“Un Tour du Monde, Deux Regards” – Le film !

Posté dans Nos créations avec des tags , , le 27 octobre 2011 par Placet

Le voilà : le film de notre tour du monde d’un an. Nous avons eu la joie de le projeter en public fin septembre à l’Espace Simon Lefranc pour clôturer notre exposition.

Il met en scène de nouveau nos deux regards : noir & blanc avec les photos de David et couleur avec les films et les peintures d’Anne.

Si vous n’avez pas 30 minutes, visionnez les 6 dernières minutes, c’est l’apothéose avec le Brésil (répétitions du carnaval à Rio dans le Sambodromo et match à Maracana).

Vos commentaires sont les bienvenus.

L’exposition : “UN TOUR DU MONDE, DEUX REGARDS”

Posté dans Art, Nos créations avec des tags , , le 5 septembre 2011 par Placet

12 mois à sillonner la planète, des milliers de photographies argentiques, une centaine de dessins et peintures, 150 articles sur notre blog…

Nous voulions de nouveau donner vie à ce fabuleux voyage et le partager avec vous. C’est chose faite !

Nous vous invitons à venir découvrir notre exposition conjointe “Un Tour du Monde, Deux Regards” du 1er au 30 septembre 2011 au Pôle Simon Lefranc, 9 rue Simon Lefranc dans le 4ème (métro L11 Rambuteau ou Hôtel de Ville).

L’exposition est ouverte du lundi au vendredi de 10h à 20h30 et le samedi de 10h à 16h30. Le samedi après-midi est le meilleur moment pour visiter tranquillement et prendre un bon café dans la cour intérieure au calme de l’agitation du Marais.

Nous serions ravis également de vous retrouver le 29 septembre à 20h30 pour notre soirée cocktail “Vernissage-Décrochage” durant laquelle nous projetterons le film court que nous avons réalisé.

Pour plus de détails sur le programme de la soirée, cliquez sur les images:

Synopsis de l’exposition :

« UN TOUR DU MONDE, DEUX REGARDS »

En 2009, Anne et David embarquent sac au dos pour un tour du monde d’un an. Objectif : vivre l’instant présent et partager « en direct » la réalité et le quotidien de nouvelles cultures, loin des écrans “déformants” des médias.

En plus d’un blog tenu à quatre mains (http://anneetdavid.wordpress.com/), Anne – par ses peintures et collages prélevés au gré de leur parcours – et David – muni d’un appareil argentique aussi âgé qu’infatigable – ont ramené un double témoignage « croisé » de cette aventure, qu’ils vous proposent de partager dans cette exposition.

De la Thaïlande au Japon, de l’Australie à la Patagonie et au Brésil, ils vous proposent de parcourir des univers très différents qui, malgré une mondialisation économique croissante, s’ignorent et gardent des spécificités culturelles très fortes. Portrait d’un monde contrasté, passionnant et en constant mouvement, parfois dur mais toujours plein d’énergie et d’espoir.

Rio, stade de Maracanã – êtes-vous plutôt Vasco ou Botafogo ?

Posté dans Voyage - Brésil avec des tags , , , , , , , , , , le 22 février 2010 par Placet

Stade de Maracana - finale de la coupe Guanabara

Stade de Maracana - fans de Botafogo

Après Buenos Aires, nouvelle étape dans un temple du ballon rond : le stade de Maracanã ! Et, un bonheur n’arrivant jamais seul, Anne a cette fois-ci accepté de m’accompagner… Nous avons à nouveau eu beaucoup de chance avec le calendrier puisque notre dernier jour à Rio coïncide avec la finale de la Taça Guanabara, qui réunit les meilleures équipes de Rio et des environs. Cette année, la finale voit s’affronter Botafogo et Vasco de Gama, qui ont éliminé en demi-finale les deux équipes cariocas les plus suivies, Flamengo et Fluminense.

Stade de Maracana - supporter perplexe

Stade de Maracana - supporter de Botafogo

Que dire de l’après-midi ? Un moment assez magique, avec à la fois un stade vraiment impressionnant, beaucoup d’enthousiasme et de folie dans le public (voir les vidéos ci-dessous) et un très bon état d’esprit. Le stade tout d’abord – enceinte mythique inaugurée pour la Coupe du Monde de 1950 durant laquelle le match Brésil-Uruguay accueillit 200 000 spectateurs (!), Maracanã a depuis vu sa capacité réduite à 90 000 places puisque tout le monde est désormais assis. Cela tombe bien – on y respire très bien, et la vue du terrain est remarquable pour un stade de cette taille. Superbe lumière en plus, le match débutant à 17 heures (mais par près de 40°C tout de même, on ne peut pas tout avoir !). Bref, un cadre idéal…

Stade de Maracana - fans de Botafogo

Stade de Maracana - exposition de chair

Le public ensuite – après avoir vu les Brésiliens en action pendant le Carnaval, nos attentes étaient élevées… Nous n’avons pas été déçus tant l’ambiance était chaude et les supporters déchaînés. Arrivée au stade tranquille, les gens se mettent très vite à chanter et crier mais l’ambiance est dans l’ensemble plus sereine qu’en Argentine. La chaleur peut-être ? Le stade est bientôt plein, les hommes se retrouvent vite torse nu, on agite les maillots noir et blanc et les vendeurs de boissons se frottent les mains…

Stade de Maracana - on s'échauffe doucement

Stade de Maracana - inquiétude ?

