Archive for the Voyage – Argentine Category

Salta et Cachi, calme et verdure en altitude

Posted in Voyage - Argentine with tags , , , , , , , , , , , on 20 décembre 2009 by Placet

Route Salta-Cachi

Arrivés il y a deux jours à Salta, principale ville du nord-ouest argentin. Salta la linda (« la belle »), comme l’appellent les Argentins. Il est vrai que la ville, au coeur de la première route commerciale établie par les Espagnols au seizième siècle, a gardé de la période coloniale une architecture distinctive. Etonnant aussi d’arriver dans une « autre Argentine », qui commence à ressembler davantage à la Bolivie (ou l’idée que nous nous en faisons !) qu’au reste du pays : on monte progressivement en altitude (1 200 mètres), la population est nettement plus métissée et même la cuisine change : si les parrillas restent bien présentes, ce sont désormais les locros, humitas et tamales qui ont la vedette sur les cartes des restaurants.

Route Salta-Cachi

Un bus solide mais rustique

Mais ce qu’on aime surtout à Salta, c’est qu’on y retrouve un calme et un air pur qu’on avait perdus depuis la Patagonie. Buenos Aires et Cordoba, nos deux dernières étapes, étaient particulièrement agitées et plutôt bétonnées. Très agréable donc, mais ce n’est qu’une première étape puisque nous partons le lendemain pour Cachi, petite bourgade perdue dans les montagnes à 2 300 mètres d’altitude et environ 130km de Salta. Le voyage en bus dure quatre heures, soit une prometteuse moyenne d’environ 32km/h…. Arrivés de bonne heure à la gare routière, nous retrouvons une ambiance perdue depuis l’Asie du sud-est. Le bus est, comment dire, rustique, les gens s’entassent dans la carcasse aux vitres pleine de buée et une invraisemblable quantité de colis vient bientôt nous y rejoindre, dont une pile d’exemplaires du quotidien local que le chauffeur se chargera de distribuer à notre arrivée !

Route Salta-Cachi

Route Salta-Cachi, pause café

Par chance, nous sommes assis juste derrière le chauffeur, ce qui nous confère une relative tranquillité et surtout la possibilité de prendre quelques photos. Et cela en vaut la peine, tant les paysages de montagne que nous traversons sont exceptionnels. Notre vieux bus gravit tant bien que mal les lacets (plus de mille mètres de dénivelée tout de même !) et les paysages changent lentement sous nos yeux : plaines d’un vert intense, puis cactus gigantesques sur fond de roches rouges, auxquels succèdent des vallées pelées, puis des pâturages verdoyants et enfin une vallée lunaire aux roches multicolores. Entre temps, nous nous sommes arrêtés pour une pause café au milieu des chiens et des poules. Enfin un peu de dépaysement, et surtout un des plus beaux paysages depuis le début du voyage !

Trajet Salta-Cachi - que regardent-ils ?

Cachi le week-end

Le village de Cachi, où nous arrivons les reins broyés en fin de matinée, est lui aussi un complet dépaysement. Minuscule, il ne manifeste quasiment aucune activité en dehors de sa place centrale où les rares touristes somnolent aux terrasses de ses deux cafés pendant que les locaux bavardent ou jouent -pour les enfants- à l’ombre des arbres. Surtout, la siesta prend ici tout son sens, et ce qui ne s’est pas fait le matin devra attendre la fin de journée : commerces et office du tourisme affirment fièrement rouvrir à 16 heures mais à l’usage, ils le font quand ils en ont envie, et en aucun cas avant 18 ou 19 heures ! C’est alors que le village reprend vie : la température redevenue tolérable, les enfants sortent jouer, les commères commérer et les hommes prendre l’apéro…

