Archive for the Voyage – Chine Category

A propos de martiens et d’un éléphant cycliste

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Chine with tags , , on 7 septembre 2009 by Placet

Nous rencontrons un féroce succès auprès des Chinois qui n’ont pas le loisir de croiser des occidentaux tous les jours, à cela ajoutez des cheveux blonds et des yeux bleus et vous comprendrez vite que vous leur donnez à voir un « couple de martiens ».

Couple de martiens en Chine

Chaque promenade devient vite un vrai remake de Big Brother. Il faut s’y faire, il y a toujours au moins cinq paires d’yeux posés sur vous à chaque instant. On devient vite blasé de ces marques d’intérêt, qui parfois sont franchement désagréables (on vous montre du doigt en se gaussant), mais très souvent juste une marque de curiosité pour ce qui est différent.

 Après tout, la Chine a été tellement refermée sur elle-même depuis plusieurs siècles (et plus encore depuis 1949) que les Chinois ne sont pas habitués, voire même pas très ouverts (et c’est un euphémisme) à la différence physique. Le nombre d’étrangers vivant en Chine est extrêmement faible. Par exemple, Shanghai forte de 18 millions d’habitants se vante d’être un centre business presque comparable à New York, mais ne compte pas plus de 100 000 expatriés, soit près de 0,5% de sa population. Ajoutez à cela une industrie cinématographique purement nationale et une TV 100% maison : les écrans deviennent des miroirs et pas des fenêtres sur l’ailleurs.

La Chine a été forcée à s’ouvrir très vite d’un point de vue économique et est devenue en moins de 20 ans une puissance économique mondiale majeure. Mais les mentalités et les habitudes sociales ne changent pas si vite, il faudra des décennies, voire des générations, d’autant plus que la culture chinoise est basée sur la continuité. Tout leur monde est sens dessus-dessous. Dans quel sens évoluer ? Faut-il suivre la tradition de la fermeture ou la rejeter au profit d’une nouvelle représentation du monde ?

Pour ceux qui ont grandi dans la vieille Europe, il est difficile de comprendre l’étendue du problème. La Chine doit intégrer des bouleversements colossaux en l’espace d’à peine quelques années, là où notre continent a eu des décennies entières, voire des siècles, pour s’adapter progressivement aux changements amenés par la révolution industrielle. D’un point de vue économique et social, c’est un vrai raz de marée qui déstabilise la population et laisse derrière lui beaucoup de marginaux. On connaît ici les mêmes maux que nous avons vu sur notre sol au cours des 19ème et 20ème siècles, à la différence près que ceux-ci sont concentrés sur quelques années à peine. Ils se nomment : exode rural massif et surpopulation urbaine, fracture sociale et segmentation de la population, pollution extrême de l’air, des sols et de l’eau, système de protection sociale qui a bien du mal à suivre… Et il y a aussi l’aspect moins visible de cette évolution sociale : la remise en cause profonde des mentalités, comme un mouvement incessant de balancier entre préservation de la tradition et intégration de la modernité. Le ciment de la société chinoise est plein de fissures !

 Le challenge pour la Chine est donc énorme, dans une société qui à la base était peu être moins préparée que les autres du fait de son passé politique et de ses croyances séculaires. Mais cela ne veut pas dire qu’il est impossible et j’espère que le nombre d’étrangers qui se sentent « comme des martiens » lorsqu’ils visitent la Chine va rapidement diminuer, car cela indiquera que la Chine a trouvé sa voie vers l’ouverture et la stabilité, bénéfiques à elle-même ainsi qu’à l’économie mondiale. Quelqu’un, dont j’ai oublié le nom, a dit que la Chine est comme un éléphant sur un vélo, si elle tombe, elle va faire chavirer le reste du monde avec elle… Pourvu que les roues du vélo ne crèvent pas !