Après une première mi-temps pleine de rythme sur le terrain, c’est bizarrement lorsque les joueurs donnent des signes de fatigue que le public s’échauffe en début de deuxième mi-temps. La nuit est entre temps tombée et les fumigènes ont fait leur apparition. C’est alors que Botafogo ouvre le score, ce qui nous convient parfaitement puisque le hasard des billets nous a placés au milieu de ses fans ! Nous sommes donc au coeur de l’action, et voilà ce que ça donne :

Stade de Maracana - finale de la coupe Guanabara

Ce premier but va rapidement transformer un match jusqu’alors équilibré en démonstration, Vasco se retrouve à dix contre onze, les fans de Botafogo ne cessent désormais de chanter et danser sous les drapeaux à tête de mort et les fumigènes et le second but, marqué sur penalty, est accueilli avec une joie plus sereine, comme s’il tombait sous le sens :

Stade de Maracana - N&B sur fond rouge

C’est au coup de sifflet final que le public explose à nouveau, nous savourons tranquillement la liesse générale (et la chance de nous être trouvés involontairement du bon côté du stade !) avant de repartir tranquillement vers le métro. Un moment spectaculaire mais surtout très sympa, avec -cerise sur le gâteau- un match très animé, à la brésilienne (beaucoup d’attaque, peu de défense) et d’engagement de la part des deux équipes. Belle revanche aussi pour Botafogo, défait 6 à 0 par Vasco en match de poule… Au Brésil, il y a toujours des buts !

Stade de Maracana - fumigènes, finale de la coupe Guanabara

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Tabac et différences culturelles, ou comment parler aux Brésiliens

Posté dans Marketing & Tendances, Voyage - Brésil avec des tags , , , , , , , , , , , le 21 février 2010 par Placet

 Non, la mondialisation n’est pas si avancée… Et les différences culturelles demeurent (heureusement). Illustration avec l’image ci-dessous, que nous ne cessons de croiser depuis trois semaines au Brésil :

Brésil - message choc

Comme vous l’avez peut-être deviné, il s’agit de l’arrière d’un paquet de cigarettes brésilien (on trouve le même motif sur des affiches de prévention dans la rue). Le tabac et son impact en matière de santé sont un sujet est grave et il ne s’agit pas d’en plaisanter, mais deux choses nous ont tout de même interpellés. Le rôle essentiel de l’image au détriment du texte tout d’abord (apparemment, l’image devrait apparaître en France à la fin de l’année, mais plus petite). Culture de l’image plus que de l’écrit donc ? Probable sur ce que nous avons observé par ailleurs, mais à confirmer. Ce qui ne fait par contre aucun doute, c’est que la menace santé brandie sur les paquets n’est pas du tout la même ici qu’en Europe : si maladie et mortalité apparaissent en priorité sur le Vieux Continent, la plupart des affiches et paquets (pas tous, mais une impressionnante majorité de ceux que nous avons vus) reflètent ici une préoccupation nettement plus immédiate (et masculine). On sait maintenant ce qui préoccupe en priorité les Brésiliens :-) Enfin, tous les spécialistes du marketing et de la pub vous le diront, l’essentiel, c’est de s’adapter à son audience…

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Voyage dans le temps sur le bonde de Santa Teresa

Posté dans Voyage - Brésil avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , le 19 février 2010 par Placet

Rio - Bonde à la station Carioca

Comme nous l’avons évoqué dans notre dernier post, parcourir les collines de Santa Teresa à bord du bonde, le petit tramway jaune qui relie le quartier au centre de Rio, est vite devenu un de nos passe-temps favoris dans la cité carioca. Lorsque le capricieux engin daigne fonctionner, chaque trajet est en effet différent et apporte son lot de surprises et de situations nouvelles. Mais pourquoi s’intéresser à ce tram en particulier ?

Rio - retardataires tentant de rattraper le bonde

Rio - bonde de Santa Teresa - tout est manuel !

Dans notre cas, le bonde est le chemin le plus court (enfin, en théorie) à la fois vers le centre de Rio et vers notre cantine, un restaurant a kilo (au poids) qui jouxte son terminus. Il est aussi -et surtout- le dernier réseau de tramway urbain en fonctionnement en Amérique Latine, une curiosité historique que les guides touristiques ne manquent jamais de mentionner. Grâce aux arcos de Lapa, le magnifique aqueduc blanc du 18ème siècle sur lequel il débute son parcours, il est d’ailleurs devenu un des motifs les plus connus de la ville – et la rutilante livrée jaune de ses voitures ajoute à cette idéale vision de carte postale…

Bonde, accrochez-vous !

