Archive for the Marketing & Tendances Category

Tabac et différences culturelles, ou comment parler aux Brésiliens

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Brésil with tags , , , , , , , , , , , on 21 février 2010 by Placet

 Non, la mondialisation n’est pas si avancée… Et les différences culturelles demeurent (heureusement). Illustration avec l’image ci-dessous, que nous ne cessons de croiser depuis trois semaines au Brésil :

Brésil - message choc

Comme vous l’avez peut-être deviné, il s’agit de l’arrière d’un paquet de cigarettes brésilien (on trouve le même motif sur des affiches de prévention dans la rue). Le tabac et son impact en matière de santé sont un sujet est grave et il ne s’agit pas d’en plaisanter, mais deux choses nous ont tout de même interpellés. Le rôle essentiel de l’image au détriment du texte tout d’abord (apparemment, l’image devrait apparaître en France à la fin de l’année, mais plus petite). Culture de l’image plus que de l’écrit donc ? Probable sur ce que nous avons observé par ailleurs, mais à confirmer. Ce qui ne fait par contre aucun doute, c’est que la menace santé brandie sur les paquets n’est pas du tout la même ici qu’en Europe : si maladie et mortalité apparaissent en priorité sur le Vieux Continent, la plupart des affiches et paquets (pas tous, mais une impressionnante majorité de ceux que nous avons vus) reflètent ici une préoccupation nettement plus immédiate (et masculine). On sait maintenant ce qui préoccupe en priorité les Brésiliens :-) Enfin, tous les spécialistes du marketing et de la pub vous le diront, l’essentiel, c’est de s’adapter à son audience…

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

Idées business venues du Japon

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Japon with tags , , , , , on 19 octobre 2009 by Placet

Lors de nos promenades dans les villes japonaises, nous avons été interpellés par la présence de nombreux (très nombreux) distributeurs de boissons froides. L’été japonais est très humide et chaud et ils sont donc très utilisés. Vous devez  penser qu’il n’y a rien de très extraordinaire à cela, nous avons les mêmes en Occident. Peut-être, mais pas tout à fait… Il m’a semblé voir là des idées business potentiellement très intéressantes :

1. Le distributeur a un look bien différent et s’intégre beaucoup plus facilement au décor urbain, car il est plus petit.

Distributeur de boissons au Japon

Distributeur de boissons au Japon

2. L’offre produit est aussi assez différente : les boissons gazeuses "traditionnelles" (Coke, Pepsi, etc), l’eau, mais aussi le café froid ou le thé. Une offre beaucoup plus large que celle aperçue dans les villes européennes.

Une offre de boissons beaucoup plus large qu'en Europe

Une offre de boissons beaucoup plus large qu'en Europe

3. Les eaux vitaminées : elles font un tabas ! Vous pouvez juste en buvant un demi litre faire le plein de vitamines et sels minéraux, selon vos besoins santé. Danone qui se  targue d’avoir un portefeuille de produits tourné vers le bien-être et la santé n’en a toujours pas lancé… Etonnant, il y a pourtant bien là un énorme potentiel, à l’heure où des marques de smoothies comme Innocent font un malheur au Royaume-Uni, le consommateur est donc toujours à l’affût de ces produits magiques qui corrigent les carences des modes d’alimentation occidentaux. Et en plus, ces eaux vitaminées ont très bon goût, ce qui ne gâche rien !

Gamme d'eaux vitaminées japonaises

Gamme d'eaux vitaminées japonaises

4. Le thé froid sans sucre : les Japonais l’adorent (et moi aussi) que ce soit du thé vert glacé ou du thé à l’orge, on en trouve partout. Bénéfice santé évident, absence de sucre et d’édulcorant, il pourrait facilement voler des parts de marché à un Lipton glacé hyper-sucré.  Voilà un lien vers la marque phare Asahi (vous la connaissez peut-être pour ses bières) : http://www.asahiinryo.co.jp/16cha/top.html

Anciens collégues, marketeurs de produits de grande consommation, qu’en pensez-vous ?