Cachi

Route Salta-Cachi

D’abord saisis d’un étrange sentiment de vide après l’animation des étapes précédentes, nous sommes très vite apaisés par l’ambiance tranquille et nous mettons au rythme du village : assis à une terrasse où nous goûtons pour la première fois au mate de coca -excellent pour lutter contre les effets de l’altitude-, nous observons le lent déroulement de la vie locale. De l’arrivée du journal à la préparation d’un banquet en passant par la messe, l’apéro ou la réunion des supporters du club de foot, chaque événement prend une importance accrue. Non qu’il ne se passe rien, il se passe simplement une chose à la fois. Contrairement aux grandes métropoles où les sollicitations constantes incitent regard et attention à papillonner d’une scène à l’autre sans s’arrêter sur aucune, on peut ici poser son regard sur des choses plus anodines et prendre le temps de les suivre, regarder des interactions se développer, comprendre qui est qui dans le village… Une sorte de film au ralenti où on connaît moins vite la fin de l’histoire, mais où on remarque tous les détails amusants, étonnants ou parfois croustillants invisibles dans la version normale…

Plateau aux environs de Cachi

Trajet Salta-Cachi

Un vécu plus « qualitatif » facilité également par la proximité : lorsqu’une marche de trente mètres suffit à réserver un ticket de bus contre deux heures aller-retour à Buenos Aires, on a beaucoup plus de temps pour se détendre, réfléchir et surtout faire travailler son imagination… Plus facile à énoncer qu’à mettre en place au quotidien, mais une réflexion instructive et deux jours vraiment différents dont nous avons pleinement profité !

Plateau des environs de Cachi

En conclusion, la seule difficulté de ce petit séjour aura été de photographier les cactus sur la route. En neuf mois de voyage, nous avons appris à photographier un peu de tout pendant nos trajets en bus, à éviter tant bien que mal les reflets des vitres et même à prendre en compte la vitesse du bus pour déclencher au bon moment. Les montagnes, les maisons en bord de route, les chiens errants, les panneaux de signalisation, les couchers de soleil et les scènes à l’intérieur du bus, rien ne nous échappe. Mais le cactus, c’est vraiment un monde à part : si on ne zoome pas assez, il se fond dans le paysage et la photo est ratée ; si on zoome trop, le cactus tout en hauteur refuse de rentrer dans le cadre.. En plus, son temps de passage dans le viseur est très rapide puisqu’on doit cadrer verticalement – à peine entré dans le cadre, déjà disparu… Un vrai casse-tête ! Pas grave, on devrait pouvoir photographier des cactus stationnaires dans le désert de l’Atacama – on vous tient au courant !

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« Sur les murs de Buenos Aires » : suite de la série !

Posted in Nos créations, Voyage - Argentine with tags , on 15 décembre 2009 by Placet

Nouveau passage à Buenos Aires et nouvelle session de « prélévements » au hasard des rues de bribes d’affiches collées à la sauvette. Quel bonheur de retrouver la poésie des murs de la capitale et de la voir se reconstituer graduellement sur la toile, puis d’ajouter au pinceau une touche plus personnelle !

Rappel de mes impressions lors de notre premier passage :  http://anneetdavid.wordpress.com/2009/11/13/en-avant-premiere-nouvelle-serie-de-peintures-%c2%ab-sur-les-murs-de-buenos-aires-%c2%bb/

Ci-dessous, venez découvrir cette série en images et n’hésitez pas à me laisser vos remarques et impressions, elles me sont très utiles pour continuer !

"Esperanza", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

"Hommage au père du tango", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

"Portenos", collage et aquarelle sur papier, 40x30cm, ©Anne Placet 2009

"Evita", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

"Walter, hommage aux émigrés italiens", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

"Argentina", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

"Wall", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

"31 de Octobre", collage et sur toile, 45x45cm, ©Anne Placet 2009

"Besoin d'aide ?", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

"Buenos Dias", collage et encre sur papier, 40x30cm, ©Anne Placet 2009

Et pour finir un petit pied de nez nombriliste :

"Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage", collage et acrylique sur toile, 50x70cm, ©Anne Placet 2009

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Buenos Aires, nouvel eldorado de l’industrie cinématographique ?

Posted in Voyage - Argentine with tags , , , , , on 12 décembre 2009 by Placet
Hola,

Buenos Aires - tournage de film (San Telmo)

En manque de temps pour écrire de longs articles, nous avons choisi de partager avec vous une amusante rencontre faite la semaine dernière dans les rues de Buenos Aires. Tentant de rejoindre notre café favori en fin d’après-midi, nous avons trouvé la rue qui y mène fermée à la circulation et une poignée de badauds observant dans la bonne humeur des filles en jupe suspendues à une sorte de treuil. Dans le même temps, le magasin de vêtements du coin de la rue avait été transformé en pâtisserie et un puissant éclairage créait une lumière intéressante sur le trottoir luisant après le passage de la pluie.