Rio - bonde attendant la prochaine cargaison

Et concrètement, un trajet en bonde, ça se passe comment ? Pour le savoir, embarquons ensemble à bord du petit tram -un seul wagon-, par exemple dans le sens de la montée. Rendez-vous au centre de Rio dans la petite gare d’embarquement coincée derrière l’énorme tour de la compagnie pétrolière Petrobras en forme de Rubik’s Cube. L’unique tourniquet donnant accès au quai ne s’ouvrant que lorsqu’un wagon est prêt à embarquer, les passagers attendent à l’extérieur – qui sur un banc, qui dans une file d’attente parfois longue (les trams ne circulent en moyenne que toutes les demi-heures). Attente « à la brésilienne », on arrive à cinq ou dix et un(e) seule(e) garde la place de tout le monde pendant que les autres vont s’asseoir ou faire un tour… Forcément, surprises et déceptions ne manquent pas lorsque vient le moment d’embarquer !

Rio - bonde bondé en heure de pointe...

Bonde - passagers incrédules après une heure d'attente

Si l’ambiance est relativement tranquille durant la journée, lorsque les trams acheminent sans effort quelques touristes particulièrement disciplinés, le décor change du tout au tout le soir. Les cariocas veulent rentrer au plus vite chez eux après une journée de travail (à Rio, l’épithète « dure » serait sans doute exagéré !) et comme la fréquence des trams n’augmente pas, les files d’attente prennent rapidement des proportions gigantesques. Le carioca étant aussi exigeant avec les autres qu’il est lui-même détendu, la tension monte apparemment assez vite et les altercations ne sont pas rares. Il faut dire que le trafic est complètement imprévisible (la vidéo ci-dessous a été tournée alors qu’on n’avait pas vu l’ombre d’un tram depuis une heure) et que le guichetier fainéant et grincheux ne fait pas le moindre effort pour informer les passagers… On s’amuse tout de même bien, à condition de n’être pas pressé !

Bonde - guichetier tentant d'échapper aux usagers

Bonde - on peut encore en mettre...

L’arrivée du bonde et l’ouverture du tourniquet ne marquent toutefois pas la fin de nos surprises : la file d’attente est désormais telle que, si chacun veut rentrer chez soi avant la fermeture, il va falloir accepter d’être un peu serrés ! Le flot des passagers semble intarissable, le wagon est pris d’assaut et les colis fréquents et parfois volumineux n’arrangent pas l’affaire (nous avons passé un trajet entier debout à l’arrière du tram entre de vieux leviers rouillés et un énorme matelas qui a failli nous étouffer !). Les places assises sont chères et nombreux sont ceux qui devront voyager debout sur les marchepieds – habituel pour les jeunes des favelas avoisinantes qui en profitent pour voyager gratuitement, nettement moins pour certains passagers qui semblent fort contrariés… On comprend mieux pourquoi lorsque le bonde se met enfin en route et entame la traversée du très étroit viaduc de Lapa : à quarante-cinq mètres au-dessus des rues en contrebas, le vide est très proche et la vue impressionnante. Assis ou debout, on est tout de même content d’être à l’intérieur :-)

Rio - à bord du bonde, en route (enfin !) vers Santa Teresa

Rio - resquilleur voyageant sur le marchepied du bonde

Nouvel influx de passagers à la sortie du viaduc – essentiellement des resquilleurs moins courageux ou victimes du mal des hauteurs… Le bonde repart bientôt. Lentement – il faut dire que la petite dizaine de wagons encore en circulation est presque centenaire et que les pièces de rechange ne doivent pas se bousculer… Lentement, mais pas sans heurts : comme lignes et caténaires sont tout aussi vieilles et encore moins entretenues que les wagons, le trajet est immanquablement bondissant et agrémenté de gerbes régulières d’étincelles, particulièrement spectaculaires une fois la nuit tombée. L’ambiance à bord est en tout cas chaleureuse : tout le monde se parle -peut-être pour oublier le siège en bois qui brutalise les colonnes vertébrales-, chauffeur et contrôleur sont immanquablement de bonne humeur et contribuent à l’animation, et le trajet est ponctué de nombreux arrêts très brefs – les wagons étant ouverts, on peut y monter et en descendre très rapidement (sauf lorsqu’on est coincé derrière un colis !) et à peu près n’importe quand. Une fois la nuit tombée, l’éclairage jaunâtre renforce l’atmosphère rétro du bonde. Encore quelques virages, et il est temps pour nous de descendre avec une pensée émue pour les passagers qui vont jusqu’en bout de ligne – avec seulement quelques virages parcourus après presque un quart d’heure, l’apéro est encore bien loin pour eux !

Bonde ou boîte à sardines ?

Bonde psychédélique

Une expérience fabuleuse donc, pour un trajet totalement imprévisible, aussi bien dans son déroulement que sa conclusion : pour une dizaine de trajets sans encombres (mais toujours amusants !), nous avons deux fois patienté plus de quarante-cinq minutes, quatre fois attendu le bonde en vain et fini deux trajets à pied. La vue d’une rame stationnée au beau milieu du viaduc de Lapa avec un mécanicien debout sur son toit est d’ailleurs assez courante dans le quartier, et amusante lorsqu’on voit la petite rame jaune « SOS » venir au secours du wagon en perdition. L’obsolescence du matériel devenant un problème pour les usagers réguliers, l’avenir du bonde n’est toutefois pas assuré et des rumeurs de fermeture définitive refont régulièrement surface. La municipalité semblant toutefois satisfaite de la contribution touristique du petit tram, il est probable que celui-ci continuera pour longtemps à faire enrager les habitants de Santa Teresa… Mais à 0,60 reais par trajet (moins de 25 centimes d’euro), qui pourrait sérieusement penser à se plaindre ?

