Dans l’enfer du jeu – bienvenida a Macau

Dernière étape avant notre entrée tant attendue en Chine continentale, nous sommes désormais à Macao. Après l’étonnant cocktail sino-britannique de Hong Kong, ce sont l’influence portugaise et les tartelettes aux oeufs que nous retrouvons ici. Les Portugais avaient en effet obtenu le contrôle de la ville à la fin du 16ème siècle après avoir chassé les pirates nuisant au commerce dans la région, et l’ont conservé jusqu’en 1999, date à laquelle la ville est repassée sous contrôle chinois. Comme Hong Kong, Macao est désormais une Région Administrative Spéciale dotée pour 50 ans d’un statut particulier au sein de l’Etat chinois. 

Quelques PHOTOS ici (pas de video pour cause de camerawoman terrassée par une angine et clouée au lit !) :

http://www.flickr.com/photos/10301605@N04/sets/72157621763270387/detail/

En déclin après l’établissement de Hong Kong au 19ème siècle, Macao s’est réinventée sur la base d’une unique industrie – le jeu. Celui-ci étant interdit en Chine continentale comme à Hong Kong, Macao est rapidement devenu l’alter ego oriental de Las Vegas en capitalisant sur la passion des Chinois pour le jeu. Concentrés pendant tout le 20ème siècle au centre de la ville, les casinos étaient aux mains d’un seul homme -Stanley Ho- et partageaient un style très particulier – salles petites, basses de plafond, enfumées et bruyantes, moquettes murales râpées et décoration inexistante. Après l’ouverture du marché à la concurrence en 2002, les opérateurs américains se sont engouffrés dans la brèche et ont développé sur la petite île de Coloane une série d’établissements gigantesques et directement inspirés de Las Vegas ; le dernier établissement ouvert, le Venetian, est une réplique du casino du même nom à Vegas, avec les mêmes canaux et gondoliers, mais en deux fois plus grand !

Le décor étant planté, quid de l’ambiance ? Incroyable, ou abominable, selon le point de vue… Il existe tout d’abord une différence notable entre les établissements anciens comme le Lisboa, qui semble n’avoir pas beaucoup changé, et les nouveaux établissements américains comme le Sands ou le Wynn – énormes, silencieux et stérilisés, bref, chiants. Le Lisboa en pleine journée est incroyable – fumée, joueurs hurlant pour s’encourager, tables entières suspendues aux actes d’un joueur vedette qui se délecte de son éphémère statut, et quelques crachats pour couronner le tout. Dans les casinos US au contraire, le silence domine et les joueurs semblent plus « robotisés » – ils arrivent à une table, jettent une liasse de billets vers le croupier, jouent sans un mot, perdent et s’en vont. Heureusement que la sécurité -omniprésente et obsédée par mon appareil photo- est là pour mettre un peu d’ambiance… En soirée, l’atmosphère est toutefois plus détendue et familiale, on voit apparaître des joueurs moins habitués et plus calmes, qui sourient, tentent de nous expliquer le jeu et misent manifestement moins gros.

Pour nous qui ne jouons pas, retrouver l’ambiance des casinos a en tout cas été un choc. Notamment dans les plus grandes salles, la perte de repères spatiaux et temporels est effrayante et rend les chances encore plus inégales… Le montant des mises est également hallucinant – aux moindres tables de baccarat et de poker, les mises minimales sont fréquemment de 20, 50 ou 200 euros et les joueurs -en très grande majorité des hommes- se déplacent pour la plupart avec autour de la taille une petite pochette pleine de billets, dont ils sortent fréquemment 200 ou 500 euros en arrivant à une table… La réputation de parieurs invétérés des Chinois (aucun Occidental dans les salles) semble bien justifiée, et l’ambiance est certainement plus « crispée » qu’à Las Vegas, que nous avions visitée il y a quelques années. Le jeu est également largement concentré aux tables, alors que beaucoup de joueurs s’en tiennent aux machines à sous sur le strip de Vegas. Un dernier détail amusant – il n’y pas pas de joueur numéro quatre aux tables de baccarat, ce chiffre ayant une prononciation proche de « mort » en chinois… Une industrie florissante en tout cas, à en croire la croissance de la fréquentation depuis l’ouverture du marché et les cars entiers de joueurs chinois en provenance du Guangdong. Le chiffre d’affaires a d’ailleurs dépassé celui de Las Vegas, pour une profitabilité par table nettement supérieure…

Et à part les casinos ? Le centre-ville a dans son architecture un air de petit Lisbonne, mais les jolies maisons colorées ont malheureusement été colonisées par Starbucks, Mc Donald’s et les chaînes de vêtements… rien de passionnant donc. C’est comme souvent dans les quartiers populaires et les ruelles périphériques que l’on perçoit le mieux la vie locale, plutôt tranquille et marquée par le contraste entre l’architecture d’inspiration largement européenne et la population, désormais à 95% d’origine chinoise. Enfin, comment quitter Macao sans mentionner les boutiques de friandises, qui génèrent un trafic impressionnant – pour les trouver, il suffit littéralement de remonter le flot de sacs en papier ! Les Chinois se jettent sur les yuk gon (bandes de porc séchées légèrement sucrées), les Européens sur les sablés et les pasteis de nata (tartelettes aux oeufs), et les vendeurs se frottent les mains ! Avec les casinos et les sociétés qui y assurent la sécurité, voici le troisième -et plus savoureux- fleuron de l’économie macanienne ! A consommer avec modération toutefois…

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