Archive for the Voyage – Japon Category

Qui est in, qui est out – un peu d’économie japonaise

Posted in Economie & Finance, Voyage - Japon with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 6 février 2010 by Placet

D’avance pardon à tous – l’envie me reprend de parler d’économie sur le blog. Non seulement cela me démange depuis un petit moment, mais c’est l’occasion d’évoquer à nouveau la plus surprenante de nos destinations : le Japon. Si la vie quotidienne dans l’archipel ne cesse en effet de surprendre, l’économie y est tout aussi déroutante : modèle de réussite dans les années 1970-80 au point de dépasser et d’écoeurer les Etats-Unis, aujourd’hui encore deuxième économie mondiale, friand d’innovation technologique et doté d’une monnaie très recherchée en temps de crise, le Japon est pourtant un pays à la population vieillissante, qui lutte avec la déflation et ne s’est toujours pas remis de la crise de 1990. Un cocktail étonnant que je m’étais promis de démêler ou tout au moins de comprendre un petit peu mieux avant de quitter l’archipel. Quelques mois plus tard, je trouve enfin le temps de rassembler mes observations sur l’étrange mécanique économique nippone. Si ça vous tente, ouvrons le capot et tentons ensemble de trouver d’où vient la panne !

  • Les symptômes sont-ils vraiment sérieux ?

En un mot : oui. Le PIB japonais, après avoir crû à un rythme anémique (1% par an) entre 1990 et 2003, s’est ensuite légèrement emballé mais la crise financière de 2008 l’a ramené cinq ans en arrière. Le Japon a été le pays du G20 dont l’économie a le plus souffert de la crise (PIB en baisse de 14% en rythme annualisé au 1er trimestre 2009 !) en raison d’une forte dépendance aux exportations, touchées de plein fouet (-50% en février 2009, au plus fort de la crise) par la baisse de la demande mondiale. La Banque du Japon maintient ses taux directeurs proches de 0 depuis vingt ans pour lutter contre la déflation et les prix de l’immobilier et de la bourse restent inférieurs de 70% à leurs plus hauts de 1990 ! Enfin, la dette publique ne cesse de croître et représente désormais deux fois le PIB (un record mondial, seul le Zimbabwe fait pire et même l’Italie fait mieux !) alors que les ménages japonais, qui l’ont jusqu’ici gracieusement financée, vieillissent et épargnent donc de moins en moins (2% de leur revenu disponible en 2007 contre près de 15% au début des années 1990). L’année 2010 s’annonce correcte avec la reprise de la demande mondiale et notamment chinoise qui devrait soutenir les exportations, mais l’état du patient demeure sérieux. Pourquoi ?

Cosplay zoku - Yoyogi park, Tokyo

  • Une « décennie perdue »dont le pays cherche toujours à se remettre…

L’économie japonaise ne s’est toujours pas remise de l’éclatement de la bulle financière et immobilière de 1990. Pas complètement surprenant, quand l’énormité des excès commis à l’époque ferait passer ceux de 2008 pour des broutilles ! Les actions japonaises s’échangeaient au plus fort de la bulle à près de 100 fois leurs bénéfices (contre une moyenne historique de 15 fois dans les pays occidentaux) et la valeur des actions cotées à la bourse de Tokyo représentait 60% de la capitalisation boursière mondiale. Dans le même temps, les propriétés les plus recherchées du quartier de Ginza à Tokyo approchaient un million de dollars (!) le mètre carré. Et pour devenir membre des clubs de golf les plus réputés, comme le Koganei Country Club, il fallait débourser environ 3 millions de dollars… En plus d’atteindre des niveaux absolument délirants, cette bulle a eu le double inconvénient de se porter sur des actifs « non productifs » (immobilier, oeuvres d’art, abonnements de golf sur lesquels même des entreprises spéculaient !) et d’être largement financée par emprunt, affectant donc directement le système bancaire lorsqu’elle a éclaté. A l’inverse, la bulle internet de 2000, également spectaculaire, a eu le mérite de financer une nouvelle industrie et n’a englouti « que » les capitaux des actionnaires sans impacter les banques, qu’elle n’avait que très peu sollicitées. Mais surtout, le long chemin nécessaire pour revenir au Japon à des valorisations « raisonnables » s’est étalé sur plus de dix ans, l’Etat ayant pour « sauver la face » choisi de maintenir en vie des banques et des entreprises moribondes (les « zombies »). Banques incapables de prêter, entreprises saines concurrencées par des canards boiteux soutenus par l’Etat : impossible de redémarrer vraiment sans faire table rase du passé, d’autant que la concurrence taïwanaise et coréenne dans les industries clés de l’automobile et de l’électronique ne cessait de s’intensifier…