Les Japonais adorent la France

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Japon with tags , , , on 19 octobre 2009 by Placet

Quand les Japonais vous demandent d’où vous venez et vous répondez de France ou encore plus de Paris, une émotion vive s’affiche sur leurs  visages. Vous les comblez de joie !!

La France les fait rêver et Paris plus encore. L’architecture, les petites rues pavées, les vitrines de boulangerie, la mode… Au Japon, les villes ont été détruites pendant le boom économique d’après la Seconde Guerre Mondiale, et du flambant neuf a été bâti pour remplacer les vieilles maisons traditionnelles.  Alors, les images des villes européennes, où les vieux bâtiments sont partie intégrante de l’urbanisme, font rêver.

Cet amour de la France est visible à beaucoup de coins de rue, où nous croisons sans cesse des vitrines, affiches, pancartes aux noms français ou même de petites boulangeries. Avis aux entrepreneurs francophones en mal d’expatriation, il y a bel et bien là un beau potentiel !

L’Asie : pas si zen que ça ?

Posted in Marketing & Tendances with tags , , , on 17 septembre 2009 by Placet

Voilà quelques années que la zen attitude déferle sur l’Occident, vous l’avez remarqué articles de magazines et livres s’offrent à profusion sur les étalages des librairies. Et elle reprend encore du galon en période de crise alors que notre modèle économique et social est remis en cause : y-aurait-il là une solution ?

Curieusement, après six mois à silloner l’Asie, nous avons trouvé les gens assez stressés, notamment à Hong Kong et en Chine. Petite anecdote répétée plusieurs fois par jour : dans les ascenseurs après chaque arrêt à un étage, il y a toujours au moins une personne qui se jette littéralement sur le bouton "fermeture immédiate des portes" pour pouvoir repartir plus vite vers sa destination. Et si par hasard vous êtes dans le couloir à quelques mètres de l’ascenseur et souhaitez y monter, ne rêvez pas, il faudra attendre le prochain, car le bouton "maintenez la porte ouverte" n’est pas très connu semble-t-il… On vous la ferme plutôt au nez.

Plus sérieusement, et sans cynisme cette fois-ci, cet "esprit zen" dont on nous parle tant en Europe n’est qu’un concept marketing  un peu vide, une sorte de relaxation qui se veut art de vivre, et n’a absolument rien à voir avec le vrai sens du Zen en Orient. Ce dernier n’est en rien une simple réponse au stress, mais plutôt une vision globale de la vie dérivée de la spiritualité Bouddhiste. Une vraie énigme pour les esprits occidentaux, bercés dans la pensée judéo-chrétienne !

 Pour les plus motivés d’entre vous, le livre de référence au Japon, dont je me suis promis de faire l’acquisition est Les Chemins du Zen de Daisetz Teitaro Suzuki.

Si par hasard vous l’avez déjà lu, n’hésitez pas à laisser vos commentaires ci-dessous et pour les autres : Bonne Lecture !

La mode japonaise – en direct de Tokyo avec style

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Japon with tags , , , , on 9 septembre 2009 by Placet

Vous avez tous croisé des japonais en visite en Europe et certainement avez remarqué que leur look était particulièrement soigné, les accessoires jouant un rôle primordial.  Ils sont fans de : chapeaux, bretelles, ceintures, sacs trendy, chaussures aux coupes fantastiques…

Peut-être avez vous noté aussi les superpositions de vêtements de différentes formes, couleurs, comme par exemple les gilets de costume sur t-shirts.

Pour en savoir et voir davantage, voilà un blog fantastique rédigé par une photographe de mode de Tokyo, qui a pris l’habitude de sillonner les rues de la capitale japonaise à l’affût des fashionistas. Elle fait le portrait de ceux qui attirent son attention et les poste sur son site.