Renversant...

Buenos Aires - préparatifs de tournage

Une fois certains que la voie était libre vers notre lieu de repos préféré (pas évident à première vue), nous avons décidé d’observer un peu le tournage. Eclairages intéressants, degré variable d’implication des assistants, et micro-scènes et interactions amusantes au sein de l’équipe de tournage. Mais ce n’est que lorsque la scène suivante a été tournée que nous avons compris ce qui captivait vvraiment la foule : les assistants qui portaient dans leurs bras les actrices s’étant éloignés, une rafale d’air souleva allègrement les jupes des demoiselles, effet apparemment recherché pour accompagner le semblant de dialogue entre les acteurs principaux… Artifice intéressant à défaut d’être très naturel, dont on n’est pas sûr d’avoir entièrement saisi la signification. Quoi qu’il en soit, après une bonne dizaine de (re)-prises, on se dit qu’on n’aurait pas aimé être à la place de ces actrices harnachées en petite tenue dans le froid et la grisaille de la capitale, entourée d’une foule aux aguets guettant le moindre mouvements de tissu… 

Buenos Aires - tournage de film

Préparatifs (bis)

Seule scène de tournage qu’on a vue pendant notre séjour à Buenos Aires, difficile donc de de tirer des conclusions hâtives ; toutefois, entre des coûts de tournage faibles permis notamment par une monnaie bien mal en point et des rues pleines de caractère, la ville semble avoir un bel avenir comme lieu de tournage de films…

Entre deux prises

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D’une pelouse à l’autre – en (quasi-) direct du Campo Argentino de Polo

Posted in Nos créations, Voyage - Argentine with tags , , , , , , , , , , on 9 décembre 2009 by Placet
NB : en avant-première dans cet article, j’ai enfin fait scanner -pour la première fois du voyage- quelques photos noir et blanc shootées en argentique. Petit échantillon et scan de qualité moyenne, mais c’est un premier aperçu ! Avec un peu de travail au retour, on prévoit une petite exposition et un livre de nos travaux respectifs – affaire à suivre !
 

Argentine Open

Deuxième séjour à Buenos Aires et nouvelle excursion pour assister à une épreuve sportive, cette fois-ci dans une ambiance radicalement différente : finis les cris, les chants et les insultes des stades de foot, place au glamour et à l’ambiance policée du polo. Par chance, notre retour dans la capitale argentine coïncidait en effet avec la phase finale du championnat de polo. A peine arrivés et avant que le temps ne se gâte, nous avons bondi sur l’occasion, sauté dans le métro et nous sommes rendus au stade de Palermo, dans les quartiers huppés du nord-ouest de la ville.

Campo Argentino de Polo

Avant même d’évoquer l’ambiance, qu’est-ce qui change par rapport au foot ? Quatre joueurs par équipe au lieu de onze, une toute petite balle contre une grosse, un terrain bien plus grand (forcément, ce sont les chevaux qui courent) et des parties découpées en séquences beaucoup plus courtes : huit séquences de sept minutes chacune (les chukkas ou chukkers) contre deux mi-temps de quarante-cinq au football (simple rappel pour nos lectrices). Pas facile à suivre -et encore moins à photographier- car on est le plus souvent très loin de la balle, mais la rapidité des chevaux et la maîtrise des joueurs sont impressionnantes.

Argentine Open - Campo Argentino de Polo

Campo Argentino de Polo

Au fait, d’où vient le polo ? S’il a souvent une image très britannique, le polo est en fait apparu pour la première fois en Perse, quelques siècles avant notre ère. D’abord jeu d’entraînement pour unités de cavalerie et bataille miniature pour tribus guerrières, il est devenu le sport préféré de la noblesse iranienne des deux sexes avant de s’étendre au Moyen Age à l’ensemble du continent asiatique. Le nom polo serait d’ailleurs dérivé du tibétain pulu, qui signifie « balle ». A la fin du 19è siècle, des soldats anglais qui pratiquaient le polo à Calcutta l’ont exporté vers l’Angleterre, qui s’est hâtée de codifier les règles sur la base desquelles elle a contribué à lui donner un rayonnement mondial. Sport olympique entre 1900 et 1939, le polo a ensuite vu sa popularité décliner (sport élitiste, mal adapté à la diffusion TV) au point de n’être plus pratiqué professionnellement que dans une quinzaine de pays. Il connaît toutefois un net regain de popularité depuis quelques années, notamment en Asie du sud-est.