  • … Et qui a révélé une « fracture »béante dans la société japonaise

Si les banques ont enfin été encouragées à reconnaître et se débarrasser de leurs prêts sans espoir de recouvrement (les non performing loans) après la crise bancaire de 1997-98, la « décennie perdue » a profondément bouleversé les structures sociales du pays et mis en évidence ses faiblesses structurelles, notamment son vieillissement accéléré. En nous promenant dans les rues de Tokyo, nous avons été frappés par le désoeuvrement et l’aliénation de nombreux jeunes Japonais, qui culminent le dimanche lorsque de très jeunes adolescentes de banlieue viennent passer la journée à Yoyogi Park, déguisées en personnages de manga aguichants alors que leur ours en peluche trône encore sur leur valise(http://anneetdavid.wordpress.com/2009/10/28/japon-dimanche-apres-midi-a-yoyogi-park-tokyo/). Entre ces jeunes incapables de se projeter dans l’avenir et les salarymen assurés d’un emploi à vie en échange d’une fidélité sans faille à leur employeur, le dialogue semble bel et bien rompu… Héritiers d’une dette publique colossale et témoins d’une alarmante continuité politique (le LDP ou parti libéral était au pouvoir depuis 54 ans lorsqu’il a perdu les élections en août 2009 !), cette jeunesse marginalisée s’est progressivement désintéressée de la vie politique. L’arrivée au pouvoir du DPJ, le parti démocratique japonais, va-t-elle les convaincre de s’y investir à nouveau et de tenter de reprendre en main leur avenir ? Et surtout, comment en est-on arrivé là ?

  • Jeunes et PME sacrifiés à un contrat social vieux d’un demi-siècle…

Le « contrat social » actuel a été mis en place après la seconde guerre mondiale, lorsque le pays se devait de reconstruire rapidement son économie et son outil industriel. Le gouvernement d’alors choisit de motiver la population active en lui offrant à la fois le plein emploi et la sécurité de l’emploi. En contrepartie de cette visibilité forte sur leur travail et leurs revenus, les actifs se devaient d’épargner massivement pour se constituer une retraite et compenser une couverture sociale minimaliste. Du côté des entreprises, de grands conglomérats « trop gros pour être abandonnés » et des pans entiers d’industries pas toujours rentables ont été soutenus à bout de bras afin de préserver l’emploi, souvent au détriment de PME plus rentables et réactives. Si cet équilibre artificiel fut préservé sans difficulté majeure tant que l’économie croissait à vive allure, le gouvernement s’est vu contraint de trouver des variables d’ajustement pour relancer l’économie et améliorer la compétitivité des entreprises à la fin des années 1990. La population active en place et les grandes entreprises étant « indéboulonnables », jeunes et PME furent choisis pour porter l’essentiel des sacrifices. Les plus jeunes notamment furent les premiers visés par les mesures de flexibilisation du marché du travail et représentent l’essentiel des emplois à temps partiel et des CDD qui comptent désormais pour un tiers de la population active. Plus grave, cette flexibilité accrue n’a pas été compensée par une amélioration de prestations sociales traditionnellement bien maigres : en plus d’occuper les emplois les plus instables, les jeunes actifs ne sont souvent pas éligibles aux prestations des entreprises (leur statut les en empêche) ni de l’Etat (ils ne cotisent pas assez). La politique familiale (congé maternité, garderie, etc.) étant par ailleurs quasi-inexistante, 70% des femmes abandonnent leur travail pour donner naissance. Chose impensable il y a dix ans, le taux de chômage dépasse désormais 4% et on compte plus de 600 000 jeunes hors du système éducatif et professionnel (les NEET ou « not in employment, education or training »).

Japon : papy boom time !

  • … D’où une consommation et une natalité en berne qui mettent en péril l’équilibre démographique et financier du pays