Régalez-vous en images :

http://stylefromtokyo.blogspot.com/2009/09/on-street-harajuku.html

A propos de martiens et d’un éléphant cycliste

Posted in Marketing & Tendances, Voyage - Chine with tags , , on 7 septembre 2009 by Placet

Nous rencontrons un féroce succès auprès des Chinois qui n’ont pas le loisir de croiser des occidentaux tous les jours, à cela ajoutez des cheveux blonds et des yeux bleus et vous comprendrez vite que vous leur donnez à voir un « couple de martiens ».

Couple de martiens en Chine

Chaque promenade devient vite un vrai remake de Big Brother. Il faut s’y faire, il y a toujours au moins cinq paires d’yeux posés sur vous à chaque instant. On devient vite blasé de ces marques d’intérêt, qui parfois sont franchement désagréables (on vous montre du doigt en se gaussant), mais très souvent juste une marque de curiosité pour ce qui est différent.

 Après tout, la Chine a été tellement refermée sur elle-même depuis plusieurs siècles (et plus encore depuis 1949) que les Chinois ne sont pas habitués, voire même pas très ouverts (et c’est un euphémisme) à la différence physique. Le nombre d’étrangers vivant en Chine est extrêmement faible. Par exemple, Shanghai forte de 18 millions d’habitants se vante d’être un centre business presque comparable à New York, mais ne compte pas plus de 100 000 expatriés, soit près de 0,5% de sa population. Ajoutez à cela une industrie cinématographique purement nationale et une TV 100% maison : les écrans deviennent des miroirs et pas des fenêtres sur l’ailleurs.

La Chine a été forcée à s’ouvrir très vite d’un point de vue économique et est devenue en moins de 20 ans une puissance économique mondiale majeure. Mais les mentalités et les habitudes sociales ne changent pas si vite, il faudra des décennies, voire des générations, d’autant plus que la culture chinoise est basée sur la continuité. Tout leur monde est sens dessus-dessous. Dans quel sens évoluer ? Faut-il suivre la tradition de la fermeture ou la rejeter au profit d’une nouvelle représentation du monde ?

Pour ceux qui ont grandi dans la vieille Europe, il est difficile de comprendre l’étendue du problème. La Chine doit intégrer des bouleversements colossaux en l’espace d’à peine quelques années, là où notre continent a eu des décennies entières, voire des siècles, pour s’adapter progressivement aux changements amenés par la révolution industrielle. D’un point de vue économique et social, c’est un vrai raz de marée qui déstabilise la population et laisse derrière lui beaucoup de marginaux. On connaît ici les mêmes maux que nous avons vu sur notre sol au cours des 19ème et 20ème siècles, à la différence près que ceux-ci sont concentrés sur quelques années à peine. Ils se nomment : exode rural massif et surpopulation urbaine, fracture sociale et segmentation de la population, pollution extrême de l’air, des sols et de l’eau, système de protection sociale qui a bien du mal à suivre… Et il y a aussi l’aspect moins visible de cette évolution sociale : la remise en cause profonde des mentalités, comme un mouvement incessant de balancier entre préservation de la tradition et intégration de la modernité. Le ciment de la société chinoise est plein de fissures !

 Le challenge pour la Chine est donc énorme, dans une société qui à la base était peu être moins préparée que les autres du fait de son passé politique et de ses croyances séculaires. Mais cela ne veut pas dire qu’il est impossible et j’espère que le nombre d’étrangers qui se sentent « comme des martiens » lorsqu’ils visitent la Chine va rapidement diminuer, car cela indiquera que la Chine a trouvé sa voie vers l’ouverture et la stabilité, bénéfiques à elle-même ainsi qu’à l’économie mondiale. Quelqu’un, dont j’ai oublié le nom, a dit que la Chine est comme un éléphant sur un vélo, si elle tombe, elle va faire chavirer le reste du monde avec elle… Pourvu que les roues du vélo ne crèvent pas !