Argentine Open

Argentine Open - Campo Argentino de Polo

Aucun souci d’assiduité en Argentine, le pays domine le polo au niveau mondial, organise les trois principaux tournois et continue à former les meilleurs joueurs ! Le 116è Argentine Open s’annonce donc très relevé, les huit équipes participantes ont un classement d’au moins 31 et jusqu’à 40 (le maximum possible) pour les meilleures. Et dès le premier match, nous sommes impressionnés par la qualité du spectacle : les joueurs n’hésitent pas à écarter le jeu et à imposer à leurs chevaux courses folles et changements de direction brutaux, et les contacts ne sont pas rares. Le jeu est très construit, chaque joueur à son rôle (organisateur, attaquant, défenseur) et des buts très rapides succèdent à des phases de jeu beaucoup plus longues où aucune équipe ne parvient à faire la différence. Les chevaux sont constamment sollicités et les joueurs changent fréquemment de monture, parfois en cours de jeu.

Argentine Open - préparation des chevaux

Nous avons d’ailleurs passé de longs moments à l’écart du terrain à observer l’équipe qui prépare les chevaux, les harnache et les soigne ou réajuste leurs fers lorsqu’ils reviennent se reposer, ruisselants, après de longues courses échevelées. Moments pleins de calme et de sérénité où les jeunes assistants comme le maréchal-ferrant arrivent à créer une relation de confiance avec des chevaux parfois nerveux afin que ceux-ci, une fois en piste, obéissent parfaitement aux commandes des joueurs. Une gamme de montures performantes est d’ailleurs essentielle à la compétitivité d’une équipe, et nous avons été surpris de voir que chaque joueur participant au tournoi utilisait plus d’une dizaine de chevaux, dont les caractéristiques et l’ascendance sont soigneusement détaillées dans la brochure de présentation des équipes. Une industrie significative et certainement lucrative de la reproduction et de l’élevage s’est d’ailleurs développée autour du polo et certaines des équipes se financent en partie de cette façon.

Campo Argentino de Polo

Argentine Open

Spectacle unique en tout cas et complètement nouveau pour nous, avec même un peu de suspens dans le dernier match auquel nous avons assisté et qui a vu la victoire des outsiders Indios Chapaleufú sur Ellerstina, le favori du tournoi qui n’avait plus été battu depuis douze matches en tournois officiel. Score final de 14 à 13, 13 buts marqués par Ellerstina contre 8 à Chapaleufú mais le handicap de 6 points avec lequel Ellerstina débutait la partie (handicap d’équipe de 40 contre 34) lui a été fatal… Scènes d’après match détendues et chaleureuses dans le stand des vainqueurs, avec des enfants courant dans tous les sens alors que conjoints et amis viennent féliciter les joueurs couverts de poussière. Ambiance plutôt familiale, renforcée par le fait que les meilleures équipes sont constituées en partie (voire en totalité pour une des équipes inscrites) de joueurs de la même famille. Un sport décidément à part !

Argentine Open - ambiance des gradins

Argentine Open - public

Un petit bémol pour terminer sur l’ambiance : à notre première visite notamment, l’atmosphère était plus proche d’une garden party que d’une épreuve sportive et on en aurait presque oublié d’aller voir le jeu tant le spectacle était cocasse sur l’allée centrale et dans les stands des sponsors. Le stade ressemblait alors à une concession Mercedes et le public, digne du festival de Cannes, semblait plus soucieux de networker ou de s’afficher (bizarrement, beaucoup de femmes très jeunes et tentant d’être jolies et de monsieurs plus âgés et très fiers) que de profiter du spectacle sur le terrain. On se serait cru en deuxième semaine de Roland-Garros – bof bof. Même si une bonne dose de « réseautage » est indissociable de ce type d’événements, on était assez contents à notre second passage, un jour de semaine, de retrouver un public plus passionné et des gradins enfin animés. On reste loin de l’ambiance footeuse du superclasico, mais on s’éloigne un peu de Gala et Paris Match !