Consternante, cette situation met en péril aussi bien la reprise économique actuelle que l’équilibre à long terme du pays. La crise de 2008 a en effet rappelé les faiblesses structurelles de l’économie japonaise : dépendance excessive aux exportations, demande intérieure anémique et entreprises pas toujours efficientes et souvent protégées par des barrières à l’entrée artificielles. Dans l’immédiat, relancer la consommation des ménages est difficile alors que les jeunes actifs, qui devraient la soutenir en achetant un logement, une voiture ou en fondant une famille, en sont incapables tant ils manquent de moyens financiers et de visibilité sur leur avenir. Plus grave encore à long terme, les jeunes tardent à fonder une famille et le taux de fertilité, en chute libre, est désormais bien inférieur au taux de renouvellement des générations de 2,1. Proche de ce niveau en 1973, il est tombé à 1,5 au début des années 1990 et est désormais inférieur à 1,3, ce qui place le Japon au 184ème rang mondial en la matière (sur 195). Conséquence : la population vieillit (20% de 65 ans et plus) et a décliné pour la première fois en 2005. Si la tendance actuelle ne s’inverse pas, elle baissera de 25% d’ici à 2050 pour atteindre 95 millions contre 127 actuellement, soit 700 000 personnes en moins par an ! Des perspectives dramatiques en matière notamment de financement des retraites, qui laissent peu d’espoir aux plus jeunes et pourraient (devraient) inquiéter les plus âgés… Sauf à recourir massivement à l’immigration (pas franchement dans la tradition du pays !), il est nécessaire pour le gouvernement de relancer la natalité en offrant une couverture sociale accrue et des perspectives plus stables aux plus jeunes et de soutenir les PME créatrices d’emplois. Cela semble la seule façon possible de stopper le déclin de la population, de rééquilibrer la croissance vers la demande domestique et de n’avoir plus besoin de supporter l’emploi en subventionnant des entreprises et des exploitations agricoles inefficientes. Oui, mais voilà…

  • Où trouver l’argent pour relancer la natalité ?

Après vingt ans de plans de relance aussi pharaoniques qu’inutiles (grands travaux d’infrastructures, aménagement urbain), la dette publique dépasse 200% du PIB, la charge d’intérêts ne cesse de croître et les caisses de l’Etat et des collectivités locales sont vides ! Sauf à attendre une hypothétique relance économique qui lui rendrait un peu de marge de manoeuvre, l’Etat pourrait être tenté de prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire dans les poches des ménages (enfin, des plus riches et âgés) qui, malgré la baisse récente du taux d’épargne, disposent encore d’avoirs colossaux. Problème : ces mêmes ménages sont les principaux financiers de l’Etat, puisqu’ils achètent une part non négligeable de la dette émise par celui-ci (sous forme notamment de bons du Trésor). Cette structure de financement atypique, combinée aux vastes réserves de change créées par les excédents commerciaux, a permis au Japon de financer sa dette publique colossale sans dépendre des investisseurs étrangers. Bien utile au moment où les pays les plus en difficulté financièrement en 2008-09 (Islande, Irlande) l’ont avant tout été du fait de leur dette extérieure mais problématique car, de l’aveu même du gouvernement japonais, on a atteint le point de rupture où les épargnants locaux ne vont plus pouvoir absorber l’offre de dette en provenance de l’Etat. Pas facile dans ces conditions de leur demander un effort supplémentaire sous la forme par exemple d’impôts accrus…

  • Quelles conclusions tirer avant de refermer le capot ?

Y-a-t-il encore quelqu’un ? Allez, quelques dernières remarques avant de refermer le capot du véhicule et de passer à des sujets plus poétiques :

  • Plus encore que dans d’autres pays, l’avenir du Japon repose sur le comportement des plus jeunes et leur (ré-) intégration à un projet commun : s’ils n’ont pas les moyens de consommer ni d’avoir davantage d’enfants, la population va décroître très vite et on voit mal comment le système de retraites pourrait tenir. Pas évident pour une population qui ne dispose ni de la visibilité offerte par une couverture sociale solide (comme en Europe Continentale) ni de la culture (excessive) de l’endettement des pays anglo-saxons. L’Etat, mené par une classe politique particulièrement âgée et traditionnellement peu charismatique, va devoir déployer des trésors d’originalité pour redonner confiance aux plus jeunes…
  • Le financement des mesures nécessaires (amélioration des prestations sociales notamment) est particulièrement problématique au moment même où l’épargne des ménages ne parvient plus à absorber les besoins de financement de l’Etat japonais. L’Etat pourrait pour la première fois être contraint de se tourner plus largement vers des financements étrangers, ajoutant donc une dette extérieure accrue à une dette publique colossale. Le yen, traditionnellement perçu comme une monnaie « refuge » en temps de crise, y résisterait-il ?
  • Je ne me risquerais pas encore à parier sur une baisse du yen (d’autres s’y sont cassé les dents !), mais si elle se matérialise, elle favoriserait la compétitivité des entreprises exportatrices et il serait donc peut-être temps de se pencher à nouveaux sur les grandes valeurs japonaises. A l’inverse, leurs principaux concurrents, qui ont largement profité de la bonne tenue du yen depuis 2008 pour prendre des parts de marché, pourraient rapidement en souffrir – je pense notamment aux entreprises coréennes de l’électronique ou l’automobile. L’évolution des finances publiques japonaises, une clé comme une autre pour suivre la bourse de Séoul :-)