Partie d’échecs enflammée à Xi’an

Posted in Voyage - Chine with tags , , , , on 4 septembre 2009 by Placet

Ci-dessous une petite vidéo que nous avons tournée dans une petite ruelle de Xi’an, à l’écart de la foule. Un large groupe d’hommes est assemblé autour d’un échiquier est engagé dans une partie d’échecs animée :

Illustration intéressante des relations sociales en Chine traditionnelle, où le groupe reste omniprésent. Contrairement aux apparences, ce jeu se joue en effet à deux, mais on peut voir ici que les deux joueurs "principaux" (assis) ne sont pas les plus impliqués. Leurs amis, séparés en deux camps "assistant" chacun un joueur, sont particulièrement vocaux et semblent avoir des opinions bien tranchées -et souvent contradictoires- sur la stratégie à suivre ! On n’a rien compris de la conversation mais sa forme était passionnante,  et nous avons suivi une partie entière. 

Certaines manifestations de cette culture de groupe subsistent d’ailleurs au quotidien de façon étonnante (illustration à venir dans l’article suivant, à paraître lundi). Pour l’anecdote, assis dans le lobby de notre hôtel à Beijing pour dessiner ou taper des articles, nous avons eu plusieurs fois la surprise de voir des familles entières regroupées derrière nous, regardant tranquillement et pendant quelques minutes ce que nous faisions par dessus nos épaules avec force commentaires… Surprenant après l’Angleterre où lire le journal de son voisin est un affront impardonnable !

 

Prochain article à paraître : « A propos de martiens et d’un éléphant cycliste »

Puis à ne pas manquer : début de notre chronique japonaise mercredi (09/09)

L’armée de terre cuite à Xi’an revisitée en dessins

Posted in Nos créations, Voyage - Chine with tags , , , on 3 septembre 2009 by Placet

Nous n’avons pas manqué l’incontournable visite de l’armée de terre cuite à Xi’an.

Quelle fut la surprise des fermiers qui en 1974 sont tombés par hasard sur ce surprenant ensemble alors qu’ils creusaient un puits. Les statues sont impressionnantes à la fois par leur nombre (8,000 découvertes à ce jour) et par la beauté des traits des guerriers et les détails de leurs tenues (armures, coiffes, chaussures, foulards noués autour du cou).

Le projet semble un peu fou : les guerriers de terre cuite ainsi que leurs chevaux et leurs chars furent enterrés autour du mausolée du premier empereur de la dynastie Qin en 210 avant notre ère, avec pour "mission" de l’aider à diriger un nouvel empire dans sa prochaine vie.

Ceci m’a inspiré quelques dessins-collages avec les guerriers remis au goût du jour, en voici un avant goût :

Guerrier de  terracota "revisité"

Si vous souhaitez en voir davantage, cliquez sur ce lien :

http://www.flickr.com/photos/36264623@N08/sets/72157622215527754/detail/

Et vous pouvez voir les guerriers originaux en cliquant ci-dessous :

http://www.flickr.com/photos/36264623@N08/sets/72157622215431638/detail/

 

Prochain article à paraître : « Partie de jeu d’échecs chinois enflammée »

 

Les travaux pharaoniques chinois en images

Posted in Voyage - Chine with tags , , , , , on 2 septembre 2009 by Placet

David vous en a parlé d’un point de vue économique en utilisant Vil Coyote, un des personnages de Warner Bros ; à mon tour de vous en montrer brièvement quelques images.

  • La Place Tiananmen

Pour l’anecdote, nous avions discuté avec un groupe d’Australiens pendant notre vol vers Beijing. A la question "comment avez-vous trouvé la place Tiananmen ?", une des femmes avait répondu : « C’est grand, il y a du monde et qu’est-ce qu’il fait chaud ! ». Un peu surprenant a priori mais finalement tellement vrai ! L’endroit reste tout de même impressionnant par sa taille ; avec les différents symboles du pouvoir disséminés autour de la place, celle-ci incarne sans peine des rêves de grandeur dans lesquels l’individu ne peut que ressentir sa petitesse… Admirez enfin le ciel, qui contribue largement à l’ambiance étrange (contrairement aux apparences, il faisait beau ce jour là !)

