La Paz, la mal nommée – ses pentes, ses manifestations, son brouhaha, sa fumée et… ses zèbres

La Paz - centre-ville

Deux semaines déjà que nous sommes en Bolivie – dans l’extraordinaire altiplano tout d’abord (Sud Lipez et salar d’Uyuni), qu’Anne vous contera dès qu’elle aura mis un peu d’ordre dans nos photos, puis la très décevante Sucre, dont le centre-ville propret et atrocement touristique met une barrière difficile à franchir entre les visiteurs et la population locale. Et depuis quelques jours à La Paz, au bouillonnement et à l’aspect débraillé si rafraîchissants après l’architecture coloniale trop bien conservée de Sucre. Recueil de nos premières impressions après deux jours dans la ville.

La Paz - marché de rue, calle Sagarnaga

La Paz, capitale administrative du pays, est tout d’abord la capitale la plus haute du monde. Une distinction qui pourrait n’être qu’honorifique mais se rappelle en fait à chaque instant à nos organismes fatigués lorsque nous arpentons ses rues férocement pentues. Non contente de s’élever à une altitude moyenne proche de 3 700 mètres, la ville s’étend sur plus de mille mètres de dénivelée entre le quartier résidentiel de Zona Sur et les abords d’El Alto, une des communes les plus pauvres de Bolivie. Comme dans le reste du pays, les riches sont en bas et les pauvres en haut, sauf qu’ici la topographie de la ville la rend particulièrement vulnérable aux blocages régulièrement initiés par les populations du « haut » ou les paysans des environs. Entre blocages et manifestations, la ville porte d’ailleurs bien mal son nom : les altercations entre police et manifestants sont apparemment fréquentes et plutôt violentes, et les slogans politiques qui tapissent les murets longeant la descente de l’aéroport vers la ville confirment le fort engagement politique des Paceños. Engagement qui semble s’être mué en un plébiscite d’Evo Morales, élu en 2005 et dont le nom et celui de sont parti -M.A.S.- monopolisent l’espace sur les murs et ont du faire exploser les ventes de peinture bleue…

La Paz - zèbre réglant la circulation

Malgré ces fortes inégalités, toutes les classes sociales convergent chaque matin vers le centre historique de la ville, où elles cohabitent sans problème apparent et donnent au centre-ville un aspect joyeux et bariolé. Cadres pressés en costume, adolescents aux tenues occidentalisées, cireurs de chaussures cagoulés mâcheurs de coca et innombrables policiers en tenue jouent des coudes avec les cholas, femmes d’origine amérindienne au visage buriné qui règnent sans partage sur les restaurants de rue, les boutiques d’artisanat et les stands de marché noir. Ces femmes d’affaires avisées se distinguent par leur allure fière et leurs tenues soignées, couronnées du caractéristique chapeau melon apparemment introduit au début du siècle par des marchands italiens non moins avisés. Noirs ou marron, magnifiquement feutrés et portés si haut qu’on se demande comment ils tiennent, ces couvre-chef font partie intégrante du paysage paceño, notamment lors des marchés du week-end qui prennent apparemment l’apparence d’un océan de chapeaux melons. Retrouverons nous le charme et le graphisme des nón bài thơ (chapeaux coniques) vietnamiens ? On vous en dira plus lundi, mais même en semaine les pentes pavées du centre de la ville s’apparentent à un marché géant où ponchos et pulls en alpaga disputent la vedette aux bijoux en argent et -plus morbide mais prisé des locaux- aux foetus de lama…

La Paz - vieux bus brinquebalant

Energie, mouvement constant et plaisir visuel donc, mais on ne peut en dire autant pour l’ouïe et l’odorat : la foule piétonne de la ville partage à ses risques et périls les rues avec une quantité impressionnante de taxis, de bus aussi bariolés qu’antédiluviens et de minibus qui font la liaison entre les différents quartiers de la ville. Les vieux bus américains (Dodge, GMC) reconvertis ont en effet bien de la peine à gérer les pentes terrifiantes de la ville, notamment dans le sens de la montée, et vomissent régulièrement d’épouvantables gerbes d’une fumée épaisse et grisâtre qui prend les passants à la gorge et provoque des quintes de toux terribles… Quant à l’animation sonore, ce sont les adolescents penchés à la portière des minibus qui s’en chargent, en beuglant sans interruption les destinations du véhicule à bord duquel ils se trouvent lorsqu’ils ne prélèvent pas auprès des passagers le boliviano (dix centimes d’euro !) dont on doit s’acquitter pour voyager en centre-ville. Stops et passages piétons ont un rôle purement décoratif et tout le monde traverse entre les véhicules sur l’avenue principale, le Prado, ajoutant à l’intense confusion du centre-ville.

La Paz - zèbre réglant la circulation

Heureusement, et pour finir sur une note franchement réjouissante, il y a les zèbres ! Phénomène typiquement paceño, ces jeunes femmes en costume de zèbre (il y a aussi quelques ânes, mais on n’a pas trop saisi la distinction) régentent la circulation aux carrefours les plus animés dans un mélange de fantaisie (danse devant les voitures au feu rouge) et de fermeté (pour faire circuler les minibus qui persistent à racoler aux intersections). Avec une pêche incroyable, ces zèbres infatigables et très sympas avec les enfants qui semblent les adorer sont un vrai rayon de soleil dans un centre tout de même harassant. C’est décidé, demain, on retourne les voir !

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

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4 Réponses to “La Paz, la mal nommée – ses pentes, ses manifestations, son brouhaha, sa fumée et… ses zèbres”

  1. de basquiat anne et luc Says:

    mille bravos. Merci pour votre lettre qui nous a fait très plaisir. Nous suivons votre voyage sur internet. C’est magnifique. Les photos et les textes sont splendides. Grâce à vous nous faisons nous aussi un super tour du monde. Nous vous souhaitons une très bonne année 2010 si bien commencée. Il nous tarde de vous voir. Bonne fin de périple. Olivier se fiance le 23 janvier et se mariera sûrement en octobre. Tous les 8 se joignent à nous pour vous embrasser.

    • anneetdavid Says:

      Merci beaucoup pour vos voeux et vos encouragements pour le blog ! Nous sommes ravis de vous compter parmi nos lecteurs et de partager avec vous cette aventure ! Nous serons très contents de vous revoir à notre retour. Nous vous embrassons et envoyons tous nos voeux de bonheur aux futurs fiancés,
      Anne et David

  2. Ginette Says:

    On devrait suggérer ça à Bison Futé en France: la danse des poulets et des pervenches. Je doute en revanche de l’effet dissuasif…

    • anneetdavid Says:

      C’est vrai que les conducteurs français sont des durs-à-cuire ! (mais à leur décharge, on a vu bien pire en Argentine ou au Vietnam…).
      A bientôt Ginette !

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