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Première traversée des Andes…

Posted in Voyage - Argentine, Voyage - Chili with tags , , , , , , , on 1 décembre 2009 by Placet
Peu de temps ces derniers jours pour écrire tranquillement, alors nous vous proposons quelques photos de notre première traversée des Andes (en bus, rien de particulièrement sportif :-)…). Trajet très agréable entre Santiago de Chile et Mendoza, avec une symétrie amusante de part et d’autre des Andes puisque nous avons débuté notre trajet au milieu des vignes chiliennes et l’avons terminé par la traversée de leurs concurrentes argentines.

Cordillère des Andes - versant chilien

Cordillère des Andes - versant chilien

Si les vignobles de la région sont sans doute plus spectaculaires en automne ou en hiver, le passage des Andes est particulièrement impressionnant. Route de montagne rugueuse et très abrupte côté chilien, avec beaucoup de lacets serrés dans un décor de roches et de neige assez gris. On passe devant la station de ski de Portillo, célèbre pour avoir accueilli les championnats du monde de ski alpin en 1965 et pour servir désormais de terrain d’entraînement estival à plusieurs équipes nationales. Le terrain se fait de plus en plus gris et « lunaire » à l’approche de la frontière, on n’est pourtant qu’à 3 000 mètres d’altitude à peine.

Cordillère des Andes - versant argentin

Cordillère des Andes - versant argentin

Après un passage de douane amusant et des contrôles plus procéduriers que stricts, le paysage change immédiatement sur le versant argentin, avec une plaine buissonneuse et des massifs montagneux plus colorés que du côté chilien – ou est-ce le soleil qui s’est levé ? Les enseignes usées des quelques auberges et hôtels en bord de route nous rappellent dans un joyeux désordre que nous sommes (pour notre plus grand plaisir !) de retour en Argentine. Le contraste est net avec l’aspect sérieux ascendant rigide de Portillo et symbolise de façon amusante l’ambiance profondément différente de deux pays pourtant voisins – nous y reviendrons. Encore quelques heures de voyage tranquilles et nous arrivons dans la chaleur étouffante de Mendoza, ville plus calme et jolie que passionnante.

Cordillère des Andes - versant argentin

Cordillère des Andes - versant argentin

Un peu de repos avant de passer la journée du lendemain à sillonner en vélo les vignobles des environs. Rien de particulier à signaler à ce propos, les vignobles sont agréables et les vignerons très accueillants, mais les vins que nous avons goûtés ne nous ont pas laissé un souvenir impérissable (peut-être avions nous des attentes trop élevées ?). Il a par contre, sur le chemin du retour, donné des ailes à Anne qui pédalait fort difficilement avant nos premières visites de caves. La prochaine fois, nous programmerons notre première dégustation après cent ou deux cents mètres, et nous devrions avoir le temps d’en faire beaucoup plus !

Bodega La Rural - Mendoza

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Carnet de route patagonien, quatrième partie : Ushuaia, un étonnant « bout du monde »…

Posted in Economie & Finance, Voyage - Argentine with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 26 novembre 2009 by Placet

Aéroport d'Ushuaia

Après les immenses plaines battues par le vent d’El Calafate, allions-nous trouver avec le « bout du monde » d’Ushuaia et de la Terre de Feu un endroit encore plus sauvage et défiant l’imagination ? Réponse en arrivant à l’aéroport d’Ushuaia après un vol nettement moins passionnant et plus chaotique que le précédent : plus sauvage pas sûr, différent sans doute…

Ushuaia by night

Si El Calafate surprend par l’immensité qui l’entoure et que souligne le très long trajet depuis l’aéroport, Ushuaia est au contraire coincée entre le canal de Beagle et une série de cerros (monts) enneigés. La ville, initialement limitée à quelque bâtiments sur le front de mer, semble s’être progressivement insinuée sur les flancs des collines environnantes puis en direction du petit aéroport. Les maisons, de toutes les couleurs et de toutes les formes, ont pour seul point commun une structure étonnante de bois et de tôle ondulée et l’architecture, de plus en plus hétéroclite à mesure que l’on s’éloigne du centre, reflète le développement récent et hâtif de la ville.