PHOTOS : http://www.flickr.com/photos/10301605@N04/sets/72157621950133619/detail/

  • La Grande Muraille

Il est très difficile de l’observer loin des foules sans aller loin vers l’intérieur du pays. Nous avons toutefois eu la chance de parcourir la section entre Jinshanling et Mutianyu, sans doute la plus sauvage et la moins « remise à neuf » des tronçons raisonnablement accessibles de Beijing sur une journée. Le panorama est superbe et la marche plutôt sportive avec d’incessantes montées et descentes d’escaliers abrupts autour des nombreuses tours de guet (une trentaine au total sur cette section de huit kilomètres !). La nature et la végétation très touffue sont également surprenantes et devaient déjà constituer une barrière naturelle fantastique pour d’éventuels assaillants ! Très belle visite en tout cas, et avis aux voyageurs : n’oubliez pas crème solaire et bonnes chaussures de marché, et vous passerez un excellent moment !

PHOTOS : http://www.flickr.com/photos/10301605@N04/sets/72157622069952083/detail/

  • La Cité Interdite

Logique finalement similaire, à une autre époque, à la place Tiananmen : dimensions impressionnantes et symbole de pouvoir et de grandeur. Les deux se sont d’ailleurs face, comme si l’une répondait à l’autre : la place Tiananmen, créée au 17è siècle, a été agrandie en 1958 par le pouvoir communiste, comme une surenchère au pouvoir impérial des siècles passés. Très bel endroit de « pélerinage » pour les familles chinoises que vous apercevrez sur les photos ;dommage que l’odeur de peinture fraîche domine et que les personnes en charge de la restauration aient eu la main un peu lourde !

PHOTOS : http://www.flickr.com/photos/10301605@N04/sets/72157622074647154/detail/

 

Prochain article à paraître : Xi’an et l’armée de Terracotta revisitée par Anne en dessins

Une brique de thé à 15 000 euros : la spéculation autour du vieux Pu’er

Posted in Cuisine, Voyage - Chine with tags , , , , , , on 1 septembre 2009 by Placet

Si vous flânez dans les grands magasins européens, peut-être verrez vous en rayon une brique de thé coûtant la « modique » somme de 15,000 euros. Pincez-vous… Non, vous ne rêvez pas !

Il s’agit du vieux Pu’er, produit dans le Yunnan depuis le 1er siècle après JC. Sa présentation est très versatile, puisqu’il revêt la forme d’une brique, ou devrais-je dire « meule » (il est en effet bien souvent rond). Cette caractéristique lui permit d’être facilement exportable notamment vers des provinces plus lointaines (comme le Tibet) et de pouvoir être stocké pour être vieilli plusieurs décennies (50 ans maximum).

brique de thé Pu'er

Une fois infusé, il a une belle couleur noir café et un goût très équilibré sans amertume (paraît-il, nous n’avons goûté que le jeune Pu’er sa version commune et bon marché – l’équivalent de ce qu’est un Beaujolais Nouveau pour le vin, si cela vous parle plus). Pour ne rien gâcher, il serait très bénéfique à la santé et pourrait aider à perdre du poids ou réduire le taux de cholestérol et de sucre dans le sang. En bref, une petite merveille de la nature !

 Mais, cela est-il suffisant à expliquer ce prix indécent ? Pour mieux comprendre cette flambée des prix, il faut regarder du côté de la spéculation, notamment sur les marchés de Hong-Kong et de Taïwan (peuplées majoritairement par des Chinois qui ont fui la Révolution Culturelle). La demande est devenue si forte, que les prix sont montés en flèche, entraînant une prolifération des faux, puis un retour à des niveaux de prix plus « raisonnables » ces derniers mois (à 10 000 euros, on se sent mieux, n’est-ce pas ?).

 Qu’en est-il du thé au quotidien en Chine ? Entre le Pu’er à 15 000 des riches et la déception du thé lipton en sachet tous les matins sur les buffets de petit-déjeuner, il semble qu’il n’y ait pas forcément de synthèse évidente, au moins dans les milieux urbains. Dans les plus petites villes, nous avons pu observer les locaux, souvent les personnes plus âgées, déguster le thé à la chinoise, c’est-à-dire en feuilles, dans des bocaux détournés de leur usage premier et débarrassés de leurs couvercles. Le même thé est infusé encore et encore tout au long de la journée et accompagne les déplacements. On sent dans ce cas que le thé fait partie de la culture quotidienne.