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Jazz à Shinjuku : un peu de calme dans la tempête tokyoïte

Posted in Voyage - Japon with tags , , , , , on 17 novembre 2009 by Placet

Flashback rapide sur une scène sympathique vécue lors de notre séjour tokyoïte. Parvis d’une des nombreuses entrées de la gare de Shinjuku, 18 heures et des poussières. Partis pour assister à un des nombreux matsuri (festivals) du mois d’août, nous sommes décidément trop en retard et préférons nous arrêter pour assister au ballet des passagers qui se hâtent vers les métros et trains de banlieue. Comme ils sont extrêmement nombreux (plus de 3 millions par jour, ce qui en fait la gare la plus fréquentée du monde) et particulièrement stressés, le spectacle est saisissant. Mélange étonnant de salarymen (employés de bureau) en costume cravate, d’ouvriers de la construction et de fashionistas en provenance des grandes magasins proches, que réunit leur hâte de gagner qui son domicile, qui le fast food ou l’izakaya (pub) le plus proche pour un repas rapide ou un verre avec des collègues.

Pris entre deux flots de passants pressés, nous nous demandons ce qui pourrait perturber ce mouvement lorsqu’un petit groupe de musiciens s’installe sans hâte dans un coin du parvis et commence à jouer doucement. Saxo, basse et batterie. Un jazz tout d’abord doux, puis de plus en plus vibrant et rythmé. Le rythme se confond avec celui de la rue, des taxis aux couleurs vives et de la foule si trendy et pressée. Et celle-ci semble le ressentir, puisqu’un nombre croissant d’amateurs se pressent devant les jazzmen. A la japonaise bien sûr, aucune manifestation bruyante ou appuyée d’approbation, mais l’incroyable s’est produit : en un moment magique, l’espace de quelques morceaux, ce petit concert improvisé a réussi à détourner le flot en apparence inarrêtable des passants et ancrer un peu de vie et de sérénité dans cette ambiance frénétique. Assez digressé, un peu de musique et d’images :

Japon – Dimanche après-midi à Yoyogi Park, Tokyo

Posted in Nos créations, Voyage - Japon with tags , , , , , , on 28 octobre 2009 by Placet
Magicien à Yoyogi Park, Tokyo - pastel à l'huile

Magicien à Yoyogi Park, Tokyo - pastel à l'huile

Yoyogi Park est un des plus grands parcs de Tokyo, un vrai poumon de verdure dans une métropole de près de 13 millions d’habitants où le ciment domine le paysage urbain. On nous avait dit qu’une promenade un dimanche après-midi était un incontournable pour qui veut mieux comprendre cette ville. On ne nous avait pas menti…

Tout Tokyo semble s’y donner rendez-vous. Le site abrite le vieux stade des Jeux Olympiques de 1964 et était il y a quelques décennies le lieu de rassemblement des blousons noirs qui venaient danser le rock. Leur rassemblement pouvait donner lieu à des batailles entre gangs assez violentes. Lors de notre promenade, nous y avons trouvé une atmosphère gaie et sereine.

Des groupes de danseurs sont assemblés en demi-cercle, la stéréo à fond lance des vieux tubes des années 60, où une place de choix est réservée au King bien sûr. Un ou deux danseurs s’agitent pleins de conviction au milieu du cercle et les autres, patiemment, tapent dans leurs mains en rythme. Tous sont concentrés. Leur attitude est extrêment typique de la culture japonaise : jamais on ne manifeste bruyamment son adhésion. On adhère certes, mais en silence et avec force. On s’implique, on rentre dans le « rôle de » et on doit le tenir avec excellence.  Quand on regarde ces scènes avec des yeux de latin judéo-chrétien, on peut trouver leur impassibilité parfois assez déroutante, voire l’intepréter comme un manque de conviction. Ce serait une erreur ! Ils sont réellement engagés dans leur rôle, y mettent énormément d’efforts, s’en font un devoir…

Autre rencontre étonnante, celle avec  les Cosplay Zoku ou Manga Girls. Vous en avez certainement entendu parler. Ce sont ces adolescentes qui  s’habillent à la mode gothique ou bien comme leurs personnages de manga préferés. Elles passent la journée du dimanche dans ce parc, toutes assemblées sur quelques métres carrés et semblent venir discuter entre elles de leurs tenues. Nous avons été saisis d’un malaise à la vue de ces personnages quasi surnaturels, aux fausses cicatrices dessinées sur le visage et dans le cou et aux lentilles de contact rouge sang. Un mélange déconcertant de tenues suggestives et de signes de l’enfance, comme les peluches qui les ont accompagnées jusque là attachées sur leurs sacs de voyage . Elles sont toute entière dans l’ambiguité : érotiques et puériles, exhibitionnistes et pudiques (refusant opiniâtrement d’être prises en photo).