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Rio des collines – à bord du bonde, en route vers Santa Teresa

Posté dans Voyage - Brésil avec des tags , , , , , , , , le 10 février 2010 par Placet

Après le Carnaval, retour à une atmosphère plus quotidienne avec un de nos passe-temps préférés à Rio : descendre vers le centre-ville puis remonter vers la colline de Santa Teresa où nous logeons à bord du bonde,  le petit tramway centenaire aussi jaune que cahotant et imprévisible (prononcez bondch !)… On sait rarement quand on partira, moins encore quand (et même si) on arrivera à destination, mais chaque trajet est unique et inoubliable  !

Avant de vous en dire plus demain sur l’univers du bonde et partager un état de crise en heure de pointe, accompagnez-nous pour un premier trajet à bord du bondissant animal, avec ses à-pics, ses resquilleurs et ses cahots  !

 

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Carnaval de Rio – avant-goût en direct du Sambodrome

Posté dans Voyage - Brésil avec des tags , , , , , , , , , le 7 février 2010 par Placet

Oi,

De retour du Sambodrome où nous venons d’assister aux dernières répétitions de deux des douze écoles de samba qui s’affronteront dimanche et lundi prochains pour le titre de meilleure école du Carnaval 2010…. Les costumes n’y sont pas encore, mais rythme et musique sont déjà bien présents, et le public complètement impliqué !

Carnaval de Rio - école Imperatriz, dernière répétition

On vous en dira un peu plus dans les jours à venir, mais on vous met dans le tempo avec cette petite vidéo qui résume bien la folie de l’évènement (école Beija-Flor) :

Pas moyen pour nous d’imiter ce déhanchement fou – si quelqu’un y arrive, faites-nous signe – on veut un cours en rentrant ! 

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En direct de Rio – échauffement en vue du Carnaval !

Posté dans Voyage - Brésil avec des tags , , , , , , , , , , le 7 février 2010 par Placet

Chili, Japon, Bolivie - la chronologie des derniers articles a pu vous paraître étrange… S’il nous reste encore à partager avec vous quelques notes et images sur le Chili et le Pérou, nous sommes désormais au Brésil, et plus précisément à Rio.

Pour la première fois du voyage, nous retrouvons une ville que nous avions déjà visitée. C’était il y a sept ans, et Rio est toujours aussi magique. Un contraste choquant entre opulence des uns et pauvreté des autres, une violence latente aussi, mais un environnement naturel unique au monde et surtout une joie de vivre étonnante et communicative… Plus encore ces jours-ci d’ailleurs, puisque nous avons la chance d’arriver en ville juste avant le Carnaval, qui débute vendredi prochain. Une semaine encore avant l’ouverture officielle des festivités, et la ville s’en donne déjà à coeur joie : alors que les meilleures écoles de samba qui concourront dans le Sambodromo effectuent leurs dernières répétitions dans le stade, les blocos, ou rassemblements de quartiers, ont envahi les rues dans tout Rio. Bien plus informels et spontanés, ils défilent régulièrement avant, pendant et après le Carnaval et symbolisent le Carnaval “de la rue” par opposition aux écoles de samba plus élitistes et professionnalisées. 

Avant de filer au Sambodromo (plus d’infos demain !), ci-dessous une petite vidéo prise ce matin à l’issue d’un bloco organisé dans le quartier de Santa Teresa, où nous logeons. Défiler c’est sympa, mais il fait trente-cinq degrés alors après s’être bien dépensé, tout le monde a besoin de se rafraîchir au bistro le plus proche !

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Qui est in, qui est out – un peu d’économie japonaise

Posté dans Economie & Finance, Voyage - Japon avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , le 6 février 2010 par Placet

D’avance pardon à tous – l’envie me reprend de parler d’économie sur le blog. Non seulement cela me démange depuis un petit moment, mais c’est l’occasion d’évoquer à nouveau la plus surprenante de nos destinations : le Japon. Si la vie quotidienne dans l’archipel ne cesse en effet de surprendre, l’économie y est tout aussi déroutante : modèle de réussite dans les années 1970-80 au point de dépasser et d’écoeurer les Etats-Unis, aujourd’hui encore deuxième économie mondiale, friand d’innovation technologique et doté d’une monnaie très recherchée en temps de crise, le Japon est pourtant un pays à la population vieillissante, qui lutte avec la déflation et ne s’est toujours pas remis de la crise de 1990. Un cocktail étonnant que je m’étais promis de démêler ou tout au moins de comprendre un petit peu mieux avant de quitter l’archipel. Quelques mois plus tard, je trouve enfin le temps de rassembler mes observations sur l’étrange mécanique économique nippone. Si ça vous tente, ouvrons le capot et tentons ensemble de trouver d’où vient la panne !