 Mais où sont donc passées les traditions chinoises dans la Chine moderne ? Comme d’habitude, la Chine a bien du mal à réconcilier son héritage millénaire avec d’une part la Révolution Culturelle qui a laissé le pays bien exsangue et d’autre part la réalité actuelle d’un quotidien devenu subitement trop moderne…

Pour en savoir plus sur le thé chinois :

  1. Quelques photos et des infos sur le Pu’er : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pu-erh

  2. Sur le thé chinois en général : http://www.chine-informations.com/guide/categorie-the-chinois-119.html

  3. Le musée du thé à Hangzhou (une petite merveille à ne pas manquer si vous êtes à Hangzhou) : http://www.hangzhou.com.cn/20030101/ca246452.htm et des informations sur comment s’y rendre de Hangzhou : http://www.travelchinaguide.com/attraction/zhejiang/hangzhou/tea_museum.htm

     

Prochain article à paraître : carnets photos de Beijing et ses environs (place Tianannmen, Cité Interdite et promenade sur la Grande Muraille entre Jinshanling et Mutianyu)

Quand les Pékinois s’amusent !

Posted in Voyage - Chine with tags , , , , , on 28 août 2009 by Placet

Beijing est une ville immense quadrillée par des artères très larges et qui ne laisse pas voir facilement la vie de quartier.

Alors quelle fut notre surprise lorsque nous sommes allés passer un dimanche après-midi dans le parc du Temple du Paradis. Dès l’entrée nous avons entendu de la musique et avons cherché, intrigués,  d’où elle pouvait venir. C’est ainsi que nous avons trouvé un petit bal populaire rassemblant les habitués qui se trémoussaient gaiment.

Puis un peu plus loin, c’est une chorale improvisée qui a attiré notre attention :

Une rare occasion où nous avons eu la chance de voir les Pékinois s’en donner à coeur joie ! Emerveillés par tant d’enthousiasme, nous nous sommes tout simplement assis et nous sommes laissés bercer…

voir PHOTOS :  http://www.flickr.com/photos/36264623@N08/sets/72157621788096553/detail/

La chanteuse de Pingtan à Suzhou

Posted in Voyage - Chine with tags , , , on 23 août 2009 by Placet

Ce petit bout de femme à la voix très haut perchée (oreilles sensibles aux aigus s’abstenir !) nous a fait découvrir une forme d’art peu connue : le pingtan. Malgré une attitude physique très statique, sa présence sur scène était très intense. C’est avec un flot continu de chansons et d’histoires déclamées avec fortes intonations et des expressions faciales étonnantes que cette artiste nous a "bercés", ainsi que le public d’habitués, pendant une heure.

 

L’atmosphère de la salle a largement renforcé l’impression d’être admis dans un autre monde. Nous nous sommes immédiatement sentis intégrés par l’audience, composée essentiellement des personnes âgées du quartier, assemblées autant par goût pour le pingtan que par l’envie de se retrouver entre amis. Nous avons été amusés par ces groupes jouant aux cartes en attendant le début de la performance, tous armés de bocaux en verre au fond duquel trônait l’ingrédient culturel essentiel à la longévité, les feuilles de thé vert, arrosées régulièrement d’eau chaude à l’aide de grands thermos chromés posés sur les tables.

Puis, lorsque la lumière s’est éteinte et que le spectacle a commencé, nous avons vu les éventails, si utiles jusque-là à apporter une légère brise dans cette chaude moiteur estivale, devenir de surprenants métronomes. Ainsi supportée, notre chanteuse de pingtan a pu donner le meilleur d’elle-même et s’est vue récompensée à la fin de chaque chant par une foule d’applaudissements et de battements d’éventails.