Le conflit des générations…

Posted in Economie & Finance, Marketing & Tendances, Voyage - Chine with tags , , , , , on 17 août 2009 by Placet

La politique de l’enfant unique, tarte à la crème de la société chinoise ou réalité ? En six semaines passées en Chine continentale, nous ne comptons plus les familles avec un seul enfant que nous avons croisées, notamment dans les grandes villes. Pourtant, selon les chiffres officiels, seulement 35% de la population chinoise est actuellement concernée par cette politique. On a donc décidé de creuser un peu et de se demander quelles pourraient en être les conséquences à long terme. Allons-y !

Tout d’abord, en dépit de certains assouplissements et aménagements de vocabulaire, la « politique de planning familial » selon les termes officiels est une réalité bien concrète ; ses grandes lignes sont clairement énoncées et de lourdes pénalités financières prévues en cas de non respect (amendes, non-délivrance du hukou - livret de famille et de résidence nécessaire pour percevoir des prestations sociales essentielles telles que soins de santé et enseignement gratuit).

Ensuite, il est clair également que cette politique n’est pas uniformément appliquée, ce qui explique que le taux de fécondité reste proche de 1,8 enfant par femme. En effet, elle ne s’applique qu’à l’ethnie dominante, les Han (90% de la population mais seulement 52% des naissances entre 2000 et 2005), et les familles rurales (plus de 50% de la population) ont « droit » à deux enfants (si le premier est une fille !), ainsi que -dans certaines provinces- les couples composés de deux enfants uniques. De plus, une dispense est possible pour les familles disposées à payer une amende, ce qui a permis à de nombreux Chinois aisés ou ayant les bonnes relations de contourner ce règlement. Enfin, un nombre croissant de femmes optent pour un -coûteux- accouchement à Hong Kong, où cette loi ne s’applique pas. Tout ceci n’arrange pas une « fracture sociale » en constant accroissement et qui préoccupe particulièrement les autorités.

La politique de l’enfant unique a été largement critiquée, bien sûr pour les problèmes éthiques qu’elle pose et les excès qu’elle occasionne (avortements et stérilisations forcés, abandons et infanticides de petites filles), mais aussi pour une « efficacité » finalement douteuse : l’essentiel de la baisse de fécondité constatée en Chine depuis cinquante ans s’est effectuée dans les années 1970 (de 5,75 à 2,75 enfants par femme) sous la politique du wan-xi-shao («mariage tardif, naissances peu rapprochées et peu nombreuses »), se poursuivant mais à un rythme plus lent depuis la mise en place de la politique de l’enfant unique en 1979. Les autorités chinoises affirment que la population serait supérieure de près de 400 millions sans cette politique ; difficile à vérifier, mais quand bien même ce serait le cas, n’y aurait-il pas eu des moyens moins drastiques d’atteindre cet objectif, notamment par un mélange d’éducation et d’information ?

Politique de l’enfant unique ou non, la pyramide des âges chinoise a connu au cours des cinquante dernières années un bouleversement sans précédent dans l’histoire ; son vieillissement est comparable, à l’échelle d’une ou deux générations, à ce qui s’est produit en Europe en cent cinquante ou deux cents ans, une politique extrêmement volontariste ayant accompagné une croissance économique rapide. D’un point de vue social, l’attention des familles est désormais concentrée sur des enfants choyés, ce qui bouleverse une société traditionnellement basée sur le respect des anciens. Sur le plan économique, les « populations dépendantes » ont glissé en une génération des enfants vers les personnes âgées et l’absence d’un système de retraites généralisé a incité de façon croissante les Chinois à épargner, les personnes âgées n’étant plus en mesure de compter sur le soutien de leurs enfants comme ils le faisaient traditionnellement. Ce problème du « quatre deux un » (quatre grands-parents et deux parents pour un enfant unique) fait peser sur les nouvelles générations un poids financier énorme, qui a récemment amené la ville de Shanghai a encourager les couples formés de deux enfants uniques à avoir deux enfants plutôt qu’un !