  • Les symptômes sont-ils vraiment sérieux ?

En un mot : oui. Le PIB japonais, après avoir crû à un rythme anémique (1% par an) entre 1990 et 2003, s’est ensuite légèrement emballé mais la crise financière de 2008 l’a ramené cinq ans en arrière. Le Japon a été le pays du G20 dont l’économie a le plus souffert de la crise (PIB en baisse de 14% en rythme annualisé au 1er trimestre 2009 !) en raison d’une forte dépendance aux exportations, touchées de plein fouet (-50% en février 2009, au plus fort de la crise) par la baisse de la demande mondiale. La Banque du Japon maintient ses taux directeurs proches de 0 depuis vingt ans pour lutter contre la déflation et les prix de l’immobilier et de la bourse restent inférieurs de 70% à leurs plus hauts de 1990 ! Enfin, la dette publique ne cesse de croître et représente désormais deux fois le PIB (un record mondial, seul le Zimbabwe fait pire et même l’Italie fait mieux !) alors que les ménages japonais, qui l’ont jusqu’ici gracieusement financée, vieillissent et épargnent donc de moins en moins (2% de leur revenu disponible en 2007 contre près de 15% au début des années 1990). L’année 2010 s’annonce correcte avec la reprise de la demande mondiale et notamment chinoise qui devrait soutenir les exportations, mais l’état du patient demeure sérieux. Pourquoi ?

Cosplay zoku - Yoyogi park, Tokyo

  • Une « décennie perdue »dont le pays cherche toujours à se remettre…

L’économie japonaise ne s’est toujours pas remise de l’éclatement de la bulle financière et immobilière de 1990. Pas complètement surprenant, quand l’énormité des excès commis à l’époque ferait passer ceux de 2008 pour des broutilles ! Les actions japonaises s’échangeaient au plus fort de la bulle à près de 100 fois leurs bénéfices (contre une moyenne historique de 15 fois dans les pays occidentaux) et la valeur des actions cotées à la bourse de Tokyo représentait 60% de la capitalisation boursière mondiale. Dans le même temps, les propriétés les plus recherchées du quartier de Ginza à Tokyo approchaient un million de dollars (!) le mètre carré. Et pour devenir membre des clubs de golf les plus réputés, comme le Koganei Country Club, il fallait débourser environ 3 millions de dollars… En plus d’atteindre des niveaux absolument délirants, cette bulle a eu le double inconvénient de se porter sur des actifs « non productifs » (immobilier, oeuvres d’art, abonnements de golf sur lesquels même des entreprises spéculaient !) et d’être largement financée par emprunt, affectant donc directement le système bancaire lorsqu’elle a éclaté. A l’inverse, la bulle internet de 2000, également spectaculaire, a eu le mérite de financer une nouvelle industrie et n’a englouti « que » les capitaux des actionnaires sans impacter les banques, qu’elle n’avait que très peu sollicitées. Mais surtout, le long chemin nécessaire pour revenir au Japon à des valorisations « raisonnables » s’est étalé sur plus de dix ans, l’Etat ayant pour « sauver la face » choisi de maintenir en vie des banques et des entreprises moribondes (les « zombies »). Banques incapables de prêter, entreprises saines concurrencées par des canards boiteux soutenus par l’Etat : impossible de redémarrer vraiment sans faire table rase du passé, d’autant que la concurrence taïwanaise et coréenne dans les industries clés de l’automobile et de l’électronique ne cessait de s’intensifier…

  • … Et qui a révélé une « fracture »béante dans la société japonaise

Si les banques ont enfin été encouragées à reconnaître et se débarrasser de leurs prêts sans espoir de recouvrement (les non performing loans) après la crise bancaire de 1997-98, la « décennie perdue » a profondément bouleversé les structures sociales du pays et mis en évidence ses faiblesses structurelles, notamment son vieillissement accéléré. En nous promenant dans les rues de Tokyo, nous avons été frappés par le désoeuvrement et l’aliénation de nombreux jeunes Japonais, qui culminent le dimanche lorsque de très jeunes adolescentes de banlieue viennent passer la journée à Yoyogi Park, déguisées en personnages de manga aguichants alors que leur ours en peluche trône encore sur leur valise(http://anneetdavid.wordpress.com/2009/10/28/japon-dimanche-apres-midi-a-yoyogi-park-tokyo/). Entre ces jeunes incapables de se projeter dans l’avenir et les salarymen assurés d’un emploi à vie en échange d’une fidélité sans faille à leur employeur, le dialogue semble bel et bien rompu… Héritiers d’une dette publique colossale et témoins d’une alarmante continuité politique (le LDP ou parti libéral était au pouvoir depuis 54 ans lorsqu’il a perdu les élections en août 2009 !), cette jeunesse marginalisée s’est progressivement désintéressée de la vie politique. L’arrivée au pouvoir du DPJ, le parti démocratique japonais, va-t-elle les convaincre de s’y investir à nouveau et de tenter de reprendre en main leur avenir ? Et surtout, comment en est-on arrivé là ?