Un canard au goût amer

Posted in Economie & Finance, Voyage - Chine with tags , , , , , , , , , on 20 août 2009 by Placet

Déjeuner exceptionnel ce midi : alors que notre séjour en Chine s’achève, nous venons en découvrant le roast duck (canard rôti) de passer un excellent moment et de re-découvrir la joie des plaisirs gustatifs après les quelques semaines d’« encéphalogramme plat » évoquées par Anne dans un précédent article. Tout dans ce déjeuner était remarquable : le canard tout d’abord -onctueux et parfaitement découpé-, les condiments ensuite qui formaient avec lui un équilibre remarquable, et enfin l’ambiance particulièrement festive. Les clients prenaient l’affaire très au sérieux, débattant longuement de la composition du menu avant de commander la moitié de la carte puis de prendre le temps de savourer pleinement cet excellent repas. En bref, un pur moment de sensualité, de convivialité et de détente. 

A peine dans la rue, je dois toutefois me pincer pour me convaincre que repas et canard étaient bien réels, tant ils contrastent avec la réalité de notre quotidien en Chine depuis plusieurs semaines. J’en veux désormais presque au malheureux volatile de plonger le doute dans mon esprit à quelques jours de notre départ : y’auraient-il encore de profondes traditions en Chine, une douceur de vivre – serions-nous complètement « passés à côté » de tout ceci pendant les six dernières semaines ?

Après des débuts très prometteurs dans les atmosphères stimulantes de Guangzhou et Hangzhou puis la bonne chère, l’extraordinaire accueil et les paysages somptueux de Tunxi et la montagne jaune de Huang Shan, nous faisons depuis Shanghai l’expérience d’un pays pressé, stressé, gris et sans finesse qui semble uniquement motivé par l’argent, la réussite sociale et la croissance économique. Alors, qui du canard ou de nos yeux est plus proche de la réalité ? Faute de pouvoir demander l’avis du défunt animal, nous avons tenté de mettre un peu d’ordre dans nos pensées. Qu’est-ce qui nous a tant surpris, qu’avons nous pu rater, et qu’est-ce qui a pu causer tout cela ?

Bon, tout d’abord et sans juger en rien un pays bien trop complexe et étendu pour être compris en quelques semaines, il nous faut bien admettre que notre expérience quotidienne, passionnante dans le Sud, est devenue franchement pesante à partir de Shanghai. La pollution terrible, qui rend l’air lourd et irrespirable et donne un teint gris et plombé aux journées les plus ensoleillées, y est sans doute pour quelque chose. L’impression également d’être dans un pays déchiré, qui affirme une identité nationale et des traditions fortes mais dont les habitants -citadins en tout cas- se comportent en individualistes forcenés dont la principale distraction semble consister, comme à Suzhou, à empiler les signes extérieurs de richesse, avec pour ceux qui en ont les moyens une forte prédilection pour les marques occidentales.

Certes, on ne fait pas d’omelettes sans casser d’oeufs et il est un peu facile, pour une génération d’Européens qui n’a jamais eu à choisir entre traditions et confort matériel, de s’émouvoir des excès d’une nation qui tente d’effectuer en quelques décennies une mutation que notre continent a eu bien plus d’un siècle pour mener à bien. Mais quand on débarque dans le métro de Shanghai après avoir visité les résidences traditionnelles de Suzhou, tout entières dédiées à l’harmonie et au recueillement et dont les pièces à l’architecture dépouillée facilitaient la méditation et l’observation de la nature, on se dit quand même que le chaos d’un capitalisme débridé a bel et bien relégué aux oubliettes une longue tradition d’harmonie et d’équilibre… Où sont passés le « pavillon pour regarder les poissons folâtrer » et la « chambre pour apercevoir la lune » ?

Finalement, ce qui nous a le plus déprimés à partir de Shanghai est l’impression récurrente d’un environnement sans chaleur et sans amour, mélange de platitude et d’agressivité seulement contredites par la convivialité des restaurants. A l’exception du Sud-Est et notamment du Guangdong, depuis longtemps ouvert vers l’extérieur et plus éloigné du pouvoir central, on a l’impression que cette ambiance étrange traduit le « contrat » implicite passé par l’Etat chinois avec la population depuis les années 80 : une liberté absolue dans la recherche de l’enrichissement matériel conditionnée à un renoncement tout aussi net en matière de politique et de liberté d’expression. Un arrangement d’apparence bancale, mais qui a pu satisfaire à la fois une population qui ne disposait ni de l’un, ni de l’autre sous Mao et un Etat qui a habilement encouragé et encadré une croissance économique phénoménale tout en maintenant sans trop de difficultés un pouvoir politique incontesté. Beaucoup de réussite dans les chiffres, un peu moins peut-être dans l’ambiance…