Phare des Eclaireurs

Ushuaia sous la neige

L’histoire d’Ushuaia est finalement assez proche de celle de la Patagonie dans son ensemble : au début vivaient les Indiens Yahgan, installés en Terre de Feu il y à plus de dix mille ans. Puis vinrent les Européens, navigateurs et aventuriers, qui gardèrent un rôle relativement mineur jusqu’au 19è siècle, lorsque la nouvelle république argentine décida de coloniser les territoires du Sud et de développer l’élevage ovin. On envoya alors des missionnaires pour évangéliser les populations indigènes avant de passer à des méthodes plus radicales devant le peu de succès de leurs initiatives et le besoin aigu de terres pour les troupeaux. Les oreilles puis la tête des Yahgan furent mises à prix et la population indigène déclina très rapidement. Les missions fermèrent faute de candidats à l’évangélisation et Ushuaia, fondée en 1884 par des missionnaires anglicans, se réinventa ironiquement en prison en 1902. Alors que les estancias fleurissaient alentour grâce au prix élevé de la laine, les détenus construisaient progressivement la ville sous une surveillance limitée, tant les barrières naturelles à l’évasion étaient fortes. Mais la prison ferma en 1947 et la ville, à l’image de la région, peina à se réinventer jusqu’aux années 1970.

Estancia Harberton

Ushuaia ne comptait ainsi que 5 000 habitants lorsque le gouvernement argentin décida en 1972 de faire de la Terre de Feu une zone économique spéciale à l’aide notamment d’une série d’incitations fiscales. Cette initiative originale (deux autres seulement ont été mises en place en Amérique latine – les maquilas mexicaines et la SEZ de Manaus au Brésil) entraîna rapidement l’installation de nombreuses entreprises asiatiques (Sanyo, Samsung) et argentines (Teltron) du secteur de l’électronique et permit à la région de se réinventer en centre d’assemblage de TVs HD ou de téléphones mobiles. La plupart de ces groupes choisirent toutefois Rio Grande, l’autre centre urbain de la Terre de Feu, et on assista ainsi à une bipolarisation de l’économie régionale avec l’industrie au nord-est et le tourisme et l’administration à Ushuaia. 

Estancia Harberton - bidons rouillés

Si on ajoute une dose de pétrole et surtout de gaz sur les côtes de la Terre de Feu et une industrie du crabe et de la crevette florissante, la région se porte plutôt bien et cette forte croissance commence en fait à poser de sérieux problèmes. La population est passée à 45 000 habitants en 2000 et désormais 65 000, les prix de l’immobilier ne cessent d’augmenter et de nombreux jeunes sont condamnés à vivre de plus en plus longtemps chez leurs parents. La rançon du succès en quelque sorte.

Estancia Harberton

Le principal dilemme actuel d’Ushuaia consiste toutefois à gérer précautionneusement sa manne touristique de « bout du monde » tout en rappelant que l’Argentine ne s’arrête pas là et en se positionnant comme point d’accès privilégié vers l’Antarctique, prochain enjeu économique majeur de la région. Ushuaia a en effet durement lutté, mêlant publicité racoleuse et recours administratifs, pour ravir le titre de « ville la plus au sud de la planète » à Puerto Williams, base navale chilienne située au sud du canal de Beagle mais apparemment trop petite, avec 2 000 habitants, pour être considérée comme une « ville » (allez savoir !). Victoire très lucrative certes, mais avec la croissance du tourisme en Antarctique et surtout sa richesse en ressources naturelles, c’est avec Punta Arenas, son alter ego chilien qu’Ushuaia est désormais en compétition pour s’affirmer comme le principal point d’accès vers l’Antarctique. Une ville au profil très similaire à Ushuaia, qui a depuis longtemps servi de « tête de pont » aux ambitions chiliennes dans la région, de colonie pénale et de point d’accès vers la mer. Affaire à suivre !