Quoi qu’il en soit et pour conclure sur une note plus gaie cet article aride et déprimant, ci-dessous deux observations plus personnelles qui jettent une lumière intrigante sur les conséquences possibles de cette politique :

  • Le déséquilibre croissant entre naissances de garçons et de filles (120 pour 100 actuellement) pose un problème sérieux ; le quotidien « China Daily », qui véhicule en langue anglaise les vues du parti communiste, s’inquiétait il y à quelques jours de l’obligation « mathématique » pour une partie des jeunes filles chinoises d’épouser des étrangers, et des « conséquences sociales négatives » (sic) que ceci pourrait avoir. On aimerait en rire mais vu le degré d’ouverture à la différence que nous avons constaté pendant notre séjour, on le croit sans difficulté…

  • Enfin, le syndrome du « petit empereur », enfant unique choyé par des parents d’une génération « laissée pour compte » par les années Mao, va poser un problème fondamental. Je n’aime pas dire du mal des enfants uniques (et pour cause, je n’ai ni frère ni soeur !) mais ceux qu’on a croisés ici étaient pour la plupart mal élevés, arrogants et franchement insupportables. Alors que la Chine a depuis trente ans basé sa croissance économique sur un réservoir de main d’oeuvre abondant, peu coûteux et prêt à supporter des conditions de travail terriblement difficiles pour économiser rapidement de l’argent, l’arrivée d’une nouvelle génération bien plus gâtée et exigeante va sérieusement changer la donne. Tout un modèle de développement à réinventer ?

Petit flashback vietnamien – le retour des maniaques de la grande surface

Posted in Economie & Finance, Marketing & Tendances with tags , , , , , , on 16 juin 2009 by Placet

Si la richesse des rencontres, la beauté des paysages et la complexité des cultures font de l’Asie du Sud-Est une destination touristique exceptionnelle, nous gardons également des souvenirs émus de moments plus quotidiens. C’est ainsi qu’une visite au supermarché Coop Saigon d’Ho Chi Minh Ville avait constitué, pour les obsédés de marketing et d’économie que nous sommes, un temps fort de notre début de séjour au Vietnam. Je viens d’en exhumer quelques notes que je ne peux hélas conseiller (et encore !) qu’aux mordus d’économie, même si l’observation des habitudes de consommation offre souvent un éclairage instructif sur la vie et l’évolution d’un pays au sens large… Bonne chance aux plus courageux, et pour les autres, on essaie de se rattraper rapidement avec des articles plus distrayants !

Allons-y pour quelques réflexions en vrac : 

  • Un format familier mais des clients plus pressés encore : après les supérettes thaïlandaises (Tesco Lotus, Seven Eleven) et les petites épiceries cambodgiennes et laotiennes, c’était presque une surprise pour nous de retrouver au Vietnam un format de supermarché proche de l’Europe. Etonnant en tout cas de constater une ambiance plus frénétique encore que dans les supermarchés européens : frénésie de consommation ou simple hâte d’en terminer avec une corvée ? Difficile à dire, tant la relation des Vietnamiens à l’argent semble complexe : d’un côté, la volonté d’afficher sa réussite est bien présente, y compris dans ses aspects les plus mesquins ; de l’autre, l’aspiration à la sécurité financière semble la plus forte, et de nombreux Vietnamiens semblent plus préoccupés de « savoir leur argent là » (et de le montrer, y compris en se promenant avec d’énormes liasses de billets !) que de dépenser pour acquérir des signes extérieurs de richesse. Cette contradiction se retrouve dans le taux d’épargne des ménages qui dépasse, comme dans de nombreux pays asiatiques, 30% du PIB, illustrant un des principaux paradoxes actuels de l’économie mondiale : l’épargne des ménages asiatiques est certes nécessaire pour financer les déficits américains (et tout à fait louable sur le plan individuel !), mais ne devra-t-elle pas diminuer pour stimuler la consommation locale si la région souhaite réduire sa dépendance à l’égard de la demande américaine ? Je pencherais pour la seconde solution, mais ceci pourrait bien prendre du temps, tant l’épargne de précaution semble un réflexe bien ancré dans la région (même si notre visite des centres commerciaux thaïlandais nous laisse bon espoir !)