Toutefois, c’est peut-être cette insolente réussite économique qui va remettre en question la seconde partie du contrat ; avec la montée de l’inflation, des inégalités sociales et du nombre de laissés pour compte, les insatisfactions montent et les incidents se multiplient dans un pays au tissu social fragilisé par l’éclatement des structures traditionnelles (famille notamment). Même si cela prendra du temps, on peut penser que le pouvoir chinois sera progressivement contraint de mener le pays vers un mode de développement plus équilibré.

Pour finir, on doit enfin avouer que notre -mauvaise- habitude de passer beaucoup de temps dans les grandes métropoles a certainement influencé notre point de vue (certaines des campagnes que nous avons visitées étaient nettement plus sympathiques), et que certains endroits nous ont réservé d’excellentes surprises : les gens à Guangzhou étaient extrêmement ouverts et sympathiques, et nous avons reçu du côté de Tunxi un accueil magnifique dont nous garderons un excellent souvenir. C’est surtout dans les plus grandes villes que la machine semble s’être un peu emballée et que les gens, souvent arrivés de la campagne depuis peu dans l’espoir de mettre rapidement un peu d’argent de côté, semblent dépassés et n’ont d’autre solution que de penser tout d’abord à eux-mêmes. Peut-être est-ce finalement une étape inévitable dans le développement d’un pays à l’histoire particulière, et qui a dû tant reconstruire après des années d’un régime qui l’ont à la fois laissé exsangue et coupé de ses traditions ?

Voilà, un canard au goût un peu amer donc, mais de l’espoir !

Le conflit des générations…

Posted in Economie & Finance, Marketing & Tendances, Voyage - Chine with tags , , , , , on 17 août 2009 by Placet

La politique de l’enfant unique, tarte à la crème de la société chinoise ou réalité ? En six semaines passées en Chine continentale, nous ne comptons plus les familles avec un seul enfant que nous avons croisées, notamment dans les grandes villes. Pourtant, selon les chiffres officiels, seulement 35% de la population chinoise est actuellement concernée par cette politique. On a donc décidé de creuser un peu et de se demander quelles pourraient en être les conséquences à long terme. Allons-y !

Tout d’abord, en dépit de certains assouplissements et aménagements de vocabulaire, la « politique de planning familial » selon les termes officiels est une réalité bien concrète ; ses grandes lignes sont clairement énoncées et de lourdes pénalités financières prévues en cas de non respect (amendes, non-délivrance du hukou - livret de famille et de résidence nécessaire pour percevoir des prestations sociales essentielles telles que soins de santé et enseignement gratuit).

Ensuite, il est clair également que cette politique n’est pas uniformément appliquée, ce qui explique que le taux de fécondité reste proche de 1,8 enfant par femme. En effet, elle ne s’applique qu’à l’ethnie dominante, les Han (90% de la population mais seulement 52% des naissances entre 2000 et 2005), et les familles rurales (plus de 50% de la population) ont « droit » à deux enfants (si le premier est une fille !), ainsi que -dans certaines provinces- les couples composés de deux enfants uniques. De plus, une dispense est possible pour les familles disposées à payer une amende, ce qui a permis à de nombreux Chinois aisés ou ayant les bonnes relations de contourner ce règlement. Enfin, un nombre croissant de femmes optent pour un -coûteux- accouchement à Hong Kong, où cette loi ne s’applique pas. Tout ceci n’arrange pas une « fracture sociale » en constant accroissement et qui préoccupe particulièrement les autorités.