Estancia Harberton - épave

Enfin, laissant de côté l’avenir de la région pour retourner un peu dans son histoire et son passé, nous avons décidé de passer une nuit à l’estancia Harberton, située à l’est d’Ushuaia sur l’embouchure du canal de Beagle. Fondée en 1886 par Thomas Bridges, un missionnaire anglican qui a consacré sa vie à l’étude des Indiens Yahgan et de leur langue, l’estancia est désormais gérée par ses descendants (troisième génération) et partagée entre le tourisme et un centre de biologie marine. Nous y avons passé un moment très rafraîchissant à de nombreux égards, à nous promener dans la baie et les collines au creux desquelles l’estancia est nichée, parcourir le dictionnaire Yahgan élaboré par Thomas Bridges près du poêle de la petite cabine où nous logions et partager un dîner surréaliste avec les propriétaires de l’estancia. Rappel étonnant de l’histoire de la région, de ses immigrés européens qui y recréent jardins anglais et ambiance de salon de thé et plus généralement d’un univers suranné de « grands propriétaires terriens » qui nous rappelle que les traditions démocratiques et égalitaires sont décidément bien récentes et fragiles dans certains pays… Une aventure hors du temps qui se terminera par une course sous la neige pour attraper le seul bateau de la journée qui nous ramène vers Ushuaia, avec dans la tête squelettes de pingouins et fanons de baleine (ainsi que des odeurs de formol !) suite à notre visite du passionnant musée Acatushun créé par les gérants d’Harberton et dédié aux mammifères marins de la Terre de Feu. On a beaucoup appris sur les manchots et autres cétacés pour lesquels Anne s’était passionnée dans un article précédent (voir http://anneetdavid.wordpress.com/2009/11/09/argentine-ushuaia-le-bout-du-monde-et-ses-etranges-habitants/) !

Estancia Harberton - hangar à bateaux

Voilà, un séjour à part dans un environnement fascinant, rendu plus unique encore par la demi-lumière qui règne en permanence sur Ushuaia et ses environs – même le froid, que nous avons parfois maudit, et la neige fréquente ont contribué à rendre ces quelques jours plus mémorables encore. Avec 40°C à Mendoza, on regretterait presque la fraîcheur australe… Rendez-vous dans quelques jours pour quelques dernières réflexions et anecdotes sur la Patagonie !

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Carnet de route patagonien, troisième partie : El Calafate, immensité battue par le vent, chiens errants et glaciers bleutés

Posted in Voyage - Argentine with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 novembre 2009 by Placet

Vol Bariloche - El Calafate : Cordillère des Andes

Après un incroyable trajet en bus entre Buenos Aires et Bariloche, nous aurions volontiers renouvelé l’aventure pour nous rendre à El Calafate, située à 1 500km au sud, en direction de la Terre de Feu. Ceci nous aurait en plus permis de suivre la Ruta 40, réputée à la fois pour son aspect particulièrement sauvage et pour avoir été dans les années 50 l’épine dorsale de la traversée de l’Amérique Latine du jeune Ernesto Guevara, qui a relaté la naissance des son idéal révolutionnaire dans les Diarios de Motocicleta (« journal à moto »). Las, les liaisons en bus étant extrêmement longues et malaisées, nous nous sommes résolus à voler. Bien nous en a pris, nous avons eu la chance de survoler la Cordillère des Andes pendant plus d’une heure et demi sous un soleil superbe. Sympa !

Vol Bariloche - El Calafate : Cordillere des Andes

El Calafate

L’histoire et le développement d’El Calafate, étrange petite ville perdue au milieu d’une immense étendue (plus de 300 km la séparent de la localité la plus proche), sont étroitement liés à ceux de la Patagonie dans son ensemble. El Calafate fut officiellement fondée en 1927 pour servir de plate-forme à l’élevage et au commerce ovins, alors activités principales de la région. L’âge d’or de ceux-ci (1890-1920) étant derrière eux, la ville s’est développée lentement jusqu’au dernier quart du vingtième siècle, lorsque la Patagonie a décidé d’axer son développement sur le tourisme au détriment de l’élevage ovin, pénalisé par l’effondrement des prix de la laine.

El Calafate

Paradoxalement, c’est la crise financière de 2001 qui a donné son véritable essor à la population de la ville, qui a triplé en huit ans. De nombreux habitants de Buenos Aires, sans perspectives dans la capitale, sont venus dans le sud pour tenter de profiter de la manne touristique engendrée par la dévaluation du peso en ouvrant des bed and breakfasts et des restaurants. La ville qui compte désormais 20 000 habitants et est desservie par un (minuscule) aéroport, est devenue un point de passage quasi-obligé pour les randonnées vers le glacier Perito Moreno et le massif montagneux d’El Chalten et offre même des excursions vers le parc chilien de Torres del Paine. Pas mal pour une ville affublée du nom d’une baie sauvage (le « calafate », sorte de grosse myrtille) et qui a mis vingt ans à compter plus de cent habitants permanents !