C’est là le signe d’une société bien étrange où les dessins animés de manga présentant des écolières en uniforme nourrissent l’industrie des films érotiques. Un besoin certain de s’évader d’un monde et d’une culture où la notion de devoir, évoquée auparavant, est si forte qu’elle finit par broyer l’individu et ne lui laisser d’autre marge de liberté que de vivre une vie parallèle dans un monde créé de toute pièce. Un constat un peu triste…

Cosplay Zoku (Manga Girls) - Yoyogi Park Tokyo
Cosplay Zoku (Manga Girls) – Yoyogi Park Tokyo

Pour voir plus de photos, cliquez sur le lien :

http://www.flickr.com/photos/36264623@N08/sets/72157622142191865/detail/

Notre dernière découverte du jour était tout en fanfare. Du haut d’un pont nous avons entendu une musique latino retentir et avons progressivement vu apparaître une foule s’agitant en rythme. La musique était bien d’un tout autre genre que celle des rockers crooners du début de promenade, car cette fois-ci il s’agissait d’un festival brésilien tout en exubérance et haut en couleur , comme un prémice à la suite de notre voyage…

Japon – Avis aux amateurs de musées…

Posted in Art, Voyage - Japon with tags , , , , , , , , on 22 octobre 2009 by Placet

Un des nombreux avantages d’une visite au Japon est que chaque jour, en plus de savourer une vie quotidienne toujours déroutante pour des occidentaux, on peut visiter un musée extraordinaire. Histoire, arts, sciences naturelles, il y en a pour tous les goûts ! 

Si le pays a en effet massacré son environnement naturel à grand renfort de béton, de reforestation sans âme et de lignes électriques, la densité de musées est absolument fantastique. Plus encore, alors qu’ils sont souvent concentrés en Occident dans les plus grandes métropoles, on en trouve ici dans les endroits les plus reculés. Même lorsqu’on sillonne rapidement le pays, on n’est jamais très loin d’un musée passionnant, grâce notamment aux nombreuses initiatives privées qui sont, depuis près d’un siècle, venues compléter des collections publiques de qualité. De Nasu au nord de Tokyo à Kurashiki près d’Okayama, petite visite guidée de ces initiatives personnelles qui ont pour nous embelli un séjour déjà merveilleux (quelques photos seulement ci-dessous pour cause de copyright – désolés)…

Premier arrêt à Nasu, trois heures en bus au nord de Tokyo, dans une région plus connue pour ses sources d’eau chaude et ses onsen (les bains si prisés des Japonais). Perdu au milieu d’une forêt, le Musée Niki (http://www.niki-museum.jp/english/index.htm) est entièrement consacré à l’oeuvre de l’artiste française Niki de Saint-Phalle. Né à l’initiative d’une collectionneuse japonaise, Madame Yoko Shizue Masuda qui,fascinée par l’oeuvre d’une artiste qu’elle avait rencontré dans les années 1980, a très vite décidé de créer une fondation et un espace d’exposition pour faire connaître à ses compatriotes l’oeuvre d’une artiste effectivement à part, essentiellement connue pour ses « Nanas » rondes et colorées, ses séances de tir et son association au groupe des Nouveaux Réalistes. Le contraste est étonnant entre les dessins et sculptures hyper-expressives et autobiographiques de Niki de Saint-Phalle et l’isolement et l’architecture dépouillée du petit musée. Une expérience fascinante, pour l’occasion de savourer l’oeuvre d’une artiste que nous apprécions comme pour la chance de passer une première journée au calme dans la campagne japonaise. Le musée ferme malheureusement ses portes temporairement (manque de fonds ? localisation décidément trop peu accessible ?) ; nous avons eu la chance de compter parmi ses derniers visiteurs et lui souhaitons de ré-ouvrir très vite !