  • Quels sont les rayons vedettes ? Allons à l’essentiel, le rayon biscuits est très bien fourni et surtout d’une étonnante diversité puisqu’il regroupe quelques marques phares occidentales vendues fort cher, leurs versions « chimiques » à bas prix (notamment les Oreo de Kraft, palets à la couleur et au goût de goudron) et confiseries vietnamiennes à base de riz, pâte de haricot et lait de coco – amateurs de sucré, réjouissez-vous ! Le rayon produits laitiers est également impressionnant, mais essentiellement concentré sur le lait (en poudre, concentré sucré, de soja, etc.) ; il est dominé par le géant local Vinamilk ainsi qu’une marque hollandaise peu connue, Dutch Lady de la coopérative Friesland Foods. Idem pour les produits pour enfants de tous âges, qui semblent particulièrement choyés ! Ce sont finalement les produits de beauté (concentrés sur le blanchissement de la peau et le traitement de l’acné !) et les alcools qui semblent les moins représentés, même si on a constaté depuis que le whisky Johnnie Walker avait ses adeptes…

  • D’étonnantes ressemblances entre produits locaux et importés : comme nous l’avons évoqué, la plupart des rayons s’efforcent d’offrir un choix entre produits locaux et marques importées. Si dans certains cas des marques locales fortes et anciennes constituent clairement le coeur de l’offre (Vinamilk dans les produits laitiers), les produits locaux proposés dans certains rayons présentent une ressemblance suspecte (logo, packaging) avec des marques occidentales connues, à côté desquelles ils sont présentés à un prix nettement inférieur. Cette stratégie de « frères jumeaux » est particulièrement répandue dans les rayons les plus développés comme l’alimentation et les produits d’entretien (lessive, liquide vaisselle), nettement moins dans les rayons moins bien fournis comme l’hygiène-beauté et les spiritueux. Doit-on en conclure que les marques occidentales disposent dans ces derniers secteurs d’un avantage durable qui leur permettra de profiter pleinement de la hausse de la demande dans les pays émergents, ou au contraire que davantage de concurrence (et donc une pression sur les marges) est à prévoir lorsque leurs produits s’ancreront davantage dans les habitudes de consommation locales (à vérifier si vous vous intéressez aux marques de cosmétiques !) ?

  • Quelles marques tirent leur épingle du jeu ? En Thaïlande, nous avions avoué notre affection pour 7/11 (malheureusement absent du Vietnam) et souligné la très forte présence de Nestlé. Le géant suisse se défend bien au Vietnam également et est présent sur tous les fronts (eau minérale La Vie, Nescafé, produits pour enfants Milo et même les soupes Maggi !). Mais ce sont les marques américaines (paradoxe de l’histoire, les Etats-Unis sont désormais le premier partenaire commercial du Vietnam, alors que le Japon est plus présent en Thaïlande !) qui semblent les mieux positionnées – Pepsi et Coke dans les boissons ou Kimberly Clark dans les couches et papiers hygiéniques. Toutefois, la double palme revient sans doute -sur ce que nous avons vu- à Colgate, qui semble écraser le marché de l’hygiène dentaire dans tous les pays que nous avons visités (notre dentiste nous l’avait dit avant notre départ : « prenez du Colgate Total, il y en a partout ! »), et Procter & Gamble, présent à la fois dans les snacks (Pringles), les shampooings (Rejoice, Pantene et Head & Shoulders), l’hygiène dentaire (Oral B) et les couches (Pampers) ! On ne pourra par contre que se désoler d’une assez modeste représentation des produits français, à l’exception de Pernod Ricard, Seb (à travers la marque chinoise Supor, rachetée récemment) et enfin de la surprenante Vache qui Rit, évoquée dans un précédent article !

  • Alors, idées d’investissement ?

