’absence de prédateurs et de la faible concurrence pour les pâturages. La présence humaine tout aussi variée reflète la volonté des nouveaux états d’encourager l’immigration, même lointaine, pour asseoir leur présence dans la région à la fin du 19è siècle. De nombreux Allemands se sont ainsi installés dans la région des lacs et une forte colonie galloise s’est formée sur la côte atlantique, alors que des Croates s’installeront en Terre de Feu à l’époque de la ruée vers l’or. Ces migrants, soucieux de reproduire leur culture originelle dans un environnement isolé et hostile, ont donné aux endroits qu’ils ont peuplés un caractère à part qu’on retrouve encore aujourd’hui. Les brasseries sont ainsi nombreuses à Puerto Montt ou Bariloche, où nous petit-déjeunions tout les matins d’un excellent apfestrudel, alors que les salons de thé et chapelles rappellent l’héritage gallois à Trelew ou Puerto Madryn. Un séjour dans une estancia (ranch) isolée, propriété d’Anglais descendants de pasteurs anglicans arrivés en Terre de Feu vers 1870, nous a également donné un aperçu bref mais fascinant d’une atmosphère d’un autre temps, où les propriétaires terriens tenaient la région sous leur coupe – mais nous y reviendrons… Seule exception à cette diversité, ce sont comme souvent les occupants originels qui ont disparu : les Amérindiens ont été largement décimés dès lors que leurs terres ont été convoitées pour supporter l’élevage ovin florissant, même si de nombreux habitants actuels de la région sont métissés. Un exemple supplémentaire d’évangélisation rapidement détournée en asservissement et en massacre au service d’un agenda politique et économique…
  • Des moutons (noirs) d’un autre type : en plus du cheptel ovin « traditionnel », l’immensité et le côté longtemps sauvage de la région ont attiré bon nombre de personnages étonnants, « moutons noirs » en exil volontaire ou forcé qui ont alimenté l’aspect fascinant du territoire patagonien. Le premier prix de l’excentricité revient sans doute au Français Antoine de Tounens, avoué originaire de Périgueux reconverti en aventurier, qui débarque au Chili en 1860 afin de créer le « Royaume de Patagonie et d’Araucanie » dont il se proclame « naturellement » monarque. S’il réussit l’exploit de rallier les Indiens à sa cause, « Orélie-Antoine 1er » sera expulsé sans ménagement par les autorités chiliennes. Ses trois tentatives de reconquête seront autant d’échecs et il mourra dans l’anonymat en 1878. Belle occasion ratée au passage pour la France d’établir une présence dans la région… En 1901, ce sont Butch Cassidy et Harry Longabaugh, deux célèbres pilleurs de banques et de trains, qui s’installent à Cholila, au sud de Bariloche, après avoir fui les Etats-Unis avec l’agence Pinkerton à leurs trousses. Ils erreront ensuite plusieurs années entre le Chili et l’Argentine, avant de tenter de s’établir en Bolivie où ils seront vraisemblablement abattus en 1908, avant d’être ressuscités par la 20th Century Fox en 1969 sous les traits plus glamour de Paul Newman et Robert Redford. En 1911, l’anarchiste ukrainien Simon Radowitzky sera un des premiers occupants de la prison d’Ushuaia, mais lui n’était pas arrivé là de son plein gré…

Après ce portrait robot, rendez-vous dans quelques jours pour la seconde partie de ce carnet de route, avec Bariloche et la région des lacs…

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2009. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.