Bizarre, vous avez dit bizarre ? Premières impressions laotiennes

 Après un mois passé en Thaïlande, nous venons d’arriver dans le petit pays voisin du Laos. Malgré leur proximité géographique et ethnique, difficile de faire plus différents que ces deux pays : monarchie thaïlandaise et république populaire du Laos, Etat historiquement souverain d’une part, perpétuelle colonie de l’autre, .économie industrialisée et ouverte s’opposant à une autre plus autarcique… Même la circulation est différente – on roule à gauche en Thaïlande, à droite au Laos !

Premier constat, donc : le pays évolue, et il évolue vite. Après un paysage de carte postale (rizières et écolières à bicyclette) sur la route menant de la frontière à Vientiane, le décor change brusquement en arrivant dans la capitale. On sent que la ville connaît un développement rapide, et que celui-ci l’a largement prise de court – beaucoup de nouveaux bâtiments et enseignes, mais des infrastructures à la traîne… Apparemment à l’abandon il y à dix ans, Vientiane a depuis crû très rapidement ; les capitaux étrangers ont repris le chemin du Laos (tourisme, mines, hydro électricité), le parc de voitures a été multiplié par dix en 7-8 ans, et les prix ont doublé sur les trois dernières années (sympa pour les touristes !). Les nombreux Thaïlandais qui nous avaient donné du Laos l’image d’un pays vivant au ralenti et très bon marché devraient sans doute revenir faire un tour ! L’économie laotienne est attendue en croissance de 5% cette année (taux le plus élevé en Asie du Sud-Est), aidée paradoxalement par la faible ouverture du pays qui le protège de la crise économique mondiale (par opposition, le PIB de la Thaïlande, dont les exports représentent plus de 60% de l’économie, est attendu en baisse de 2% en 2009).

Quelques photos bien touristiques en passant :  http://www.flickr.com/photos/10301605@N04/sets/72157616295722726/

Deuxième constat : le Laos recèle au moins deux trésors, hérités (cocorico !) de la présence française :

  • le khao-jii paa-te, un énorme sandwich baguette garni avec une sorte de pâté et une gamme invraisemblable de crudités, le tout relevé avec des feuilles de coriandre (à votre prochain sandwich, essayez absolument le coriandre, ça change tout !). Divin !

  • La bière locale Beerlao, excellente et à peine plus chère que l’eau. Initialement lancée grâce à des investissements français, la brasserie est repassée en 1975 sous le contrôle de l’Etat laotien, qui en a récemment ouvert le capital à des partenaires étrangers. 99% de part de marché locale (!), et une courbe des ventes aussi alléchante que la bière elle-même (http://www.beer-lao.com/image/products/graph010220072-big.jpg). Ne cherchons pas plus loin, l’investissement parfait nous tend les bras… Sauf que c’est donc l’Etat qui en profite avec 75% du capital. Une lueur d’espoir sur les 25% restants, détenus par le brasseur danois Carlsberg, coté à la bourse de Copenhague, mais avec près de 8 Mds d’€ de chiffre d’affaires, je doute que le marché laotien ait un gros impact sur les résultats. Pas grave, on se consolera en consommant !

En apparence donc, tout va bien. En creusant un (tout petit) peu, Vientiane nous renvoie tout de même l’image d’un pays ayant complètement perdu son identité à force d’être ballotté entre des influences extérieures et contradictoires. L’architecture locale offre un mélange plus surprenant que réussi de bâtiments de l’époque coloniale française, de temples et d’immeubles modernes d’inspiration thaïlandaise, le tout parsemé de quelques cubes de béton témoins de l’influence soviétique… Coté finances, on a le choix pour régler ses achats entre le kip laotien, le baht thaïlandais et le dollar US ! La cuisine hésite entre influences thaïe et vietnamienne (avec quelques vestiges français comme la baguette et les crêpes), les jeunes écoutent des groupes de rock thaïlandais, et les voitures sont japonaises… Quant aux magasins d’alimentation, nous sommes orphelins des 7/11 thaïlandais qui nous permettaient d’acheter pour rien soupes de nouilles et plats préparés locaux. Le Laos n’ayant (hormis Beerlao !) aucune industrie agro-alimentaire, on ne trouve ici que des produits importés, à des prix bien sûr exorbitants qui segmentent sérieusement la clientèle… Pas forcément surprenant pour un si petit pays (6 millions d’habitants), mais un manque d’âme certain qui contraste avec la forte identité thaïlandaise…

Heureusement, il semble que la bouillie d’ambiance de Vientiane est limitée à cette capitale par défaut; et que les gens sont nettement plus sympas et ouverts dans le reste du pays. On noie donc notre chagrin dans la bière et on croise les doigts avant de partir ce soir vers le Nord (Luang Prabang, puis une brève remontée du Mékong, avant de redescendre vers le Sud puis le Cambodge), et on revient avec quelques éclaircissements dès qu’on en sait un peu plus !

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