La politique de l’enfant unique a été largement critiquée, bien sûr pour les problèmes éthiques qu’elle pose et les excès qu’elle occasionne (avortements et stérilisations forcés, abandons et infanticides de petites filles), mais aussi pour une « efficacité » finalement douteuse : l’essentiel de la baisse de fécondité constatée en Chine depuis cinquante ans s’est effectuée dans les années 1970 (de 5,75 à 2,75 enfants par femme) sous la politique du wan-xi-shao («mariage tardif, naissances peu rapprochées et peu nombreuses »), se poursuivant mais à un rythme plus lent depuis la mise en place de la politique de l’enfant unique en 1979. Les autorités chinoises affirment que la population serait supérieure de près de 400 millions sans cette politique ; difficile à vérifier, mais quand bien même ce serait le cas, n’y aurait-il pas eu des moyens moins drastiques d’atteindre cet objectif, notamment par un mélange d’éducation et d’information ?

Politique de l’enfant unique ou non, la pyramide des âges chinoise a connu au cours des cinquante dernières années un bouleversement sans précédent dans l’histoire ; son vieillissement est comparable, à l’échelle d’une ou deux générations, à ce qui s’est produit en Europe en cent cinquante ou deux cents ans, une politique extrêmement volontariste ayant accompagné une croissance économique rapide. D’un point de vue social, l’attention des familles est désormais concentrée sur des enfants choyés, ce qui bouleverse une société traditionnellement basée sur le respect des anciens. Sur le plan économique, les « populations dépendantes » ont glissé en une génération des enfants vers les personnes âgées et l’absence d’un système de retraites généralisé a incité de façon croissante les Chinois à épargner, les personnes âgées n’étant plus en mesure de compter sur le soutien de leurs enfants comme ils le faisaient traditionnellement. Ce problème du « quatre deux un » (quatre grands-parents et deux parents pour un enfant unique) fait peser sur les nouvelles générations un poids financier énorme, qui a récemment amené la ville de Shanghai a encourager les couples formés de deux enfants uniques à avoir deux enfants plutôt qu’un !

Quoi qu’il en soit et pour conclure sur une note plus gaie cet article aride et déprimant, ci-dessous deux observations plus personnelles qui jettent une lumière intrigante sur les conséquences possibles de cette politique :

  • Le déséquilibre croissant entre naissances de garçons et de filles (120 pour 100 actuellement) pose un problème sérieux ; le quotidien « China Daily », qui véhicule en langue anglaise les vues du parti communiste, s’inquiétait il y à quelques jours de l’obligation « mathématique » pour une partie des jeunes filles chinoises d’épouser des étrangers, et des « conséquences sociales négatives » (sic) que ceci pourrait avoir. On aimerait en rire mais vu le degré d’ouverture à la différence que nous avons constaté pendant notre séjour, on le croit sans difficulté…

  • Enfin, le syndrome du « petit empereur », enfant unique choyé par des parents d’une génération « laissée pour compte » par les années Mao, va poser un problème fondamental. Je n’aime pas dire du mal des enfants uniques (et pour cause, je n’ai ni frère ni soeur !) mais ceux qu’on a croisés ici étaient pour la plupart mal élevés, arrogants et franchement insupportables. Alors que la Chine a depuis trente ans basé sa croissance économique sur un réservoir de main d’oeuvre abondant, peu coûteux et prêt à supporter des conditions de travail terriblement difficiles pour économiser rapidement de l’argent, l’arrivée d’une nouvelle génération bien plus gâtée et exigeante va sérieusement changer la donne. Tout un modèle de développement à réinventer ?

Quelques grammes de finesse culinaire…

Posted in Cuisine, Voyage - Chine with tags , , , , , , , on 14 août 2009 by Placet

Voilà bientôt 2 mois que nous sillonnons la Chine du sud vers le nord et c’est le moment de dresser un petit panorama des découvertes culinaires chinoises.

Avant tout, il convient de casser un mythe : non, la cuisine en Chine n’a rien à voir, mais alors rien du tout, avec les plats proposés dans les restaurants chinois présents dans toute l’Europe. Et même si parfois on peut retrouver quelques lointaines ressemblances, il faut faire la chasse aux idées reçues : en Chine on ne mange pas (ou rarement) de rouleaux de printemps, le riz cantonais n’existe pas en tant que tel (mais plutôt sous la dénomination de riz frit ou sauté décliné en une grande variété de recettes) et n’est pas une spécificité chinoise puisqu’il est présent dans toute l ‘Asie du sud-est, et le canard laqué, qui est en réalité du canard rôti, est plus un repas raffiné qu’une sorte de viande bon marché, grasse et bourrée de petits morceaux d’os. La conception de la cuisine chinoise vendue aux occidentaux n’est pas du tout représentative de « la mosaïque des cuisines chinoises », mais plutôt de celle du nord du Vietnam.