    • La stratégie de Nestlé, avec un mélange de marques ombrelle et locales (et un logo Nestlé jamais bien loin !) est intéressante, et sa présence est réellement impressionnante dans les pays que nous avons visités (notamment sur le très rentable marché de l’eau en bouteille). Le groupe a réaffirmé en avril sa projection de croissance pour 2009 malgré un premier trimestre moyen, les ventes de l’abominable Nespresso continuent à progresser et le groupe vient d’annoncer une hausse de ses investissements en Asie du Sud-Est. Certes, la valeur n’est pas donnée (39CHF pour un bénéfice par action d’environ 3CHF) par rapport aux valorisations actuelles sur les marchés actions et la participation du groupe dans L’Oréal brouille quelque peu son « histoire », mais la société est bien gérée et le prix de l’action, dans une perspective historique, est plutôt modéré. Nous verrons dans les prochaines semaines quelle est la présence du groupe en Chine, mais l’idée semble intéressante !

    • Colgate semble avoir développé un leadership impressionnant sur une gamme de produits plus restreinte et avec une composante « hygiène » forte, sur un segment de plus très défensif en cas de crise (dentifrice et savon n’étant pas les premiers produits sur lesquels les consommateurs économisent). Ca ressemble fort à un très bel investissement à long terme, avec pour seuls bémols le risque de change (avec des perspectives peu réjouissantes pour le US$) et une valorisation élevée (les caractéristiques défensives du titre ayant bien joué leur rôle, celui-ci s’est bien mieux tenu que la moyenne depuis un an !). Très belle histoire donc, mais peut-être pas le meilleur moment pour investir ?

    • Sur Procter & Gamble, j’avoue préférer habituellement les sociétés concentrées sur une gamme de produits plus restreinte, potentiellement plus « cycliques » mais aussi plus faciles à suivre (pas de risque de voir les snacks se casser la figure au moment où les shampooings cartonnent, et vice versa). Je connais donc moins bien le groupe et le risque de change me dissuade pour l’instant de me pencher davantage sur celui-ci, mais son portefeuille produits reste impressionnant !

  • Enfin, et pour conclure sur une note moins sérieuse, un grand moment d’émotion pour Anne : après avoir travaillé pendant plus de cinq ans pour SC Johnson, elle a eu la « joie » d’observer la plus extraordinaire représentation des produits de l’entreprise, dont un rayon entier était littéralement rempli : Mr Sheen, Pledge (Pliz), Duck (Canard WC), Baygon, Raid, tout y était, sans oublier un rayon désodorisant écrasé par la gamme Glade (Brise), dont Anne aurait rêvé lorsqu’elle était responsable de la marque en France puis en Angleterre !

Développement économique rimerait-il avec rondeurs ?

Posted in Marketing & Tendances with tags , , , , , , , , on 1 mai 2009 by Placet

Dans le journal « Vietnam News » de la semaine dernière, un article s’intitule « les Vietnamiennes prennent du poids ». Que se passe-t-il au pays des femmes en chapeau cônique, dont la silhouette fine est une véritable signature ? Le régime alimentaire riz, légumes et fruits en abondance et protéines en quantité raisonnable ne serait-il pas idéal ?

Selon les statistiques, 16% de la population vietnamienne est obèse. A se demander quelle est la définition officielle de l’obésité, car cela ne nous a pas frappés lors de nos nombreuses promenades dans Ho Chi Minh. Pourtant les autorités sont formelles : si rien n’est fait, cela pourrait devenir un sérieux problème dans les années à venir.

Le responsable de ce fléau est clairement identifié sous le nom de « développement économique ». On l’accuse d’entraîner un rythme de vie frénétique qui induit une consommation excessive de snacks et un manque d’exercice. Cela ne vous paraît-il pas familier ?