  • Jeunes et PME sacrifiés à un contrat social vieux d’un demi-siècle…

Le « contrat social » actuel a été mis en place après la seconde guerre mondiale, lorsque le pays se devait de reconstruire rapidement son économie et son outil industriel. Le gouvernement d’alors choisit de motiver la population active en lui offrant à la fois le plein emploi et la sécurité de l’emploi. En contrepartie de cette visibilité forte sur leur travail et leurs revenus, les actifs se devaient d’épargner massivement pour se constituer une retraite et compenser une couverture sociale minimaliste. Du côté des entreprises, de grands conglomérats « trop gros pour être abandonnés » et des pans entiers d’industries pas toujours rentables ont été soutenus à bout de bras afin de préserver l’emploi, souvent au détriment de PME plus rentables et réactives. Si cet équilibre artificiel fut préservé sans difficulté majeure tant que l’économie croissait à vive allure, le gouvernement s’est vu contraint de trouver des variables d’ajustement pour relancer l’économie et améliorer la compétitivité des entreprises à la fin des années 1990. La population active en place et les grandes entreprises étant « indéboulonnables », jeunes et PME furent choisis pour porter l’essentiel des sacrifices. Les plus jeunes notamment furent les premiers visés par les mesures de flexibilisation du marché du travail et représentent l’essentiel des emplois à temps partiel et des CDD qui comptent désormais pour un tiers de la population active. Plus grave, cette flexibilité accrue n’a pas été compensée par une amélioration de prestations sociales traditionnellement bien maigres : en plus d’occuper les emplois les plus instables, les jeunes actifs ne sont souvent pas éligibles aux prestations des entreprises (leur statut les en empêche) ni de l’Etat (ils ne cotisent pas assez). La politique familiale (congé maternité, garderie, etc.) étant par ailleurs quasi-inexistante, 70% des femmes abandonnent leur travail pour donner naissance. Chose impensable il y a dix ans, le taux de chômage dépasse désormais 4% et on compte plus de 600 000 jeunes hors du système éducatif et professionnel (les NEET ou « not in employment, education or training »).

Japon : papy boom time !

  • … D’où une consommation et une natalité en berne qui mettent en péril l’équilibre démographique et financier du pays

Consternante, cette situation met en péril aussi bien la reprise économique actuelle que l’équilibre à long terme du pays. La crise de 2008 a en effet rappelé les faiblesses structurelles de l’économie japonaise : dépendance excessive aux exportations, demande intérieure anémique et entreprises pas toujours efficientes et souvent protégées par des barrières à l’entrée artificielles. Dans l’immédiat, relancer la consommation des ménages est difficile alors que les jeunes actifs, qui devraient la soutenir en achetant un logement, une voiture ou en fondant une famille, en sont incapables tant ils manquent de moyens financiers et de visibilité sur leur avenir. Plus grave encore à long terme, les jeunes tardent à fonder une famille et le taux de fertilité, en chute libre, est désormais bien inférieur au taux de renouvellement des générations de 2,1. Proche de ce niveau en 1973, il est tombé à 1,5 au début des années 1990 et est désormais inférieur à 1,3, ce qui place le Japon au 184ème rang mondial en la matière (sur 195). Conséquence : la population vieillit (20% de 65 ans et plus) et a décliné pour la première fois en 2005. Si la tendance actuelle ne s’inverse pas, elle baissera de 25% d’ici à 2050 pour atteindre 95 millions contre 127 actuellement, soit 700 000 personnes en moins par an ! Des perspectives dramatiques en matière notamment de financement des retraites, qui laissent peu d’espoir aux plus jeunes et pourraient (devraient) inquiéter les plus âgés… Sauf à recourir massivement à l’immigration (pas franchement dans la tradition du pays !), il est nécessaire pour le gouvernement de relancer la natalité en offrant une couverture sociale accrue et des perspectives plus stables aux plus jeunes et de soutenir les PME créatrices d’emplois. Cela semble la seule façon possible de stopper le déclin de la population, de rééquilibrer la croissance vers la demande domestique et de n’avoir plus besoin de supporter l’emploi en subventionnant des entreprises et des exploitations agricoles inefficientes. Oui, mais voilà…

  • Où trouver l’argent pour relancer la natalité ?

Après vingt ans de plans de relance aussi pharaoniques qu’inutiles (grands travaux d’infrastructures, aménagement urbain), la dette publique dépasse 200% du PIB, la charge d’intérêts ne cesse de croître et les caisses de l’Etat et des collectivités locales sont vides ! Sauf à attendre une hypothétique relance économique qui lui rendrait un peu de marge de manoeuvre, l’Etat pourrait être tenté de prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire dans les poches des ménages (enfin, des plus riches et âgés) qui, malgré la baisse récente du taux d’épargne, disposent encore d’avoirs colossaux. Problème : ces mêmes ménages sont les principaux financiers de l’Etat, puisqu’ils achètent une part non négligeable de la dette émise par celui-ci (sous forme notamment de bons du Trésor). Cette structure de financement atypique, combinée aux vastes réserves de change créées par les excédents commerciaux, a permis au Japon de financer sa dette publique colossale sans dépendre des investisseurs étrangers. Bien utile au moment où les pays les plus en difficulté financièrement en 2008-09 (Islande, Irlande) l’ont avant tout été du fait de leur dette extérieure mais problématique car, de l’aveu même du gouvernement japonais, on a atteint le point de rupture où les épargnants locaux ne vont plus pouvoir absorber l’offre de dette en provenance de l’Etat. Pas facile dans ces conditions de leur demander un effort supplémentaire sous la forme par exemple d’impôts accrus…

  • Quelles conclusions tirer avant de refermer le capot ?