Ceci étant clarifié, avouons maintenant que notre expérience a été très contrastée et s’est largement dégradée au fur à mesure de notre remontée vers le nord-est.

Le sud et la région de Canton nous ont séduits par les soupes de wontons (sortes de gros raviolis à la crevette ou à la viande) et aussi les succulents dim sum (l’équivalent de notre brunch du dimanche, qui mélange une quantité de plats souvent cuits vapeur, des raviolis à la crevette aux pieds de poule et tripes).

Quelques centaines de kilomètres plus au nord dans la région de Hangzhou, de la montagne jaune et de Tunxi, ce fut le tour des dumplings à tomber par terre. Ce sont de gros raviolis fourrés à toutes sortes de recettes, et cuits soit à la vapeur, soit dans un bouillon.

Mais subitement, Shanghai a marqué une limite franche et nette aux plaisirs gustatifs. Océan de chaînes de fast-food asiatiques dans lequel il est très difficile de repérer « la petite adresse »… la ville subissant une mutation si rapide qu’aucun guide n’arrive à rester à la page, si tôt le restaurant répertorié, que le bâtiment est détruit pour laisser la place à un complexe flambant neuf… une mort culinaire à petit feu.

Nos papilles, après avoir traversé 4 semaines d’encéphalogramme absolument plat, ont finalement connu une fête sans nom, alors que tout espoir était perdu et que nous ne rêvions plus qu’aux prometteurs sushis que le Japon n’allait tarder à nous offrir. Le graal est venu sous la forme inattendue du canard rôti (version authentique du canard laqué). Nous avons commandé notre canard et avons eu la joie de voir apparaître un chef cuisinier armé d’un couteau aussi tranchant qu’une lame de rasoir, qui a sous nos yeux découpé méticuleusement l’animal à la peau délicatement grillée, afin de le réduire en fines lamelles, qu’il a déposées soigneusement sur un lit de feuilles de salade. L’animal ayant revêtu ainsi une forme nouvelle, nous avons imité l’assemblée pour comprendre le processus de dégustation. Il faut d’abord se saisir d’une fine crêpe et étaler une couche de confiture à la prune, puis disposer de l’ail frais en purée, des bâtonnets de crudité, quelques grains de sucre et finalement, pièce de résistance, se saisir de quelques lamelles de canard et de sa peau grillée. Plier le tout pour former un petit burrito et savourer.

Une pure merveille ce canard ! Une harmonie parfaite de goûts : le plaisir de l’équilibre à l’orientale !

PHOTOS : http://www.flickr.com/photos/36264623@N08/sets/72157621766331975/detail/

 

NOS RECOMMENDATIONS POUR LES FUTURS VOYAGEURS :

Pour les fans de dim sum, voilà deux adresses à Hong Kong et Guangzhou (Canton) qui ne devraient pas vous laisser de marbre :

  • Tao Tao Ju Restaurant, 20 Dishipu Lu, Guangdong

  • Maxim’s Palace, City Hall, 3ème étage, Lower Block, Hong Kong City Hall, 1 Edinburgh Place, Hong Kong Island

Pour les fans de canard rôti (ou canard laqué), une adresse succulente à Pékin / Beijing:

  • Datong, n°3 Tuanjiehu Beikou, Chaoyang District

Et pour les dumplings, à compter parmi les meilleurs restaurants que nous ayons pu trouver dans toute notre vie (et ce qui ne gâche rien à prix absolument dérisoire – compter 6 euros pour un repas pour deux absolument gargantuesque constitué de 8 à 10 plats !!!) :

  • Meishi Renjia, 1 Lao Jie, Tunxi, Anhui Province

     

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