Lac d'El Calafate

Jeu de cerf-volant à El Calafate

Miracle de ce développement effréné, la ville a conservé un aspect désordonné et sauvage qui prend tout son sens dès qu’on sort du minuscule centre-ville. Les maisons sont petites, clairsemées et souvent construites à la va-vite -mélange de tôle et de bois-, et moins de cinq minutes de marche suffisent pour se retrouver en pleine nature. Pour la première fois, nous avons eu l’impression de découvrir un espace réellement sauvage, une immensité battue par le vent et où seuls les chiens semi-errants et néanmoins sympathiques venaient accompagner notre promenade. Un sentiment de liberté difficile à décrire, mais qui nous a saisis et donné l’impression d’être de vrais aventuriers alors que nous avions marché à peine un ou deux kilomètres, le temps de nous égarer du côté du cimetière et de la décharge municipale !

El Calafate

El Calafate

Un paysage magnifique donc, immense et libérateur, mais aussi brutal et sans merci. Presque autant que de nous promener chaque jour dans la plaine environnante, nous avons apprécié de regagner le petit hôtel en rondins tranquille et bien isolé dans lequel nous logions. Le calme et la chaleur ont une tout autre saveur lorsqu’on revient d’une longue promenade dans un vent glacial :-) Un séjour magique et apaisant, rendu plus spécial encore par les journées très longues (pas de coucher de soleil avant 22h00) qui permettaient de sortir et profiter d’un éclairage différent à de nombreuses reprises – on serait bien restés plus longtemps !

 

Glacier Perito Moreno

Glacier Perito Moreno

Enfin, nous nous sommes arrachés au confort d’El Calafate pour rendre visite au superbe glacier Perito Moreno, célèbre pour ses énormes blocs de glace bleutés. Un des plus vastes glaciers de Patagonie, Perito Moreno présente effectivement un front immense (près de 5 km) pour une hauteur émergée de plus de 60 mètres, qu’on peut au choix observer d’une plate-forme terrestre ou d’un bateau ou y randonner en crampons. Nous avons choisi l’option la plus simple, étant avant tout curieux d’observer les étonnantes couleurs du glacier. Difficile à transcrire en images, le bleu n’étant traditionnellement pas la couleur la mieux captée par les appareils photo, mais nous avons fait de notre mieux avec une lumière changeante…

Glacier Perito Moreno

Glacier Perito Moreno

Point notable en ces temps de réchauffement climatique, Perito Moreno est également un des rares glaciers de Patagonie à croître régulièrement, nourri par la fonte des neiges des Andes. D’un point de vue touristique toutefois, l’attrait principal du glacier réside dans les énormes blocs de glace qui se détachent régulièrement de sa façade dans un bruit de tonnerre ; si les ruptures totales du front du glacier sont rares (tous les quatre ans environ), les détachements de blocs sont en effet réguliers et font la joie des touristes présents ; nous aurions volontiers enregistré un film pour en partager les bruits avec vous, mais ceux-ci, souvent lointains, sont systématiquement couverts par les « Ooohh », « Aaahh » et « C’est beau » (les Français étant apparemment les plus nombreux ou les plus vocaux) des touristes présents, ce qui n’est pas particulièrement dépaysant…

Enfin, pour ceux et celles que ce cet article a alléchés, les chaînes montagneuses proches d’El Chalten (côté argentin) et Torres del Paine (au Chili) offrent des randonnées exceptionnelles. Le mauvais temps nous a empêché d’en profiter cette fois, mais nous avons depuis appris que quiconque goûte au calafate durant son séjour reviendra en Patagonie. A en croire la quantité de confiture de calafate que nous avons ingurgitée à Ushuaia, ce n’est pour nous que partie remise !

Et pour Ushuaia et la Terre de Feu, rendez-vous dans quelques jours…

Glacier Perito Moreno

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2009. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

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