Second arrêt, à nouveau sur une journée, à Hakone (http://www.hakone-oam.or.jp/english/index.html). Localisation tout aussi improbable, puisque le musée de sculptures en plein air (« Hakone Open Air Museum ») est situé dans les collines et l’air pur de Hakone, au milieu d’un massif semi-montagneux plus connu comme lieu de randonnée et de vacances familiales autour de son lac et de ses excellents points de vue sur le mont Fuji que pour ses attraits culturels. Mais nous sommes au Japon… Après un trajet amusant en train à crémaillère entourés de touristes japonais équipés comme pour gravir l’Everest, nous sommes les seuls à descendre à l’arrêt Chokoku-no-Mori. Quelques minutes de marche et nous arrivons au musée ; la vue sur la vallée est somptueuse, l’air délicatement frais et l’atmosphère extraordinaire. C’est la première fois que nous avons la chance d’observer une aussi vaste collection sculptures dans un environnement exclusivement naturel. Le temps est superbe, la promenade bien conçue et les oeuvres choisies avec éclectisme : d’Henry Moore à Fernand Léger en passant par Rodin et des artistes japonais moins connus mais également intéressants, la collection est extraordinaire et il y en a pour tous les goûts ! Et surtout, le temps dégagé -qui offre des jeux de lumière fascinants sur les sculptures- et la paysage varié et vallonné permettent d’exploiter au mieux l’environnement pour mettre les oeuvres en valeur. C’est rarement le cas en intérieur, et cela nous rappelle combien la sculpture se vit en relation à l’espace qui l’entoure. Une nouvelle journée passionnante – si vous passez entre Tokyo et Kyoto, faites un détour par Hakone !

Enfin, c’est l’improbable bourgade de Kurashiki, au bord de Setonaikai -la mer intérieure japonaise-, qui nous a offert une troisième rencontre de ce type. Après avoir prospéré grâce à la production et au commerce du textile, Kurashiki est désormais réputée essentiellement pour son centre historique où un canal serpente entre des entrepôts en pierre blanche joliment préservés (ou restaurés). Si l’ensemble a un effet sympathique, c’est le bien Ohara Museum qui a (si l’on excepte un détour initial aussi involontaire qu’instructif par le cimetière et les quartiers périphériques) englouti l’essentiel de notre journée (http://www.ohara.or.jp/index_eng.html).

Ce musée a été créé vers 1930 par un mécène local, M. Ohara, pour héberger la collection d’art occidental (essentiellement impressionniste) qu’il avait constituée avec l’aide d’un peintre local qui achetait pour lui en Europe. La collection a ensuite été élargie pour intégrer des oeuvres de peintres japonais et des arts traditionnels (céramiques et gravures sur bois), puis poursuivie par ses enfants après la seconde guerre mondiale.

Petite déception avec la collection originelle, plutôt conservatrice et qui semble témoigner d’une démarche plus encyclopédique qu’osée (oeuvres matures d’artistes connus, on semble parfois avoir acheté des noms plus que des tableaux). La suite de la visite est par contre fascinante : une collection de gravures et de céramiques magnifiques hébergées dans un bâtiment somptueux au plancher en carreaux vernis dont nous nous souvenons encore, puis une collection d’artistes japonais du 20ème siècle très intéressante pour nous. Enfin, une collection magnifique d’artistes internationaux de la seconde moitié du 20è, avec un éclectisme similaire à la collection initiale mais un choix d’oeuvres beaucoup plus osé. Pêle-mêle nous ont marqués quelques dessins de Matisse, une série de Jasper Johns, un portrait magnifique de Bernard Buffet ou encore le plaisir de retrouver les pâtes épaisses et texturées de Riopelle et de découvrir des artistes japonais à la forte personnalité.

Un régal pour nos yeux, mais surtout un réel émerveillement devant une telle curiosité et une poursuite sans faille de l’excellence et la représentativité dans des domaines aussi variés que les gravures sur bois ou les céramiques japonaises traditionnelles et les peintres occidentaux contemporains. Certes, les moyens financiers aident, mais loin de l’acquisition opportuniste et à des prix record d’oeuvres très connues par des collectionneurs japonais à la fin des années 80, la constitution progressive d’une telle collection dans un marché de plus en plus concurrentiel mérite vraiment l’attention. La preuve de ce qu’une vision forte peut accomplir avec des moyens, du temps et de la persévérance ? Bravo en tout cas, et merci !

Idées business venues du Japon

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Japon with tags , , , , , on 19 octobre 2009 by Placet

Lors de nos promenades dans les villes japonaises, nous avons été interpellés par la présence de nombreux (très nombreux) distributeurs de boissons froides. L’été japonais est très humide et chaud et ils sont donc très utilisés. Vous devez  penser qu’il n’y a rien de très extraordinaire à cela, nous avons les mêmes en Occident. Peut-être, mais pas tout à fait… Il m’a semblé voir là des idées business potentiellement très intéressantes :

1. Le distributeur a un look bien différent et s’intégre beaucoup plus facilement au décor urbain, car il est plus petit.

Distributeur de boissons au Japon

Distributeur de boissons au Japon

2. L’offre produit est aussi assez différente : les boissons gazeuses « traditionnelles » (Coke, Pepsi, etc), l’eau, mais aussi le café froid ou le thé. Une offre beaucoup plus large que celle aperçue dans les villes européennes.