Y-a-t-il encore quelqu’un ? Allez, quelques dernières remarques avant de refermer le capot du véhicule et de passer à des sujets plus poétiques :

  • Plus encore que dans d’autres pays, l’avenir du Japon repose sur le comportement des plus jeunes et leur (ré-) intégration à un projet commun : s’ils n’ont pas les moyens de consommer ni d’avoir davantage d’enfants, la population va décroître très vite et on voit mal comment le système de retraites pourrait tenir. Pas évident pour une population qui ne dispose ni de la visibilité offerte par une couverture sociale solide (comme en Europe Continentale) ni de la culture (excessive) de l’endettement des pays anglo-saxons. L’Etat, mené par une classe politique particulièrement âgée et traditionnellement peu charismatique, va devoir déployer des trésors d’originalité pour redonner confiance aux plus jeunes…
  • Le financement des mesures nécessaires (amélioration des prestations sociales notamment) est particulièrement problématique au moment même où l’épargne des ménages ne parvient plus à absorber les besoins de financement de l’Etat japonais. L’Etat pourrait pour la première fois être contraint de se tourner plus largement vers des financements étrangers, ajoutant donc une dette extérieure accrue à une dette publique colossale. Le yen, traditionnellement perçu comme une monnaie « refuge » en temps de crise, y résisterait-il ?
  • Je ne me risquerais pas encore à parier sur une baisse du yen (d’autres s’y sont cassé les dents !), mais si elle se matérialise, elle favoriserait la compétitivité des entreprises exportatrices et il serait donc peut-être temps de se pencher à nouveaux sur les grandes valeurs japonaises. A l’inverse, leurs principaux concurrents, qui ont largement profité de la bonne tenue du yen depuis 2008 pour prendre des parts de marché, pourraient rapidement en souffrir – je pense notamment aux entreprises coréennes de l’électronique ou l’automobile. L’évolution des finances publiques japonaises, une clé comme une autre pour suivre la bourse de Séoul :-)

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

En visite chez Don Pablo

Posté dans Voyage - Chili avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , le 2 février 2010 par Placet

Santiago et Valparaiso : deux villes au caractère bien différent, voire franchement opposé. L’une est aussi rangée, bien entretenue et affairée que l’autre est exubérante, déglinguée et artistique. Un point commun toutefois -toutes deux ont eu pour résident le poète Pablo Neruda, héros littéraire du pays, Prix Nobel en 1971 et dont le fort engagement politique a marqué une vie variée et tumultueuse. Petite visite guidée de ses maisons, avec pour commencer une brève biographie du propriétaire.

Pablo Neruda, graffito mural, Valparaiso

Né en 1904 dans une famille modeste, Neruda va très vite s’engager dans la voie de l’écriture. Il prend à l’âge de seize ans son nom de plume -nom emprunté à un poète tchèque et prénom à Verlaine-, s’installe à Santiago et publie en 1923 ses premiers volumes de vers (Crépusculaire puis Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée). En quête de réussite matérielle, il entame en 1927 une longue carrière diplomatique comme consul honoraire en Asie du sud-est. En poste en Espagne au commencement de la guerre civile, il va s’y lier avec de nombreux artistes et prendre publiquement parti pour le camp républicain. Son engagement communiste grandit après l’exécution de Garcia Lorca par les forces franquistes et ne le quittera plus. Le retour de Neruda au Chili en 1945 marque une étape colorée de sa vie : élu sénateur pour la région de l’Atacama, il doit entrer dans la clandestinité en 1948 lorsque le président González Videla (dont Neruda avait dirigé la campagne électorale !) bannit le parti communiste. D’abord caché par des amis à Valparaiso, il passe finalement en Argentine puis en Europe, d’où il voyage notamment en URSS, en Inde et au Mexique. Son séjour sur l’île de Capri sera par ailleurs relaté dans le film Il Postino. Suite à la chute de González Videla, Neruda retourne en 1952 au Chili où il passera l’essentiel des vingt dernières années de sa vie. Il en profite au passage pour divorcer de sa seconde femme et s’installer avec sa maîtresse, Matilde Urrutia, qu’il ne (qui ne le ?) quittera plus. Engagé politiquement auprès de Salvador Allende, il décède (de mort naturelle !) quelques jours après le coup d’état de Pinochet en septembre 1973, deux ans après avoir enfin reçu le Prix Nobel de littérature.