Les pilules amaigrissantes sont le remède le plus employé pour l’instant, même si leur efficacité est largement remise en cause.  A l’inverse, les crèmes amincissantes si prisées des Occidentales semblent absentes des rayons de supermarchés (voir l’article « Les Vietnamiennes n’auraient-elles pas de rides ? »). Avec un petit effort marketing de Mr l’Oréal, Unilever ou Nivéa, le marché des produits amincissants pourrait-il exploser au  Vietnam dans les années à venir ? Pas de raison pour que les Occidentales demeurent l’unique cible de magazines leur rappelant sans cesse leurs rondeurs ou l’été qui approche  !

Les Vietnamiennes n’auraient-elles pas de rides ???

Posted in Marketing & Tendances with tags , , , , on 28 avril 2009 by Placet

Le rayon des cosmétiques et de l’hygiène beauté m’a toujours fascinée, car il est souvent révelateur des soucis et aspirations des populations. Dans les supermarchés occidentaux, l’invasion des produits anti-rides, amincissants ou bio traduisent l’inquiétude croissante face au temps, un besoin de perfection et de contrôle, ou encore une volonté de préserver l’environnement.

C’est avec ces critères en tête que je me suis lancée dans l’observation des mêmes rayons en Thaïlande et au Vietnam. A ma grande surprise, l’offre, très fournie, est extrêmement différente de celle occidentale. Il faut chercher longuement les 2 ou 3 références anti-âge avant d’enfin les apercevoir, il n’y a pas de produits amincissants, ni de produits bio. Pourquoi de telles disparités ?

Tout d’abord, la population de la Thaïlande et du Vietnam est beaucoup plus jeune que celle de la « vieille » Europe (l’âge moyen des vietnamiens est 27 ans, contre 39 ans en France). Les consommatrices sont donc plus intéressées par des produits anti-acné qu’anti-rides. Et cela se voit sur le linéaire où ils représentent plus d’un tiers de l’offre.

Plus surprenant encore, la majorité des produits (90%) ont une promesse « blanchissante », même le déodorant, qui se vante, pour reprendre les termes de l’étiquette, de « rendre la peau moins foncée »… En Thaïlande, des publicités TV pour des crèmes de jour montrent des femmes à la carnation extrêmement claire, qui vantent les mérites d’un produit qui les aurait aidées à éclaircir leur peau. Et pour convaincre la consommatrice, elles montrent la différence de teinte avant et après utilisation, nuancier à l’appui. Paradoxe de notre temps, où les occidentales se sentent plus séduisantes bronzées et se badigeonnent d’auto-bronzant, alors qu’en Asie une peau blanche est un atout beauté et, plus cruel encore, le signe d’appartenance à une classe sociale plus élevée…

En termes de marques présentes, on se croirait en Europe, car Nivéa, Dove, L’Oréal, Garnier, Olay ou Vaseline (marque anglaise vendant des produits de beauté uniquement, pour ceux ou celles qui imagineraient autre chose…) ont envahi les linéaires. Il n’y a quasiment pas de marques locales. En revanche, bien qu’importés, les produits européens sont vendus ici à des prix défiant toute concurrence, sans comparaison avec les tarifs européens. Il faut compter payer une crème de jour autour de 3 euros maximum (2 à 3 fois moins cher que l’équivalent français). En cherchant bien, j’ai trouvé la seule crème « chère » qui valait 10 euros, et c’était la Rolls du rayon : écrin doré, flacon à pompe… Digne de nos produits de parfumerie, vendus en Occident à des prix beaucoup plus élevés.

Finalement, on peut comprendre l’appétit qu’ont les géants du secteur, comme Procter & Gamble, L’Oréal ou Unilever, pour les marchés asiatiques. Ils y ont trouvé un véritable réservoir de croissance, avec la possibilité de séduire les consommatrices dès leur plus jeune âge et de les accompagner à travers les différentes étapes de leur vie, grâce à une offre qu’ils ont déjà développée pour l’Occident.

Alors, d’ici 10 à 15 ans, attendez-vous à voir des Asiatiques ridées qui rechercheront désespérement des produits anti-âge blanchissants… parce qu’elles aussi, « elles le valent bien » !

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