Une offre de boissons beaucoup plus large qu'en Europe

Une offre de boissons beaucoup plus large qu'en Europe

3. Les eaux vitaminées : elles font un tabas ! Vous pouvez juste en buvant un demi litre faire le plein de vitamines et sels minéraux, selon vos besoins santé. Danone qui se  targue d’avoir un portefeuille de produits tourné vers le bien-être et la santé n’en a toujours pas lancé… Etonnant, il y a pourtant bien là un énorme potentiel, à l’heure où des marques de smoothies comme Innocent font un malheur au Royaume-Uni, le consommateur est donc toujours à l’affût de ces produits magiques qui corrigent les carences des modes d’alimentation occidentaux. Et en plus, ces eaux vitaminées ont très bon goût, ce qui ne gâche rien !

Gamme d'eaux vitaminées japonaises

Gamme d'eaux vitaminées japonaises

4. Le thé froid sans sucre : les Japonais l’adorent (et moi aussi) que ce soit du thé vert glacé ou du thé à l’orge, on en trouve partout. Bénéfice santé évident, absence de sucre et d’édulcorant, il pourrait facilement voler des parts de marché à un Lipton glacé hyper-sucré.  Voilà un lien vers la marque phare Asahi (vous la connaissez peut-être pour ses bières) : http://www.asahiinryo.co.jp/16cha/top.html

Anciens collégues, marketeurs de produits de grande consommation, qu’en pensez-vous ?

Les Japonais adorent la France

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Japon with tags , , , on 19 octobre 2009 by Placet

Quand les Japonais vous demandent d’où vous venez et vous répondez de France ou encore plus de Paris, une émotion vive s’affiche sur leurs  visages. Vous les comblez de joie !!

La France les fait rêver et Paris plus encore. L’architecture, les petites rues pavées, les vitrines de boulangerie, la mode… Au Japon, les villes ont été détruites pendant le boom économique d’après la Seconde Guerre Mondiale, et du flambant neuf a été bâti pour remplacer les vieilles maisons traditionnelles.  Alors, les images des villes européennes, où les vieux bâtiments sont partie intégrante de l’urbanisme, font rêver.

Cet amour de la France est visible à beaucoup de coins de rue, où nous croisons sans cesse des vitrines, affiches, pancartes aux noms français ou même de petites boulangeries. Avis aux entrepreneurs francophones en mal d’expatriation, il y a bel et bien là un beau potentiel !

Toyota City – voyage au coeur de l’industrie japonaise

Posted in Economie & Finance, Voyage - Japon with tags , , , , , , , , , , on 14 octobre 2009 by Placet

Changement de décor ce matin : après avoir découvert des centre-villes agités, des îles propices à la méditation et des coins de nature verdoyants, c’est vers les trains de banlieue de Nagoya que nous dirigeons nos pas. Plus aucun touriste en vue, mais pas non plus d’indication en anglais. Pas grave, le staff est incroyablement serviable et après (tout de même) trois changements et une heure et demi d’un trajet très lent (le Shinkansen est loin !), nous arrivons à Toyota-shi où nous venons visiter le siège et une des principales usines de Toyota.

La visite débute avec une demi-heure « libre » pour visiter un show room et une petite exposition sur l’histoire et la stratégie du groupe. On se croirait revenus à l’école, lorsqu’on nous expliquait la stratégie des keiretsu ,ces conglomérats qui dominaient dans les années 80 l’industrie japonaise et mondiale. On retrouve notamment les méthodes de production alors présentées comme révolutionnaires (juste-à-temps / zéro stock, kanban, management participatif) ainsi que la très forte diversification caractéristique des keiretsu : aujourd’hui encore, nous sommes surpris de voir qu’en plus de son métier principal de constructeur automobile, Toyota est également présent dans des métiers connexes comme la robotique, les activités de financement où les économies d’énergie mais aussi des secteurs ou le lien est moins évident (biomasse, résidences de vacances et même horticulture !).

En plus de ces thèmes très « japonais », la galerie de présentation des activités du groupe, colorée et interactive, aborde aussi les problématiques clés du secteur automobile.