Valparaiso - vue de "La Chascona", maison de Pablo Neruda

Une vie et une personnalité hautes en couleurs donc, qu’on retrouve -avec leurs paradoxes- en visitant les maisons du poète. Neruda en possédait trois dans le centre du Chili – une dans l’Isla Negra près de Valparaiso (sa « résidence principale », la première qu’il a construite et la seule que nous n’avons pas visitée), une autre dans le quartier de Bellavista à Santiago (construite en 1953 pour sa maîtresse Matilde) et la dernière (achetée en 1959) sur les hauteurs de Valparaiso. Des endroits étonnants, dont les nombreux points communs illustrent la personnalité complexe de Don Pablo, comme ses amis l’appelaient :

  • De véritables organismes vivants à la forme et au contenu évolutifs : souvent en voyage ou en exil, Neruda a pris son temps pour construire et aménager ses trois maisons -une aile en plus par ci, un étage par là… La maison d’Isla Negra s’est étendue pendant trente ans, alors que La Chascona à Santiago a gagné une aile entière lorsque Don Pablo s’y est installé officiellement avec Matilde. A Santiago comme à Valpo, l’intérieur est un vrai bric-à-brac d’objets recueillis au gré des séjours à l’étranger du poète, d’oeuvres reçues (ou troquées) d’amis artistes ou de souvenirs chinés dans des marchés ou des ventes aux enchères. Porcelaine, verreries, tableaux, manuscrits, sculptures, affiches publicitaires et même un oiseau empaillé qui orne le salon de La Sebastiana à Valparaiso… La salle de travail de La Chascona accueille par ailleurs un hideux portrait de femme du 17ème siècle, dont Neruda disait qu’il l’incitait à rester concentré ! En grand enfant (gâté), Neruda disait avoir « assemblé une collection de jouets dont il ne peut se passer et une maison dans laquelle il peut jouer du matin au soir »
  • Une fascination pour l’océan et les navires : les trois maisons de Neruda partagent à la fois des vues exceptionnelles (notamment à Valpo, où la maison surplombe la ville) et une architecture ou une décoration sur le thème marin. Isla Negra naturellement, qui surplombe le Pacifique et dont le salon est entièrement recouvert de bois prélevé sur des épaves de navires, mais aussi La Chascona et La Sebastiana, dont plusieurs pièces ont été conçues pour rappeler la cabine d’un bateau et hébergent lampes-tempête, figures de proue et fenêtres en hublot. Ironiquement, Neruda était fasciné par l’océan mais avait peur de l’eau – ses demeures lui ont donc servi de « navire de substitution », d’où il jouissait d’une vue imprenable sur l’océan sans jamais avoir à s’y risquer… 
  • La maison d’un bon vivant aimant recevoir : le plan de La Chascona est révélateur des (pré-)occupations du maître des lieux puisque la maison se compose de trois bâtiments distincts – l’« estomac » où l’on mange et fait la fête, le « coeur » où l’on aime et la « tête » où l’on travaille. Toutefois, l’aménagement des lieux laisse entrevoir une hiérarchie intéressante, si l’on en croit la place centrale tenue dans chaque maison par la salle à manger et le bar. Don Pablo était d’ailleurs très fier de ses zincs, tous magnifiques et derrière lesquels il aimait à préparer pour ses invités des cocktails sophistiqués. Bref, une ambiance festive et décontractée, épicée parfois d’une touche de clandestinité (La Chascona a d’abord été construite pour héberger les amours de Neruda et de Matilde, qui n’était alors que sa maîtresse). S’il aimait recevoir et vivre dans le confort, il semble d’ailleurs que Neruda tenait aussi à son statut : hors de question de le déranger pendant ses heures d’écriture -à l’encre verte, couleur de l’espoir-, mais aussi d’interrompre sa sieste quotidienne…

 

Banquet chez Don Pablo - graffito mural, Valparaiso

Finalement, le contraste entre l’engagement communiste fort et jamais renié du poète et son mode de vie plus que luxueux n’est pas le moindre des paradoxes de ce personnage étonnant. Doit-on retenir de lui l’enfant gâté, ne se refusant rien ni matériellement ni sentimentalement – si Matilde, sa troisième épouse, fut incontestablement la femme de sa vie, il semble qu’elle ne fut pas sa dernière maîtresse !- ou l’écrivain engagé qui toute sa vie a pris le parti des classes opprimées d’Amérique du Sud, s’exposant fréquemment à la censure et l’exil ?

Pas évident de trancher -il n’en est d’ailleurs pas besoin-, mais l’application de Neruda à trouver dans le quotidien une grande joie de vivre me semble intéressante. Comme beaucoup d’artistes du milieu du 20ème siècle, il a su dans sa vie comme dans son oeuvre déceler ou créer espoir et bonne humeur, et c’est quelque chose qui me semble souvent manquer dans l’art contemporain, volontiers narcissique et fréquemment névrotique. Même constat par exemple qu’à propos des mouvements dada ou surréaliste -on peut ou non aimer leur travail et le trouver parfois superficiel, mais la bonne humeur et la joie de vivre qui s’en dégagent sont aussi contagieuses que rafraîchissantes ! 

© Anne and David Placet and http://anneetdavid.wordpress.com, 2010. Unauthorized use and duplication of this material (texts, pictures and videos) without express and written permission from this blog’s authors is strictly prohibited.

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