  • L’internationalisation tout d’abord de l’outil de production du groupe, qui produit désormais la moitié de ses véhicules à l’étranger et a dédié une catégorie de véhicules à chaque région du globe (Asie, Amérique Latine et Afrique du Sud notamment)

  • Les véhicules hybrides (double propulsion électrique et thermique) ensuite, qui sont présentés avec force détails techniques ; l’exposé est très clair et pour nous fort instructif, mais l’état des lieux plutôt déprimant : malgré tous les efforts dont se targue Toyota, le groupe a produit moins de 500 000 véhicules hybrides en 2008 (5% de sa production totale) et son objectif d’un million pour 2010 ne représente que 10% environ de ses ventes ; de même, l’hydrogène semble un carburant très peu polluant une fois dans le réservoir, mais son processus de fabrication le plus courant, générateur de C02, tempère largement son efficacité énergétique globale

  • Le groupe s’étend nettement moins sur ses activités de financement, mais nous soupçonnons qu’elles représentent comme pour la plupart des constructeurs automobiles une part significative de ses profits. A vérifier…

Après ce bref tour d’horizon, rendez-vous à l’accueil où un bus rutilant nous emmène pour une visite guidée de l’usine proche. Après nous avoir donné une liste interminable de conseils de sécurité, l’attachée de presse qui mène la visite dans un anglais très appliqué nous propose immédiatement de découvrir avec elle la brochure qui présente le groupe et ses données chiffrées ; nous progressons pas à pas et sommes sans cesse sollicités pour s’assurer que nous suivons et comprenons bien tout ce qui est dit. Ce très long exposé va nous amener quasiment jusqu’à notre destination (20 minutes en bus tout de même !) ; « sit back and relax, we will be there in ten minutes » (reposez-vous, nous arrivons dans dix minutes) nous dit finalement notre guide après que nous avons consciencieusement acquiescé. Dans une définition toute japonaise du temps, nous entrons trente secondes plus tard dans la cour de l’usine où la visite va pouvoir reprendre ! Après avoir subi un cours magistral similaire au retour (« savez-vous pourquoi le nom de la société est différent de celui du fondateur, M. Toyoda ? »), nous imaginons avec terreur le sort des écoliers japonais, constamment sollicités et à qui pas une seconde ne doit être laissée pour s’évader et laisser aller leur imagination. De l’organisation parfaite à la courtoisie sans faille de notre guide en passant par l’exposé très minutieux (aucun espoir de repartir sans avoir TOUT enregistré !), la visite nous offre un condensé intéressant de la société japonaise…

La visite se poursuit bientôt par un aperçu de l’atelier d’assemblage (un des quatre étapes de la production avec le moulage, la peinture et la soudure). C’est ici l’aspect largement manuel de cette opération qui retient notre attention ; très peu de machines et de robots, et de nombreux ouvriers chargés aussi bien du montage que de l’acheminement des pièces détachées. Un défaut est détecté, une lumière rouge s’allume qui indique le poste de travail correspondant, la chaîne s’arrête et un superviseur se hâte ; quelques instants plus tard, tout est solutionné, la chaîne reprend son mouvement et une lumière verte s’allume. Il est temps pour nous d’aller visiter l’atelier de soudure.

Décor très différent ici – de notre plate-forme surélevée, nous observons d’énormes robots en action, dont les bras articulés se saisissent à une cadence soutenue de pièces qu’ils déposent devant des postes à soudure eux aussi automatisés. Un arc soudain, un bruit étrange et l’opération est terminé Le bras géant s’active à nouveau et entraîne la pièce vers le poste suivant, où elle est prise en charge par un robot-confrère. Un peu plus loin, des carrosseries défilent lentement entre une haie d’honneur de robots métalliques qui se penchent sur elles avec une régularité de métronome, un vrai ballet se déploie ; arcs de fers à souder, étincelles virevoltant en tous sens, grésillements en cadence, décor noir et métallique, procession automatisée. L’audience est fascinée et le groupe observe sans voix pendant de nombreuses minutes On se croirait dans un film de science fiction. Il est vrai que 98% de l’activité de soudure est prise en charge par des robots, ce qui en fait l’étape la plus automatisée du processus de production.

Après un retour en bus studieux qui marque la fin de la visite, nous décidons de tester l’excellente cantine archi-subventionnée avant de nous diriger vers une sorte de salle commune où de nombreux hommes sont assemblés pour assister à un match de baseball inter-entreprises entre les équipes Toyota et… Nissan. Forte rivalité donc et implication étonnante des téléspectateurs, dont la plupart sont manifestement des retraités. Un autre symbole d’un phénomène social japonais cette fois-ci en voie de disparition – l’emploi à vie et le rôle essentiel de l’entreprise dans la vie privée des salariés. On a pu par ailleurs observer la disparition brutale de cette tradition avec la montée du chômage et la mise en place d’un tissu social nettement plus élastique, mais pour les personnes âgées qui nous entourent auprès de cet écran de télévision, la fidélité à l’entreprise reste pleinement de mise… Il faut dire qu’à Toyota City, construite par, pour et autour de Toyota (400 000 habitants, dont la plupart travaillent pour le groupe), il n’y a pas grand-chose d’autre à faire…

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